OUAGADOUGOU, 7 déc (IPS) – Plus de 20 millions de personnes seront vaccinées d’ici à la fin de l’année au Burkina Faso, au Mali et au Niger dans le cadre de la première vaccination de masse du nouveau vaccin conjugué 'A' contre la méningite (MenAfricVac) dont le lancement a eu lieu à Ouagadougou le 6 décembre.
“Dans cette bande du Sahara… les hommes meurent de la méningite… Aujourd’hui nous lançons une campagne de prévention contre la méningite avec un vaccin qui va être adapté à cette épidémie, qui va être accessible et très efficace; et c’est important pour la région”, a déclaré aux journalistes, le président du Burkina, Blaise Compaoré, à l’issue du lancement de la campagne dans la capitale burkinabé.
Compaoré, qui est également parrain du Projet du vaccin contre la méningite (MVP), a coprésidé la cérémonie en compagnie de Margaret Chan, la directrice générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Au Burkina, pays abritant le siège du projet, 12 millions de personnes seront vaccinées dans les dix prochains jours grâce à la mobilisation de 11.000 agents de santé et 10.000 volontaires. Contrairement au vaccin qui était jusque-là utilisé dont la durée de protection n'excédait pas trois ans, le nouveau vaccin immunise pour dix ans les personnes âgées de un à 29 ans. En outre, la dose du nouveau vaccin coûtera 200 francs CFA (moins de 50 cents US) l’unité, contre 10 à 20 dollars ailleurs dans le monde, ou même 100 dollars la dose tétravalent aux Etats-Unis, selon l’OMS.
Le nouveau vaccin est produit par le 'Serum Institute of India' (SII) qui fournira 25 millions de doses dans les dix prochaines années, indique l’OMS.
“C’est une véritable 'success story' car c’est l’aboutissement du processus pour le développement d’un produit sur lequel nous avons consacré plusieurs années et nous sommes très heureux parce que nous avons un vaccin pour l’Afrique subsaharienne”, déclare à IPS, Dr Marc Laforce, responsable du MVP.
Dès l’année prochaine, les campagnes de vaccination de masse s’étendront dans les autres pays de la ceinture méningite qui s’étend du Sénégal à l’ouest, à l’Ethiopie à l’est du continent en passant par le Sahel. Quelque 300 millions de personnes sont concernées par cette campagne dans cette région qui paye le plus lourd tribut à la méningite, souligne l’OMS.
Selon Laforce, 40 à 50 millions de doses de vaccins seront nécessaires pour éradiquer la méningite dans les pays de la ceinture méningitique.
Au cours de la saison épidémique de 2009, 14 pays africains ont mis en œuvre une surveillance renforcée qui a permis d'enregistrer un total de 78.416 cas suspectés, dont 4.053 décès, le nombre le plus élevé depuis l'épidémie de 1996, selon l’OMS.
Entre 1995 et 1997, l’épidémie de méningite a fait 25.000 morts sur les quelque 250.000 cas enregistrés dans les pays de la ceinture méningitique.
“Notre souci aujourd’hui, c’est de voir comment mobiliser l’ensemble des populations pour que le vaccin parvienne au grand nombre afin d’éviter que chaque année et de façon récurrente, la maladie tue”, souligne Compaoré. La méningite a fait 877 morts sur 6.337 cas en 2009 au Burkina Faso. Créé en 2001, le Projet de vaccination contre la méningite – de 70 millions de dollars – est financé par la Fondation Melinda et Bill Gates et constitue le fruit d’un partenariat entre l’OMS et le Programme pour l’adaptation des technologies dans la santé (PATH).
Son objectif est d’éliminer les épidémies de méningite en tant que problème de santé publique en Afrique subsaharienne, notamment dans les 25 pays de la ceinture méningitique. Selon le directeur général du PATH, Christopher Elias, 475 millions de dollars supplémentaires seront nécessaires pour vacciner les populations des autres pays de la ceinture méningitique.
“Nous espérons que le succès du vaccin au Burkina Faso au Mali et au Niger va permettre de susciter l’intérêt général sur son impact et conduire à la mobilisation des ressources pour les autres pays”, explique Elias à IPS.
Selon Elias, la méningite a non seulement un impact dévastateur sur la santé des victimes en affectant le système de santé, mais elle aggrave aussi la pauvreté des populations. Une étude menée en 2007 par le PATH a montré qu’une famille moyenne, dont l’un des membres est victime de la méningite, dépense trois à quatre mois de leurs revenus annuels pour soigner le patient.
“La méningite est un des facteurs de pauvreté aujourd’hui, et en éliminant les épidémies de méningite, nous pourrons non seulement éviter les décès et les conséquences de la maladie, mais nous pourrons aussi éviter l’écroulement du système de santé”, ajoute Elias.
La méningite est une infection de la fine membrane enveloppant le cerveau et de la moelle épinière. En général, cinq à 10 pour cent des patients atteints de la maladie succombent dans les 24 à 48 heures suivant l’apparition des premiers symptômes; et 10 à 20 pour cent de ceux qui s’en sortent présentent de graves séquelles neurologiques, une perte de l’ouïe et des troubles de l’apprentissage.

