ZIMBABWE: La violence basée sur le genre: "Les policiers eux-mêmes oublient"

BULAWAYO, 6 déc (IPS) – Tasha Ncube* ne tient pas du tout des propos amènes envers la police. Au début du mois dernier, cette mère de deux enfants, âgée de 31 ans, a été battue à plusieurs reprises pas son mari à l’occasion de ce qu’elle déclare être de petites disputes. C’était la première fois dans un mariage qui a duré des années sans un pareil incident.

“J’ai commencé à soupçonner qu’il doit être en train de sortir avec quelqu’un puisque j’ai appris de pareilles histoires auparavant concernant les hommes qui ont de “petites maisons” et qui deviennent brusquement irritables”, a déclaré Ncube. Le terme petite maison est un euphémisme local pour désigner une amante.

“Quand je lui ai fait face, il est devenu fou et il m’a battue. Je l’ai signalé à la police.” Mais Ncube n’a pas obtenu la réaction qu’elle attendait. “Ils ont déclaré que je devrais retourner à la maison et demander aux parents d’agir en médiateurs puisqu’ils recevaient de nombreuses dénonciations des femmes qui ont retiré leurs plaintes après la demande d’excuse du mari. J’étais tellement en colère que je ne savais pas quoi dire…” Comme la plupart des autres femmes, elle est rentrée chez elle pour continuer à vivre avec son mari violent.

L’interprétation de la loi par les agents de police Le cas de Ncube est un exemple typique de ce que les activistes de l’égalité des sexes déclarent être un écart flagrant entre l’application et l’interprétation des dispositions légales visant à protéger les femmes de la violence basée sur le sexe.

Les activistes de l’égalité des sexes et le ministère chargé de l’égalité des sexes ont fait des progrès révolutionnaires pendant plusieurs années pour faire accepter au parlement la VBS (violence basée sur le sexe). La loi sur la violence conjugale a été finalement votée par le parlement en 2007 au milieu de beaucoup de festivités.

Mais Irene Zwelibanzi, une activiste qui a passé plusieurs nuits dans les cellules de la police après que 'Women of Zimbabwe Arise' (WOZA – Femmes du Zimbabwe, debout !) a organisé des manifestations dans les rues de Bulawayo, déclare que les attitudes de la police envers les femmes n’ont pas encore changé.

“Certains hommes policiers oublient que lorsqu’ils sont au travail, ils sont des professionnels mais ils se comportent toujours comme des hommes sans éducation dans la rue et ils rabaissent les femmes qui recherchent leur protection”, s’est plainte Zwelibanzi.

“Ceci ne facilite pas la lutte que nous menons pour nos droits puisque nous luttons aussi actuellement pour changer les attitudes de la police elle-même”, a-t-elle déclaré.

La police: 'Nous la prenons vraiment au sérieux' La police de la république du Zimbabwe soutient qu’elle a beaucoup fait pour sensibiliser les membres de la force sur le traitement de la violence familiale et sur la manière de gérer les dénonciations, surtout celles venant des femmes battues.

La loi sur la violence conjugale stipule que la violence conjugale est passible d’une peine allant jusqu’à 10 ans. C’est la raison pour laquelle certains agents de police ne se consacrent pas à prendre toutes les dénonciations au sérieux, soutenant que certaines femmes ne veulent pas voir leurs maris enfermés pendant cette longue période.

“Parfois, nous recevons des femmes qui dénoncent leurs maris pour les avoir battues, mais après qu’on enferme le mari, la femme vient quelques minutes seulement plus tard pour dire qu’elle l’a pardonné et qu’elle veut retirer les accusations”, a déclaré un agent dans l’anonymat.

“Ce n’est pas que nous ne prenons pas ces dénonciations au sérieux, mais parfois, il est utile que ces disputes n’arrivent pas au poste de police si des mariages doivent être sauvés”, a soutenu l’agent.

“Je pense qu’il s’agit généralement de relations entre les sexes – comment est-ce que les hommes sont sensibles aux expériences des femmes sur la violence familiale, surtout les femmes qu’ils ne connaissent pas”, déclare Amanda Atwood de 'kubatana.net', un forum des activistes et des blogueurs en ligne du Zimbabwe.

“Comment est-ce que les femmes se sentent-elles à l’aise généralement, dans la discussion des questions de violence familiale avec les étrangers, surtout les hommes?” s’est demandée Atwood.

Pendant ce temps, selon la recherche menée cette année par le 'Zimbabwe Women Resource Centre and Network' (le Centre et le Réseau de ressources des femmes du Zimbabwe), la violence familiale a représenté plus de 60 pour cent des cas de meurtre au niveau de la haute cour d’Harare, donnant un aperçu sur la gravité de la situation.

Faire mieux connaître la VBS Il y a eu une pression pour donner à la question une place importante dans le processus de l’élaboration de la constitution avec un plaidoyer fondé sur la preuve du coût élevé de la VBS. Les frais médicaux, la justice, le transport, les frais de scolarité, la perte des heures de travail, le traitement des infections sexuellement transmissibles, du VIH et la perte du revenu des ménages ont été cités.

Des efforts visant à aborder la VBS au niveau communautaire sont généralement écartés comme inefficaces par les femmes, comme Ncube, qui déclarent que la non participation des agents d’application de la loi signifie que de telles initiatives seront ignorées par les hommes.

Dans le cadre d’une stratégie et d’un plan de mise en œuvre sur la violence basée sur le sexe, le ministère chargé de l’égalité des sexes, en collaboration avec le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a conduit une formation des conseillers communautaires.

Rejoice Timire, directrice exécutive de 'Disabled Women Support Organisation' (Organisation de soutien aux femmes handicapées), déclare que les femmes vivant avec un handicap n’ont pas été épargnées non plus. Timire a demandé que les besoins de ce groupe souvent oublié des femmes soient abordés pendant les 16 jours d’activisme contre la violence basée sur le sexe.

“Il y a un chômage et une dépendance économique élevés et ceci a laissé les femmes handicapées plus vulnérables au mauvais traitement”, a déclaré Timire à IPS.

Ncube souffre encore du double mauvais traitement dont elle a été victime – celui de son mari et celui de la police qui a refusé d’agir. “Evidemment, je me sens mal d’avoir dénoncé mon mari. Non pas parce que je l’ai dénoncé mais parce que la police refuse de faire quelque chose à ce sujet”, a-t-elle déclaré.

*Les noms ont été changés