ZIMBABWE: Les 16 jours d’activisme ne sont pas pour tous, selon la police

BULAWAYO, 8 déc (IPS) – Des centaines de résidents venant des organisations de la société civile ont marché dans les rues de Bulawayo le 1er décembre pour marquer les 16 jours d’activisme contre la violence faites aux femmes et aux filles.

Mais, les travailleurs du sexe et les membres des groupes d’homosexuels ont été empêchés par la police de se joindre à la manifestation.

Une douzaine d’organisations ont participé à l’événement de Bulawayo, la deuxième plus grande ville du Zimbabwe. La commémoration a été organisée par le projet Musasa, une organisation qui s’occupe de la violence familiale, sous le slogan “Structures contre la violence: définir une sûreté et une sécurité pour les femmes et pour les filles”.

Parmi les manifestants, il y avait environ 30 hommes et femmes de 'Sexual Rights Center' (SRC- Centre pour les droits sexuels), une organisation qui défend les droits des homosexuels et des travailleurs commerciaux du sexe. Vêtus de t-shirts roses sur lesquels il est écrit “Rose et Fier”, ils portaient des banderoles qui invitaient les autorités zimbabwéennes à respecter les droits des minorités sexuelles.

Sibonginkosi Sibanda du projet Musasa – qui a organisé l’événement de 16 jours – déclare que la police a demandé à voir les responsables du SRC.

“Après la marche, un agent de police est venu vers moi et m’a dit que quelqu’un a porté à leur connaissance que nous marchions avec une organisation qui promeut la diversité sexuelle”, a-t-elle déclaré à IPS. La police lui a dit cela parce que les actes homosexuels vont contre la loi au Zimbabwe, ils ne devraient pas être présents à un événement où des discours qui encouragent l’homosexualité seraient prononcés.

Les agents de police ont appelé la directrice du centre à l’écart de la foule et ils lui ont dit de rassembler ses gens et de s’en aller. La directrice du SRC a refusé de parler de cette histoire à IPS, ou d’être même nommée.

Une autre femme travaillant avec le groupe a parlé à condition qu’on ne révèle pas son identité.

“Conformément au thème principal de la journée”, a-t-elle déclaré à IPS, “nous voulions aussi nous impliquer dans la lutte contre la violence faite aux femmes et nos points principaux ont été la lutte contre le viol correctionnel des femmes lesbiennes et la lutte contre la violence faite aux travailleurs du sexe.

“On nous a dit que la police a quelque chose contre certains de nos principes et contre ce que nous représentons en tant qu’organisation. Notre objectif principal en marchant était la défense des droits des femmes. Sommes-nous alors en train de dire que les lesbiennes et les travailleurs du sexe ne font pas partie de la société ? Le Zimbabwe est l’un des nombreux pays africains où les actes homosexuels sont illégaux; le président Mugabe est l’auteur des propos selon lesquels les homosexuels et les lesbiennes sont pires que les porcs et les chiens. Au Zimbabwe comme en Afrique du Sud voisine, on a signalé une augmentation de ce que l’on a appelé “viols correctifs” – agressions des femmes considérées comme lesbiennes.

Quelques-unes des autres organisations ayant participé à la marche ont condamné l’action de la police, déclarant qu’elle a violé les droits humains fondamentaux. L’avocate Lizwe Jamela déclare que la police n’a pas le pouvoir d’exclure le SRC.

“Si c’est la police qui leur a ordonné de sortir, je ne trouve pas ça normal parce qu’il n’appartenait pas à la [police] de contrôler celui qui participe ou non, parce qu’elle était aussi [seulement invitée à l’événement], je pense que c’était simplement arbitraire. Du point de vue des droits humains, c’est certainement mauvais”.

Il y a eu un certain nombre de violations bien visibles des droits d’homosexuels et des lesbiennes en Afrique cette année. Le Malawi a donné une peine d’emprisonnement à deux hommes après qu’ils se sont fiancés lors d’une cérémonie privée; ces hommes ont été libérés, mais leur procès a provoqué une grande risée publique.

En Ouganda, le parlement envisage une loi qui rendrait punissable de peine de mort les actes homosexuels. De nombreuses personnes y ont été attaquées après que leurs noms sont apparus sur une prétendue liste d’homosexuels ougandais publiée par un tabloïd.

En novembre, le Mali et le Maroc ont conduit un vote pour retirer l’orientation sexuelle d’une résolution des Nations Unies contre des exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires – tous les autres pays africains ont pratiquement suivi leur exemple.

A la fin du même mois, le Premier ministre kenyan, Raila Odinga, a déclaré de manière inattendue devant une foule dans sa circonscription électorale de Nairobi que les Kenyans qu’on trouverait en train de s’adonner à “l’homosexualité ou au lesbianisme” seraient emprisonnés: le droit kenyan, remontant à l’époque coloniale, punit les actes homosexuels de peine allant jusqu’à 14 ans d’emprisonnement.

L’incident survenu lors de l’événement des 16 jours d’activisme de Bulawayo est un rappel de la violence dirigée contre les homosexuels et les lesbiennes africains en violation de leurs droits humains.