LUBUMBASHI, 29 avr (IPS) – Huit organisations religieuses ont mis en place un projet-pilote en République démocratique du Congo pour soutenir la lutte contre le paludisme dans le pays.
Cette initiative, dénommée 'Coalition des organisations religieuses pour la santé' (CORESA), bénéficiera d’un financement du Fonds mondial pour la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et la tuberculose, et mobilisera des fonds de manière indépendante pour la prévention du paludisme.
La CORESA verra les catholiques, les méthodistes, les anglicans, les adventistes du septième jour, les “apostoliques” et les membres de l’Eglise kimbanguiste de la RDC, ainsi que les musulmans du pays s’impliquer dans la mobilisation de 75 millions de dollars à travers le monde pour acheter et distribuer 2,5 millions de moustiquaires.
Des études ont montré que si, dans les communautés touchées par le paludisme, les gens dorment sous les moustiquaires imprégnées, l'incidence de la maladie peut être considérablement réduite.
“C'est la raison pour laquelle nous envisageons la distribution gratuite à toutes les familles de la RDC d'au moins trois moustiquaires par famille comme notre première priorité”, a déclaré Dr Assumani N'simbo, religieux musulman et vice-président de la CORESA.
Le projet est dirigé par les églises méthodiste unie et anglicane de la RDC et des Etats-Unis. Il atteindra tous les Congolais, indépendamment de leurs croyances religieuses.
L'Eglise méthodiste unie a déjà construit 215 hôpitaux et centres de santé dans tout le pays. “En formant la CORESA, l'église est maintenant en train de passer de la construction de structures à la prestation de services”, a affirmé Shannon Trilli, le directeur exécutif du Comité méthodiste uni d’aide pour la lutte contre le paludisme.
“Plus de 70 pour cent de personnes en Afrique ont une religion. Il leur est donc plus facile d'accéder aux services fournis au niveau de leur religion qu’au niveau du gouvernement”.
Des églises et mosquées aux Etats-Unis et en Asie ont accepté de mobiliser des fonds pour acheter des moustiquaires, alors que leurs homologues en RDC sont responsables de la sensibilisation des communautés et de leur éducation sur l'utilisation et la distribution des moustiquaires.
Jusque-là, 150 volontaires des différentes communautés religieuses ont été formés pour éduquer le public sur l'utilisation correcte des moustiquaires à travers un projet appelé 'Infirmier pour la vie', dirigé par l'Eglise anglicane en RDC.
“L'Eglise méthodiste unie en RDC a été également désignée comme sous-bénéficiaire des fonds du Fonds mondial”, a confié Trilli.
Si le projet réussit, il sera alors reproduit dans plusieurs autres pays africains, selon les responsables de la CORESA.
Le ministre de la Santé de la RDC, Dr Augustin Ilunga, a confirmé que le tribut du paludisme au Congo est très lourd.
“A cause du taux élevé de l'incidence du paludisme dans notre pays, nous accueillons tout groupe prêt à nous aider à réduire le lourd tribut. L’intervention des groupes religieux est d'autant plus la bienvenue qu’ils seront, outre le fait de tenir responsable le gouvernement, en mesure d’atteindre davantage de masses grâce à leurs organisations religieuses”, a déclaré le ministre.
La RDC, bien qu’elle soit l'un des pays soutenus par le Fonds mondial, ne fournit pas encore un traitement gratuit du paludisme pour les enfants de moins de cinq ans, comme c'est le cas dans d'autres pays africains inscrits au programme de financement.
Le traitement gratuit du paludisme et la distribution de moustiquaires sont limités aux zones rurales de la RDC, où les femmes enceintes et les enfants fréquentant les centres de santé sont admissibles. Les personnes vivant dans les centres urbains doivent payer cinq dollars pour que leurs enfants obtiennent un traitement pour le paludisme, selon Ilunga.
Toutefois, cela n’atteint pas bien les pauvres citadins. “J'ai perdu un de mes enfants à cause du paludisme parce que je ne pouvais pas supporter le traitement”, a indiqué Mukumbi Mugalu, un père de 19 enfants. “Cinq dollars, c'est beaucoup d'argent à dépenser sur le traitement du paludisme, vu que je gagne environ deux dollars par jour”.
Mugalu – qui affirme que sa femme, Baya Bawili, a remarquablement donné naissance à sept jumeaux (14 enfants), des triplets, et trois autres enfants en plus – a été reconnaissant à l'initiative CORESA qui a fourni à sa famille six moustiquaires imprégnées.
“Le paludisme a été le plus grand défi dans l’éducation de ces enfants”, a dit Bawili après avoir reçu six moustiquaires imprégnées. On avait découvert qu’une de leurs filles, Batatu Yawari, souffrait du paludisme mais son père tentait encore de réunir l'argent pour acheter les médicaments.
Le président de la CORESA, l’abbé Bertin Subi, a déclaré que l'initiative a été conçue pour éviter justement de telles situations désespérées.
Au cours de son lancement, en prélude à la Journée mondiale de lutte contre le paludisme, le 25 avril, la CORESA a distribué 30.000 moustiquaires offertes par l'Eglise anglicane, grâce à une initiative appelée 'Moustiquaires pour la vie'.
“Ne vendez pas les moustiquaires, et ne les utilisez pas pour la pêche”, a recommandé aux bénéficiaires, Yvonne Chakachaka, l'ambassadrice de l'UNICEF pour la lutte contre le paludisme. Une telle mauvaise utilisation des moustiquaires imprégnées a été signalée dans des pays comme le Kenya et le Malawi.
L’Initiative du Fonds mondial pour l'éradication du paludisme a donné de bons résultats, avec son programme de traitement gratuit de la maladie et les moustiquaires gratuites pour se protéger contre la réinfection qui ont presque éradiqué le paludisme en Erythrée, au Rwanda, en Ouganda et sur l'île de Zanzibar en Tanzanie.
Cette maladie est la première cause de mortalité des enfants de moins de cinq ans dans les pays endémiques, y compris la RDC. Une personne meurt toutes les 30 secondes du paludisme, quelque part dans le monde.

