Q&R: "Aucun laxisme n'est toléré à Save the Children Suède"

DAKAR, 30 mai (IPS) – Des militaires et des humanitaires sont souvent accusés d'abus sexuels sur mineurs avant et après les conflits en Afrique alors qu'ils sont chargés de les protéger. En Côte d'Ivoire comme en République démocratique du Congo (RDC), par exemple, des militaires et des humanitaires ont été soupçonnés d'abus sexuels ou de maltraitance sur mineurs.

De plus en plus, ces militaires et humanitaires suivent des formations sur les droits des enfants avant leur déploiement sur un terrain de conflit pour maintenir la paix et sauver la vie des personnes vulnérables.

Les casques bleus des Nations Unies comptent dans leurs troupes plusieurs militaires africains. Plus de 45.000 militaires d'Afrique de l'ouest ont été formés par l'organisation non gouvernementale (ONG) 'Save the Children' Suède avec des partenaires locaux dans 14 pays de la sous-région, à l'exception du Nigeria et de la Mauritanie.

Anniken Elisson Tydèn, la représentante régionale de Save the Children Suède en Afrique de l'ouest, basée à Dakar, a évoqué, dans une interview, ces questions d'abus sexuels sur mineurs et de formation des soldats et des humanitaires avec le correspondant de IPS au Sénégal, Koffigan E. Adigbli.

IPS: L'abus sexuel sur mineurs par des agents humanitaires et des militaires en Afrique devient alarmant: comment expliquez-vous cela en tant que représentante d'une ONG internationale qui lutte pour les droits des enfants?

Anniken Elisson Tydèn (AET): D'abord, le cas d'abus sexuels n'est pas trop fréquent. La plupart des militaires font bien leur travail. Quand on prend le nombre de militaires qui interviennent dans les zones de conflit pour le maintien de la paix, c'est une minorité de militaires qui font ça et ce n'est pas seulement en Afrique, c'est partout où il y a urgence de sauver des vies, soit lors des catastrophes naturelles ou en cas de conflit que par moment, certains militaires abusent sexuellement les mineurs ou les maltraitent corporellement.

On a tout fait à Save the Children Suède pour que les militaires en Afrique de l'ouest connaissent les droits des enfants. On les forme en ce sens-là afin que une fois dans les zones de conflit ou de catastrophes naturelles, ils puissent sauver les enfants qui sont très sensibles et vulnérables.

IPS: Des organisations comme la vôtre insistent sur la formation des militaires et les questions du droit humanitaire en général et des droits des enfants en particulier. En quoi consiste cette formation? Comment est-elle organisée et par qui?

AET: La formation permet aux militaires d'avoir des connaissances approfondies sur les droits des enfants dans les situations d'urgence. Comment les enfants vivent-t-ils et sont-ils affectés avant, pendant et après les conflits? Comment répondre à leurs besoins spécifiques? Comment contribuer à protéger leurs droits comme l'éducation, l'alimentation, la participation… sont les aspects sur lesquels on insiste pendant la formation.

A partir de l'utilisation des expériences et du vécu des participants, la formation prend la forme de modules qui permettent d'arriver à expliquer et à faire comprendre aux militaires les principes fondamentaux de la Convention sur les droits de l'enfant (CDE) et qui a été ratifiée par tous les pays de la sous-région ouest-africaine. On aborde aussi certains thèmes comme le rôle des militaires dans la protection de l'enfant en conflit, le rôle des organisations humanitaires et la coopération qu'il doit y avoir entre militaires, la population civile et les humanitaires.

Un autre thème important, c'est le code de conduite du militaire, c'est-à-dire la manière dont le soldat doit se comporter dans les situations d'urgence humanitaire. Précisément, le respect de l'enfant: le soldat doit savoir qu'un enfant armé n'est pas coupable, mais est une victime.

C'est Save the Children qui organise la formation, mais à partir de relais qui sont des organisations de la société civile et ensuite, les autorités militaires à partir desquelles nous formons les officiers qui deviennent par la suite des formateurs et facilitent ainsi les sessions de formation des hommes de rang. Nous apportons aussi notre appui technique et financier dans ce cadre de formation.

IPS: Comment les militaires perçoivent-ils cette formation? Comprennent-ils la gravité de la violation des droits qui consiste à enrôler de force des enfants soldats dans des conflits armés? De quelles sanctions sont-ils passibles quand ils sont reconnus coupables de pareils abus?

AET: Les évaluations démontrent que les militaires qui ont reçu les formations savent qu'il est formellement interdit d'enrôler les enfants, d'abuser les enfants. Mais avant la formation, beaucoup de militaires ignoraient des tas de choses sur les droits des enfants. Après la formation, ils ont pris conscience qu'utiliser un enfant comme combattant est un crime de guerre, et ils peuvent être traduits devant la Cour pénale internationale. Et que ceux qui commettent des exactions comme des abus sexuels sur mineurs sont aussi passibles de poursuites judiciaires. IPS: Comment se déroule le programme de formation des militaires en Afrique de l'ouest?

AET: Mis à part Save the Children Suède et ses relais dans chaque pays, la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'ouest (CEDEAO) joue également un rôle important. Moi je trouve qu'il est important que le programme soit universel parce que les militaires viennent de différents horizons. Ils doivent savoir les obligations du droit des enfants.

Un autre aspect novateur est que la formation ne s'adresse pas seulement aux militaires des forces gouvernementales mais à toute personne impliquée dans un conflit armé. Tous les programmes menés par Save the Children Suède et ses partenaires dans la région ouest-africaine visent à mieux défendre et protéger les droits des enfants et donc prévenir la violation de leurs droits.

IPS: Que signifie relation heurtée entre militaires et humanitaires sur les terrains de conflits? Et que proposez-vous pour une bonne entente entre ces deux groupes qui ont le but commun de protéger des vies?

AET: L'armée a ses lois, où les soldats obéissent aux ordres qui leur sont donnés, tandis que le personnel humanitaire travaille dans l'urgence. Parfois, il arrive que les deux ne comprennent pas leurs différentes modalités d'intervention. Cela pose de graves problèmes lors des conflits et peut mettre en danger la vie des civils.

Dans le cadre des opérations de maintien de la paix, un des grands défis est de comprendre comment fonctionnent les organisations humanitaires et comment fonctionnent les militaires. A partir de ce moment, la concertation peut déboucher sur une meilleure coopération entre les humanitaires et les militaires. C'est pourquoi dans nos formations, on insiste sur la cohabitation entre ces deux identités-là. IPS: Le personnel humanitaire n'est-il pas formé au préalable sur la question des abus sur mineurs? Sinon, leur donne-t-on cette formation seulement après les nombreux cas d'abus constatés ici et là? De quelles sanctions sont-ils passibles quand ils sont reconnus coupables?

AET: Si, le personnel humanitaire est bien formé sur la question du droit des enfants, mais on trouve des fois certains qui ne respectent pas les règles. La formation continue afin de faire changer de comportement dans la manière de percevoir l'enfant.

IPS: Un agent de Save the Children Suède a-t-il été une fois soupçonné d'abus sur mineur? Quelles sont les sanctions prévues par votre ONG en cas d'abus?

Non jusqu'à ce jour, dans la région ouest-africaine, aucun cas d'abus par nos agents n'a été porté à notre connaissance. Il est totalement inacceptable que ceux et celles qui sont supposés protéger les droits des enfants en viennent à les bafouer. Aucun laxisme n'est toléré à Save the Children Suède. Si la responsabilité d'un ou d'une employé de Save the Children Suède est avérée, une procédure menant à des mesures disciplinaires internes est engagée, ce qui peut aller jusqu'au licenciement. Ça dépend aussi de la meilleure solution à trouver pour l'enfant. Les employés de Save the Children Suède, qui s'avèrent être impliqués dans des cas d'exploitation sexuelle, risquent de perdre leur emploi, sans parler des poursuites judiciaires.