DEVELOPPEMENT: Le plus du Japon n'est pas suffisant

YOKOHAMA, Japon, 29 mai (IPS) – Le Japon reçoit la gloire pour ce que la secrétaire générale adjointe de l'ONU, Asha-Rose Migiro, a appelé son "ferme engagement pour le développement de l'Afrique".

Mais les éloges pour le Japon au quatrième round de la Conférence internationale de Tokyo sur le développement de l'Afrique (TICAD) qui a démarré mercredi dans la ville portuaire japonaise de Yokohama, près de Tokyo, ne sont pas intervenus sans une touche de critiques, notamment de la part du Zimbabwe. L'admiration est pour le fait que le Japon, la deuxième économie la plus grande du monde, a initié le 'processus TICAD' en 1993, lorsque l'accent sur les problèmes de l'Afrique allait à la dérive. Comme l'indique Migiro, la TICAD qui se tient tous les cinq ans, "a aidé à rassembler des partenaires au développement de l'Afrique dans un effort collectif et tourné vers l'avenir". L'ancien Premier ministre Yoshiro Mori avait initié un dialogue entre l'Afrique et les plus grands pays industrialisés du monde au sommet du G8 de Okinawa en 2000. Huit ans après, les problèmes de développement de l'Afrique seront présentés de nouveau par un Premier ministre japonais, Yasuo Fukuda, au sommet du G8 à Hokkaido au Japon, prévu du 7 au 9 juillet. Le président Blaise Compaoré du Burkina Faso a rejoint la secrétaire générale adjointe de l'ONU en témoignant à la conférence de la TICAD, qui se tient du 28 au 30 mai, que ce processus avait enrichi la politique du dialogue fondée sur le principe de l'appropriation par les pays africains de leur développement, et du soutien de la communauté internationale aux efforts de l'Afrique.

"Ceci est également la base sur laquelle le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD) a été fondé", a déclaré Migiro aux délégués. Ces derniers viennent de 52 pays africains, dont 40 chefs d'Etat, des représentants de 22 nations donatrices et l'Union européenne (UE), et 12 pays asiatiques, en plus des fonctionnaires de 16 institutions régionales africaines et de 55 organisations internationales. Tout en louant la décision du Japon de doubler son aide publique au développement (APD) dans les cinq prochaines années, ce qui porte son aide annuelle à l'Afrique des 900 millions de dollars actuels à 1,8 milliard de dollars d'ici à 2012, Migiro a rejoint des dirigeants africains en soulignant que "les pays donateurs doivent tenir leurs promesses d'accroître le volume, la qualité et la prévisibilité de l'APD". Des officiels japonais affirment que bien que Tokyo continue de s'accrocher à l'objectif de l'ONU consistant à consacrer 0,7 pour cent du produit intérieur brut (PIB) à l'aide publique au développement, il n'y a aucun plan pour fixer une date pour la réalisation de cet objectif. Actuellement, seulement 0,17 pour cent du PIB du Japon va vers l'APD.

L'ancien Premier ministre Toshiki Kaifu (1989-1991), qui a fondé le corps des volontaires du Japon afin de soutenir des pays en développement, a dit à IPS qu'il est beaucoup plus facile de convaincre des gens de la nécessité de l'aide humanitaire que de celle de l'APD aux pays avec lesquels le Japon n'a aucun lien historique. "Mais, bien sûr, nous devons continuer à poursuivre l’objectif". La directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), Thoraya Ahmed Obaid, a exprimé l'espoir que plus de fonds seront alloués à la santé maternelle. Obaid a averti que les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) ne seront pas atteints tant que la vie, la santé et les droits des femmes ne seront pas promus de façon plus énergique. "La santé maternelle sous-tend tous les autres OMD, spécialement ceux visant à améliorer la santé des bébés et des enfants, à rendre les femmes autonomes et à atteindre l'égalité de genre", a-t-elle dit. "C’est seulement quand les femmes sont en bonne santé, instruites et autonomes qu'elles peuvent sortir leurs familles et leurs nations des profondeurs de la pauvreté, et les placer sur un escalier ferme pour le développement". Dans son discours d'ouverture à la conférence mercredi, le Premier ministre Fukuda a établi une relation étroite entre l'amélioration de la santé de la reproduction et la réalisation des OMD. L"International Planned Parenthood Federation' (IPPF), la plus grande organisation de la société civile qui fournit des soins de santé sexuelle et de la reproduction en Afrique, a indiqué que la TICAD IV vient à mi-parcours de la date butoir des OMD, et fournit une réelle opportunité de remédier au manque de progrès en cours pour améliorer la santé maternelle et infantile inscrite dans les OMD 4, 5 et 6. "Le dialogue entre des dirigeants africains et des partenaires internationaux au développement devrait aider à enlever des goulots d'étranglement et augmenter l'action", a souligné l'IPPF dans une déclaration. Le consensus atteint à travers un large processus consultatif conduisant à la TICAD IV est qu'il y a un certain nombre de recommandations de politiques et des 'occasions d'agir' qui pourraient être soutenues favorablement afin de réaliser la vision d'une 'Afrique vivante' au cours des cinq prochaines années, a indiqué l'IPPF. Le gouvernement japonais a reçu un éloge nuancé de la part du ministre des Affaires étrangères du Zimbabwe, Simbarashe S. Mumbengegwi, pour avoir offert "une précieuse tribune pour un dialogue sincère sur les politiques, dépourvu de l'approche fondée sur des prescriptions". Le ministre des Affaires étrangères du Zimbabwe a loué "le peuple et le gouvernement du Japon" pour avoir pris la tête des efforts mondiaux pour combattre la pandémie du VIH/SIDA en donnant 500 millions de dollars en 2000, lesquels sont devenus le capital initial pour le Fonds mondial pour le SIDA". Il a ajouté : "Toutefois, lorsqu'ils ont fait ce geste altruiste, le gouvernement et le peuple du Japon ne savaient pas que le Fonds mondial pour le SIDA serait utilisé un jour comme une arme politique pour sanctionner certains pays en développement pour certaines raisons politiques non justifiées".

Depuis le lancement de ce Fonds, le Zimbabwe a reçu de son assistance seulement deux fois dans les neuf décaissements effectués à ce jour. Par ailleurs, Mumbengegwi a dit que les montants qui ont été versés au Zimbabwe à ces deux occasions étaient dérisoires par rapport à ce qui a été donné à d'autres pays de la région. L'aide moyenne par habitant pour le Zimbabwe est de quatre dollars seulement comparés à 124 dollars pour la région. "C'est regrettable que le Fonds mondial pour le SIDA ait été politisé", a souligné Mumbengegwi.

Mais un haut fonctionnaire japonais anonyme ne semblait pas être optimiste concernant l'aide au Zimbabwe. Le Japon a une charte de l'APD qui fixe trois critères importants pour les bénéficiaires de cette aide, a-t-il dit. Ces critères sont l'Etat de droit, les droits de l'Homme et la bonne gouvernance. "A moins que ces critères soient remplis, nous ne pouvons pas accorder l'APD; nos députés et notre peuple ne comprendraient pas", a déclaré le fonctionnaire.