EDUCATION-CONGO: Environ 5.500 enfants pygmées vont à l'école grâce une action de solidarité

BRAZZAVILLE, 21 août (IPS) – Pendant que le gouvernement du Congo-Brazzaville peine à scolariser les enfants pygmées, la Banque mondiale et des organisations non gouvernementales internationales appuient avec succès des programmes d'inscription et de suivi de ces enfants dans des écoles.

Grâce à la distribution des fournitures scolaires et à un appui alimentaire, plus de 5.500 enfants pygmées vont régulièrement à l'école sans déserter les cours dans ce pays d'Afrique centrale.

“Au cours de l'une de mes multiples tournées de travail, l'inspecteur de l'enseignement primaire de Ngo (centre du Congo) m'a fait le témoignage suivant: Jamais en cinq ans, je n'ai vu les enfants pygmées rester suivre régulièrement les cours sans déserter”, a déclaré à IPS, Alexis Mfoukou Mouko, coordonnateur chargé de la scolarisation des enfants pygmées au Programme d'appui à l'enseignement de base (PRAEBASE). “En tout cas, le programme de distribution des fournitures scolaires et de l'assistance alimentaire a porté ses fruits dans notre circonscription scolaire”.

Le PRAEBASE va intéresser dès octobre prochain quatre autres régions du pays. “Nous sommes déjà prêts pour l'année scolaire 2007-2008. Environ 4.000 enfants pygmées supplémentaires bénéficieront de ce programme dans la Lékoumou (sud-ouest), le Kouilou (sud), la Bouenza (sud-ouest) et le Pool (sud-ouest) où nous serons obligés d'assister les enfants des familles victimes de guerres civiles” entre 1993 et 1997, annonce Mfoukou Moko. En 2003, la Banque mondiale avait validé un programme d'appui à l'éducation au Congo, pour un coût global de 20 millions de dollars. Un projet pilote a permis d'assister quelque 1.500 enfants pygmées en 2005-2006 dans trois départements du pays, pour commencer la mise en œuvre du programme qui s'est poursuivi en 2006-2007. “Il s'agit d'apporter un appui à l'éducation des enfants pygmées. Nous leur distribuons un kit scolaire dans lequel il y a une tenue scolaire, une paire de chaussures et un sac où il y a des cahiers, des bics, des craies, des crayons…”, indique Mfoukou Mouko. Mais, il y a bien des soucis que reconnaît l'expert du PRAEBASE. “Le plus gros problème, c'est maintenir ces enfants à l'école”, dit-il. D'après une étude menée l'année dernière dans le département de la Lékoumou par PRAEBASE, “la famine” est essentiellement la cause de la désertion de l'école par les enfants pygmées. Pour contrer cette difficulté, le Programme alimentaire mondial (PAM) a été mis à contribution pour la création des cantines scolaires. “Nous animons aujourd'hui 113 cantines scolaires à travers le pays. Il y aura une extension cette année, car le gouvernement nous a demandé de prendre une quarantaine d'écoles supplémentaires. L'objectif, c'est de rehausser, dans les écoles, les taux de fréquentation et de réussite en chute suite aux guerres (civiles) que le pays a connues”, explique à IPS, Corneille Oko, chargé des programmes de cantines scolaires au PAM. L'étude du PRAEBASE note à peine 2.936 enfants pygmées qui essaient d'aller à l'école sur un échantillon de 19.657 élèves, ce qui représente 53 pour cent des enfants inscrits à l'école primaire dans huit départements sur les 11 que compte le pays. Le taux d'abandon scolaire n'a été que 11 pour cent sur l'ensemble des élèves pygmées inscrits cette année, selon le même rapport. “Dans toutes les écoles où il y a des cantines scolaires, les enfants pygmées ont repris et s'accrochent. Actuellement, on est à plus de 70 pour cent de taux de fréquentation”, affirme Oko. “Une cantine scolaire, ce n'est pas un restaurant, ce n'est pas nourrir les enfants à l'école. Mais nous incitons les enfants pygmées à aller à l'école. Par exemple, nous ne servons la nourrir que par rapport aux présents, les absents ou les retardataires n'ont rien”, dit-il à IPS. Dans une cantine scolaire, un élève reçoit 150 grammes de riz, 20 grammes de haricot, 15 grammes d'huile et cinq grammes de sel par jour, selon le PAM. La cuisine est faite par les femmes du village qui reçoivent en retour une ration alimentaire de cinq personnes adultes. Chaque année, le PAM sert jusqu'à 71 tonnes de nourriture aux élèves.

Le PAM s'occupe spécifiquement de quatre écoles pour pygmées. Les écoles de Ngo, de Nkou, de Bené et de Nsa dans les Plateaux, au centre du pays. “Là où il y a des pygmées, nous agissons sans critère et automatiquement”, souligne Oko. “Dans les départements de la Lékoumou et du Niari (sud-ouest), c'est l'organisation américaine IPHD (International Partenarship of Humanitarian and Development) qui fait les cantines scolaires pour les enfants pygmées”. “Avant, ces enfants ne venaient pas à l'école. Ils étaient toujours à la chasse avec leurs parents, qui ne les encourageaient pas à suivre régulièrement la scolarité. Mais, depuis la création des cantines scolaires ici en 2004 par les Américains, on note une forte participation des enfants pygmées”, explique Jean Jules Koumba, enseignant à l'école Centre de Sibiti, chef-lieu de la Lékoumou. Des parents pygmées se disent satisfaits de voir leurs enfants suivre régulièrement les cours. “Vraiment, c'est très bien ce que le PRAEBASE fait chez nous dans le Niari. Avant, ils avaient honte d'affronter les Bantous avec leur tenue décousue, et parfois sans cahiers; mais là, ils sont très assidus à l'école. Cette initiative doit se poursuivre”, a dit à IPS, Henri Mapiemé, un parent d'élève pygmée. Les populations ont été impliquées dans la pérennisation de cette expérience en créant des jardins potagers. “Comme c'est une initiative louable, nous avons même commencé à faire des jardins de légumes pour varier les repas des enfants”, affirme à IPS, Jean Denis Toutou Ngamiye, un dignitaire de Sibiti. De son côté, Margueritte Wayé, une mère d'enfant pygmée, appelle les autorités à faire plus. “Quand les sœurs étaient à Impfondo (extrême nord du pays), nous ne dépensions rien. Mais avec leur départ, nous achetons tout, et comme on ne peut pas; nos enfants ont presque renoué avec la forêt. Le PRAEBASE doit également arriver chez nous”, se plaint cette mère. Dans le nord, les sœurs catholiques ont construit cinq écoles pour pygmées et formé des enseignants pour s'occuper de ces enfants stigmatisés dans les écoles publiques. A Sembé, dans la Sangha (nord), les sœurs ont mis en place un programme pour préparer les enfants pygmées à bien lire et comprendre les calculs. Cinq enfants pygmées admis au Certificat d'études primaires élémentaires en 2006 étudient actuellement au Cameroun où ce programme est bien expérimenté. C'est le programme ORA (Observer, réfléchir et agir), essentiellement exécuté en langues pygmées comme le Mbendjele et le Baaka. En Afrique centrale, d'autres foyers de pygmées existent également au Cameroun, au Gabon, en Centrafrique, au Burundi et en République démocratique du Congo.

“Les échecs, ce n'est pas toujours la famine, mais aussi la qualité des enseignements dispensés. Il faut adapter des méthodes pédagogiques pour rattraper le retard (des enfants pygmées) et améliorer leur compétence”, suggère Mfoukou Moko. Selon le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) qui est l'un des cinq parrains de "l'éducation pour tous" au Congo et ailleurs en Afrique, les enfants pygmées ne bénéficient pas encore des enseignements appropriés et adaptés dans les programmes scolaires des Etats. “Le contenu des enseignements n'est pas adapté à leur culture et ne tient pas compte de leur environnement”, estime Emmanuel Bayeni, assistant au programme pygmée à l'UNICEF. Mais, il soutient par contre le programme ORA qui, selon lui, tient compte de l'environnement et de la langue des pygmées pendant la classe préparatoire.