BULAWAYO, 20 août (IPS) – Sithabile Khuzwayo est l'une des nombreuses femmes qui apportent des articles d'épicerie et des vêtements en traversant les frontières du Botswana voisin et de l'Afrique du Sud pour les vendre sur les marchés aux puces en expansion dans la deuxième ville plus grande du Zimbabwe, Bulawayo.
Elle a déclaré à IPS que l'hostilité des gens du Botswana envers les commerçants zimbabwéens a rendu risqué l'achat des marchandises au Botswana. "Avant que les problème ne commencent au Zimbabwe, nous pouvions circuler sans avoir aucun dérangement, mais actuellement, nous sommes devenus des cibles. Certains commerçants sont agressés et leurs biens saisis par le Botswana", a-t-elle dit. Khuzwayo, âgée de 30 ans, se plaint que "les taux de change soient si instables qu'il est devenu difficile de fixer le prix de mes marchandises pour au moins dégager un peu de profit". Les marchés de la ville sont devenus des centres de commerce et de finance où des commerçants transfrontaliers vendent leurs marchandises et recherchent également des devises. Pour beaucoup de résidents luttant dans un environnement économique dur avec des pénuries croissantes de produits de base, les commerçants transfrontaliers sont devenus les seuls pourvoyeurs de vivres. A part les articles d'épicerie, des vêtements bon marché en provenance du Botswana — importés de Chine à l'origine — constituent l'autre produit essentiel qui se vend dans les marchés aux puces de Bulawayo. Les circonstances économiques désastreuses ont attiré des milliers de femmes vers le commerce informel à Bulawayo, une ville de plus de deux millions d'habitants. Récemment, même des professionnels comme des enseignants et des infirmiers s'y sont joints pour se maintenir hors de l’eau.
La rareté des devises au Zimbabwe signifie que ces petites entreprises fonctionnent en dessous de leurs capacités. Elle a obligé les commerçants transfrontaliers à se tourner vers le marché parallèle illégal florissant. A la frontière de Plumtree, où des milliers de Zimbabwéens traversent pour aller au Botswana chaque semaine, des commerçants disent que cela devient de plus en plus difficile d'écouler des biens. L'approvisionnement en articles d'épicerie est en baisse après qu'un décret du gouvernement a obligé les détaillants à casser les prix en deux. Cette décision a laissé les étagères des supermarchés vides. C’était la panique le mois passé quand le gouvernement de la ZANU-PF a annoncé qu'il interdisait l'importation des articles d'épicerie en provenance des pays voisins dans le cadre de son combat des prix contre les détaillants. Sans explication, le gouvernement a accusé les commerçants d'alimenter les pénuries des produits de base rares. Les autorités ont annulé cette décision après un tollé général. La vente des produits tels que l'huile de cuisson, le repas à base de maïs, les chaussures et les vêtements en provenance du Botswana dans les rues de Bulawayo, montre que le commerce transfrontalier continue malgré les souffrances auxquelles sont confrontées des milliers de femmes pour qui ce secteur est vital. Les commerçants montrent du doigt les tarifs douaniers d'importation élevés appliqués par des douaniers zimbabwéens comme l'une des raisons pour importer des quantités limitées de marchandises dans le pays. "On m'a demandé de donner aux douaniers l'argent qui était presque l'équivalent des biens que j'ai achetés au Botswana. Ceci n'a aucun sens commercial puisque je dois tirer quelque chose de ces voyages", a déclaré à IPS, Portia Zuze, une femme de 27 ans à la frontière de Plumtree, à environ 100 km au sud de Bulawayo. Elle a souligné que ce n'était pas le seul défi auquel elle s'est heurtée. "Le transport constitue l'enfer ici. Une fois, j'ai pris le train bon marché de Bulawayo-Francistown. Mais une fois que vous arrivez à la gare de Bulawayo, c'est toute une histoire pour obtenir vos marchandises libérées par les responsables de la douane". "Il y a des cas où un responsable de la douane vous fait juste signe de partir pendant qu'un autre vous demande de payer des droits. Nous ne savons pas ce qui se passe", a indiqué Zuze à IPS. Le Zimbabwe et le Botswana ont signé un accord bilatéral pour éviter une double taxation dans le cadre de ce que le Zimbabwe considère comme un pas pour soutenir le commerce transfrontalier. Toutefois, ces histoires montrent que les autorités zimbabwéennes continuent de rendre la vie difficile aux petits commerçants transfrontaliers. L'instabilité économique prolongée au Zimbabwe a privé les commerçants transfrontaliers informels des opportunités de croissance. En 1997, le Marché commun pour l'Afrique orientale et australe (COMESA) a mis sur pied un fonds pour aider les petits commerçants transfrontaliers via sa promotion de l'investissement et sa caisse de développement du secteur privé. Le Zimbabwe a une toute petite participation dans l'initiative. Mavis Jubane de l'Association des commerçants informels du Zimbabwe dit que peu de gens ont entendu parler de l'initiative du COMESA.
"Beaucoup de femmes ne se fixent pas des objectifs pour une expansion probable, se contentant de faire des voyages qui feront gagner juste ce qu'il faut pour nourrir leurs familles parce qu'elles n'arrivent pas à obtenir assez de devises", a souligné Jubane à IPS.

