MAPUTO, 9 août (IPS) – Plus de 1.000 Mozambicains, y compris des enfants, sont trafiqués vers l'Afrique du Sud chaque année où ils sont obligés de s'adonner à la prostitution ou de fournir de la main-d'œuvre gratuite ou bon marché. En réponse, le gouvernement mozambicain a approuvé depuis deux semaines environ une nouvelle loi qui fera du trafic humain un crime passible de lourdes peines de prison.
Ce sera probablement un réconfort froid pour Sonia de savoir que le Conseil des ministres du Mozambique vient d’approuver une loi contre le trafic humain. Elle a été sauvée il y a juste un an après avoir été trafiquée vers l'Afrique du Sud pour faire des travaux domestiques gratuitement.
Après son retour, elle n'a pas voulu parler de son expérience à sa famille. Elle a voulu seulement déménager vers une autre partie de la ville, pour être seule avec ses deux bébés jumeaux.
Sonia, la femme âgée de 34 ans, dont le nom a été changé pour protéger son identité, a raconté son histoire à IPS l'année dernière. Elle avait été dupée par les trafiquants contre la promesse d'un emploi rémunéré en tant que domestique en Afrique du Sud. On lui a dit qu'elle gagnerait par mois l'équivalent de 166 dollars, une offre qu'elle pensait ne pas pouvoir refuser. Ayant seulement fini la 5ème année de l'école primaire, elle était sans emploi au Mozambique. Même si elle avait réussi à obtenir un emploi, elle aurait probablement reçu seulement le salaire minimum d'environ 50 dollars.
Sonia a traversé clandestinement la frontière sans documents. "Ils m'ont dit qu'ils s'occuperaient de tout", a-t-elle déclaré dans une interview il y a un an.
Elle a décrit comment près de la frontière sud-africaine, aux environs de 19 heures, "un homme nous a conduits à travers la brousse et sur des collines. J'étais effrayée, mais que pouvais-je faire? J'avais pris peur quand des chiens ont commencé par aboyer sur nous et alors la police sud-africaine nous a tous arrêtés. Mais ensuite, l'homme a payé de l'argent à la police et ils nous ont laissé partir".
Une fois en Afrique du Sud, Sonia a travaillé en tant que domestique, mais sans jamais recevoir de salaire. Etant dans le pays de façon illégale, Sonia a eu recours au commerce du sexe pour survivre. Elle a subi un viol collectif, est tombée enceinte et a été infectée par le VIH.
Le trafic humain en Afrique australe, spécialement celui des femmes et des enfants pour travailler principalement dans des hôtels de passe ou parfois bénévolement, comme le cas de Sonia, ou pour offrir une main-d'œuvre bon marché dans l'agriculture, serait en augmentation.
L'Organisation internationale des migrations (OIM) a estimé dans une étude que plus de 1.000 femmes et enfants mozambicains sont trafiqués vers l'Afrique du Sud chaque année. "Le nombre augmente", affirme Nelly Chimedza, directrice adjointe du Programme d'assistance de l'Afrique australe contre le trafic dans le bureau de l'OIM à Maputo, la capitale mozambicaine. Le projet de loi mozambicain sera adopté au cours de la prochaine session du parlement en septembre de cette année. Chimedza remarque que "c'est un exploit majeur, spécialement comme jusqu'à maintenant, il n'y a pas eu une preuve pour ces genres d'activités au Mozambique". Toutefois, Chimedza avertit que même si les parlementaires votent le projet de loi, il y a encore plus de travail à faire avant qu'on ait une garantie que les trafiquants seront traduits en justice. "Le défi sera de faire circuler l'information sur la loi pour que les gens sachent que le trafic est un crime". Mais, même si les gens le savent, "la peur et la honte" persisteront, ajoute-t-elle. Beaucoup de victimes des trafiquants ne veulent pas parler de leur expérience, pas même aux membres de leur famille proche.
"Ils veulent garder les histories pour eux-mêmes. Ils se stigmatisent eux-mêmes, spécialement comme l'abus sexuel y est souvent impliqué. Ils veulent traverser le processus de guérison, seuls, comme Sonia est en train de le faire", explique Chimedza.
Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) soutient des campagnes de sensibilisation au sein des agents chargés de la mise en œuvre de la loi, des responsables des communautés, des parents, des jeunes femmes et des enfants. "Les gens ne sont pas suffisamment informés de la question du trafic et des risques y afférents", déclare Mioh Nemeto, spécialiste de la protection de l'enfant pour l'UNICEF. "C'est particulièrement difficile comme la pauvreté est l'une des causes sous-jacentes de l'existence du trafic. On raconte probablement aux gens que s'ils donnent leurs enfants pour qu'ils travaillent en Afrique du Sud, ils auront également la possibilité d'aller à l'école".
Nemeto ajoute que ce n'est pas facile de mettre les choses au clair dans la communauté parce que le trafic est entouré de mystère. "Nous ne savons pas exactement ce qui ce passe et, sans preuve, il est difficile de rédiger des messages appropriés pour des communautés". En réalité, on sait également peu de choses au sujet du sort de la plupart des victimes. Chimedza affirme que "Sonia est une 'histoire de réussite' parce qu'elle est de retour à la maison. Elle a sa propre maison et gagne sa vie par un petit commerce". La maison a été construite par l'OIM et Chimedza lui rend visite régulièrement pour savoir comment elle se débrouille. Cependant, Chimedza s'inquiète que Sonia ne soit pas hors de danger. Puisque le petit commerce de vente de boissons gazeuses glacées et de poisson de Sonia s'est effondré à cause du manque d'électricité, elle a parlé de faire le commerce frontalier en achetant des biens en Afrique du Sud pour les vendre au Mozambique.
"Elle était très excitée par ce projet quand elle m'en parlait il y a quatre mois, mais je lui ai dit qu'elle courait le risque de tomber de nouveau sur les trafiquants. Je pense qu'elle a compris ma position".

