POLITIQUE-SIERRA LEONE: Faire du droit de vote une réalité de vote

FREETOWN, 8 août (IPS) – Avoir le droit de voter est une chose; l'utiliser convenablement, ou pas du tout, en est plutôt une autre, comme l'a démontré la Sierra Leone avant les élections générales de ce samedi.

Presque 50 années se sont écoulées avant que les femmes ne soient pour la première fois autorisées à voter dans cet Etat de l'Afrique de l'ouest. Toutefois, certaines peuvent être empêchées d'exercer pleinement leurs droits de vote le 11 août prochain — en grande partie parce que la tradition et le manque d'instruction des femmes les excluent du processus politique.

"Des femmes sont moins capables que des hommes d'indiquer la date de la prochaine élection, moins capables que des hommes de donner les noms des partis politiques et moins capables de se considérer comme bien informées du processus électoral", indique un aperçu des résultats clé d'une étude intitulée 'Les élections de 2007 en Sierra Leone : Une étude de base détaillée du savoir, des priorités et de confiance'. L'étude a été conduite par la 'British Broadcastiong Corporation (BBC) World Service Trust' avec 'Search for Common Ground', une organisation non gouvernementale internationale, financée par le ministère britannique du Développement international. Environ 80 pour cent des hommes sondés ont déclaré qu'ils connaissaient la date du prochain scrutin, contre 65 pour cent des femmes. Le pourcentage des femmes qui connaissaient la date était spécialement bas à Pujehun (52 pour cent) et Bo (43 pour cent) — deux localités situées dans l'est de la Sierra Leone.

Au moins un tiers des hommes ont prétendu en savoir beaucoup sur le processus électoral comparé à un quart des femmes interrogées. De la même manière, une étude de 2006 réalisée par la section britannique de l'organisation humanitaire Oxfam et le Groupe 50/50 a trouvé que presque un quart des personnes sondées à Kailahun et Koinadugu, deux districts de l'est, — 23,8 pour cent — croyaient qu'une femme ne pouvait pas voter pour un candidat de son choix. Toutefois, des efforts sont en cours pour changer cette situation, y compris une campagne à l'échelle nationale, par le Groupe 50/50 pour assurer une plus grande participation des femmes dans les prochaines élections présidentielles et législatives.

Cette initiative a démarré récemment avec un financement du Fonds de développement pour la femme africaine, dont le siège est à Accra, la capitale du Ghana. Le Groupe 50/50 est une organisation civique qui tente d'augmenter la représentation des femmes en politique pour refléter le fait qu'elles représentent environ la moitié de la population. Le recensement de 2004 de la Sierra Leone a chiffré la population du pays à environ cinq millions de personnes, dont 52 pour cent sont des femmes. S'adressant aux journalistes à Freetown, la capitale sierra léonaise, Nemata Eshun-Baiden — fondatrice et ancienne présidente du groupe — a déclaré que l'initiative visait également à montrer aux femmes comment éviter d'effectuer des votes nuls.

Un communiqué de presse du Groupe 50/50 indique : "Bien qu'une formation (ait) été faite… on a besoin de plus de formation et de prise de conscience des femmes pour briser les barrières qui militent contre leur participation et leur habilité à choisir en connaissance de cause pendant les élections". "(La) majorité des femmes ne sont pas encore politiquement, socialement et économiquement équipées pour une participation politique". La campagne prend la forme d'ateliers co-dirigés par des responsables de la Commission électorale nationale (NEC). Des bureaux de vote sont en train d'être simulés au cours de ces rencontres pour donner aux femmes l'occasion de pratiquer le vote avec l'utilisation de faux bulletins de vote. Les bulletins de vote pour l'élection montreront les photos des candidats pour aider les votants analphabètes — un sujet qui préoccupe particulièrement les femmes en Sierra Leone. Selon le Rapport de développement des Nations Unies de 2006, seulement 24,4 pour cent des femmes du pays sont lettrées, contre 46,9 pour cent des hommes. D'autres aspects du processus de vote sont également débattus dans les ateliers. De plus, des messages incitant les femmes à voter sont en train d'être diffusés à la radio et à la télévision dans nombre de langues locales. Selon l'étude réalisée par la BBC et la 'Search for Common Ground', "Une proportion plus grande d'auditeurs que de ceux qui n'écoutent pas la radio connaissent la date des élections, et une proportion plus grande d'auditeurs que de ceux qui n'écoutent pas la radio présentent des niveaux élevés de confiance en leur connaissance du processus électoral". Le Groupe 50/50 envisage de travailler avec la commission électorale dans le but d'évaluer l'effectivité de la campagne en analysant si le taux de participation des femmes sera plus fort ce mois, comparé aux élections antérieures. (Le porte-parole de la NEC Isaac Curtis Hooke déclare qu'environ 2,6 millions de personnes se sont inscrites pour voter au cours des prochaines élections, dont 49 pour cent sont des femmes). Mais dans un pays où une dizaine d'années de guerre civile a fait des victimes, particulièrement dans le rang des femmes, des épouses et des mères, qui sont rongées par la lutte quotidienne pour la survie de leurs ménages, sont-elles en mesure de participer aux ateliers? Ehun-Baiden est optimiste : "Nous utiliserons des mégaphones…(et) ferons tout ce que nous pouvons pour que les femmes laissent leurs tâches ménagères pour prendre part à nos ateliers", a-t-elle déclaré à IPS.

Si les femmes commencent réellement à exercer leur pouvoir de vote, elles peuvent bien changer le visage de la politique en Sierra Leone.

Le 'Rapport d'étude de base de PACER' réalisé par Oxfam et 50/50 a montré que 75 pour cent des femmes interviewées auraient voulu voter pour une candidate à la présidentielle, tandis que seuls 55 pour cent des hommes voulaient faire autant. Pas un seul des trois principaux partis politiques du pays n'a choisi une femme pour le représenter à l'élection présidentielle. Les femmes représentent 14,5 pour cent de la législature sierra léonaise sortante, et il y a également trois femmes ministres au gouvernement. La Sierra Leone est l'un des pays du monde les plus touchés par la pauvreté, ses réserves de diamant considérables ayant alimenté la guerre civile brutale qui a pris fin en 2002. Le Rapport de développement de l'ONU indique que trois quarts des habitants de ce pays vivent avec moins de deux dollars par jour.