Q&R: ''En Sierra Leone on vous coupe simplement, et pas de problème avec cela''

FREETOWN, 10 août (IPS) – Certains commentaires résonnent longtemps après qu'ils ont été faits, et la prétendue menace de Shirley Yeama Gbujama de "coudre la bouche de ceux qui prêchent contre Bondo" en est certainement un.

La ministre sierra léonaise du Bien-être social aurait fait ce commentaire il y a un peu plus d'une décennie pendant qu'elle était ministre du Tourisme et de la Culture, en réponse à une campagne contre la mutilation génitale féminine (MGF). Les sociétés secrètes "Bondo" initient des filles à la féminité, en partie à travers la MGF — une pratique traditionnelle qui peut avoir plusieurs effets secondaires nocifs.

Michael J. Carter de IPS s'est entretenu récemment avec Gbujama pour savoir si elle a adouci sa position sur Bondo et sur la MGF au cours des dix années écoulées.

IPS: Votre commentaire concernant la suture de la bouche de ceux qui sont opposés à Bondo a été perçu par certains comme une approbation de l'excision. Quelles sont vos impressions sur la question actuellement?

Shirley Yeama Gbujama (SG) : (Rires) Cela remonte à quand j'étais ministre du Tourisme et de la Culture — et la Culture : Bondo faisait partie de notre culture. Quand des femmes étaient attaquées au sujet de la société Bondo (pendant la campagne), elles organisaient une grande réunion. Elles étaient bouleversées par certaines choses que les gens écrivaient sur elles. Et, figurez-vous, c'était la première fois que des gens écrivaient sur des parties du corps de la femme dans des journaux. Nous pensions que c'était très dégradant, parce que ceci ne s'était jamais produit auparavant. J'étais complètement du côté des femmes, et j'ai dit, "Regardez, pourquoi continue-t-on d'écrire sur nous et de parler de nos parties intimes? Ce n'est pas correct".

IPS: Donc, votre commentaire défendait la culture Bondo?

SG: Ce n'était pas tant une question de la culture Bondo que celle de la défense de l'intimité. Ce genre de choses n'était pas quelque chose que nous allions laisser échapper. IPS: Et, quelle est votre opinion sur l'excision actuellement?

SG: Notre idée est peut-être que nous sommes en train d'arriver au point où les gens ont fini avec cela. Attendons donc jusqu'à ce que la personne puisse prendre sa propre décision d'intégrer la société…

Mais, cette grande question au sujet de l'excision — je n'aime pas en parler, mais comme c'est devenu un sujet de discussion mondiale, je pourrais aussi en parler — il y a des femmes qui n'étaient jamais excisées quand elles étaient petites, et maintenant qu'elles sont devenues plus âgées, elles commencent par avoir tellement de problèmes avec leur affaire (appareils génitaux) qu'elles vont voir les médecins pour leur demander de les couper.

Nous savons qu'il y a des docteurs en médecine qui le font. Pas seulement ici, mais à d'autres endroits également. Une autre chose à propos de l'excision est qu'en Sierra Leone, elle n'est pas aussi mauvaise qu'elle l'est dans d'autres pays du monde. Dans d'autres pays, on vous racle! On ne se contente pas de vous couper. En Sierra Leone on vous coupe simplement, et il n'y a pas beaucoup de problèmes avec cela. Mais à d'autres endroits, on le fait de telle sorte que c'est dangereux. Je pense que cela dépendait réellement de la situation actuelle des choses, laissez… les gens prendre leur propre décision. C'est mon point de vue. IPS: vous voulez dire, établir un âge de consentement pour la MGF?

SG: Exactement.

IPS: Comment répondez-vous aux critiques qui disent que la MGF devrait être abolie à cause de ses effets secondaires négatifs?

SG: Il y a des manières de la faire sans causer aucun effet secondaire, et il y a des manières de la faire qui vous causeront tout un tas de problèmes. Cela dépend de comment on la fait.

IPS: Pensez-vous que les femmes parlementaires devraient prendre l'initiative de mettre un terme à l'excision?

SG: je pense que c'est l'affaire des femmes parlementaires de parler à leurs électeurs… pour se faire une idée générale de ce qu'elles veulent et pour ensuite essayer de voir ce que chaque personne pense et veut avant qu'elles puissent faire du bruit à ce sujet. Nous ne devrions pas simplement dire, "Faites ceci parce que tout le monde le dit".

IPS: Etes-vous déçue par le petit nombre de femmes candidates en lice pour les élections législative de samedi? (Juste 64 des 566 candidats sont des femmes — environ 11 pour cent du total).

SG: J'espérais avoir plus de femmes parce que nous avons fait beaucoup de choses avec le Groupe 50/50. On a fait connaître au public la nécessité pour les femmes de rejoindre la scène politique. Je ne suis pas très contente que nous ayons eu un si bas pourcentage. IPS: Pouvez-vous expliquer brièvement ce que signifie le Groupe 50/50?

SG: Le Groupe 50/50 a été formé plusieurs années plus tôt avec l'assistance du Consulat britannique et de certains amis aux Etats-Unis pour aider les femmes à se rendre compte du fait qu'elles peuvent prendre part à la vie politique et avoir une participation de 50 pour cent dans l'arène politique.

IPS: Comment donc les femmes peuvent-elles prendre une part plus active dans la vie politique et sociale en Sierra Leone?

SG: Eh bien, elles doivent d'abord être dans le parlement. Elles doivent ensuite appartenir au gouvernement. Elles doivent être à des positions importantes comme la Commission électorale nationale dont, grâce à Dieu, une femme est à la tête (Christiana Thorpe). L'instruction des filles est un devoir (et) nous sommes en train de renforcer les capacités des femmes à travers des micro-crédits.