SANTE-TANZANIE: Un objectif imprécis pour empêcher les enfants de mourir

DAR ES SALAAM, 28 juin (IPS) – La pauvreté, l'ignorance de la protection adéquate de l'enfance et la rareté des infrastructures sanitaires et des agents de santé qualifiés constituent des obstacles majeurs à la quête de la Tanzanie de réduire la mortalité infantile d'ici à 2015.

C'est le délai pour la réalisation des huit Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) de l'Organisation des Nations Unies. La réduction du taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans de deux-tiers est le quatrième des huit objectifs.

En Tanzanie, des observateurs et des spécialistes en médecine sont sceptiques par rapport à la capacité de la Tanzanie à atteindre cet objectif d'autant plus que 2015 est tout proche. "Franchement parlant, nous sommes en arrière et j'ai des doutes quant à la volonté réelle du gouvernement de respecter ce délai", a déclaré à IPS, Isaac Maro, médecin à l'Hôpital national de Muhimbili à Dar Es Salaam, la capitale tanzanienne. "Des politiciens nous fournissent toujours des idées séduisantes, mais nous ne pouvons en aucun cas atteindre le quatrième objectif", a ajouté Maro. Au plan national, la mortalité des moins de cinq ans en Tanzanie est partie d'une moyenne de 137 pour 1.000 naissances vivantes dans la période allant de 1992 à 1996 à 147 pour 1.000 naissances vivantes de 1995 à 1999, selon l'Organisation mondiale de la santé. Le Bureau national des statistiques de la Tanzanie, un organe officiel, a placé le taux de mortalité moyen des moins de cinq ans à 112 pour 1.000 naissances vivantes pour la période de 2000 à 2005. Le taux de mortalité infantile moyen était de 68 pour 1.000 naissances vivantes pendant la même période, indique-t-il. Mais le Fonds des Nations Unies pour l'enfance le place à 165 décès pour 1.000 naissances vivantes en 2000 et en 2003. "De mon point de vue, nous sommes en train de faire face à trois défis majeurs dans la mise en œuvre des OMD, spécialement l'objectif quatre. Les questions de population, la pauvreté et le manque de connaissances appropriées au sujet de la protection de l'enfance nécessitent encore une attention particulière parce qu'ils sont à l'origine du retard", a souligné Maro. Concernant la question de la population, Maro a affirmé qu'au moment où le gouvernement déclare qu'il a mis en place une politique de santé, la majorité des Tanzaniens ne bénéficient pas des services de santé. La population dépasse la capacité du gouvernement à fournir les services, a-t-il dit.

"Cela ne rime à rien de dire que nous offrons des médicaments gratuits et puis, vous n'assurez pas la couverture de 30 pour cent de la population en soins de santé", a indiqué Maro.

La Tanzanie est également confrontée au problème d'insuffisance du nombre de médecins et d'agents de santé qualifiés. Dans une région connue pour sa production agricole, Rukwa, il n'y a que sept docteurs en médecine couvrant 25 pour cent de la demande. Cette situation a obligé Rukwa à fermer 12 centres de santé et dispensaires. Actuellement, les populations doivent parcourir de longues distances pour se procurer des services médicaux, y compris l'accouchement, a déclaré à IPS, Daniel ole Njoolay, commissaire de la région de Rukwa. A Rukwa, la mortalité infantile se situait à 108 pour les 1.000 naissances vivantes en 2005 et à 106 pour les 1.000 naissances vivantes en 2006. Le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans à Rukwa était de 175 pour 1.000 naissantes vivantes en 2005 et de 143 pour 1.000 naissances vivantes en 2006, selon Ole Njoolay. Il considère ces taux comme "élevés et inacceptables".

Maro a souligné que des niveaux plus élevés d'instruction sont généralement associés aux taux de mortalité plus bas parce que l'éducation apporte aux parents des informations sur une meilleure alimentation, l'utilisation des contraceptifs pour espacer les naissances et sur la connaissance des maladies de l'enfance et leur traitement. Toutefois, peu de choses ont été faites pour promouvoir l'information sanitaire au sein du public et c'est la raison pour laquelle la plupart des habitants des zones rurales ne demandent pas conseil aux médecins ni ne visitent les quelques cliniques existantes, a-t-il dit.

De plus, "la pauvreté est maintenant devenue un phénomène fréquent en Afrique et elle empire. Elle a atteint un point où nos populations n'ont pas les moyens d'acheter des médicaments. Comment pensez-vous qu'elles s'arrangeront pour payer pour une échographie?", a demandé Maro. Le Bureau national des statistiques a également noté que les chances d'un enfant de mourir avant d'atteindre cinq ans, sont déterminées par le lieu de résidence, la province, le niveau d'instruction de la mère et la richesse du ménage. Le taux de mortalité infantile est généralement plus bas dans les zones urbaines que dans les zones rurales et plus bas dans le nord du pays que dans le sud.

La prévalence du VIH/SIDA affecte la mortalité infantile qui est directement due à la transmission de la mère à l'enfant et qui est indirectement due à la maladie et au décès de la mère qui ont des conséquences néfastes sur la santé de l'enfant.

La détermination de la transmission du VIH aux enfants est compliquée par les anticorps de la mère qui peuvent être détectés chez un enfant jusqu'à 18 mois, même si cet enfant n'est pas infecté après, a affirmé Conrad Mnumi, médecin-chef à l'hôpital Marie Stopes à Dar Es Salaam.

Il se dit encouragé par le fait qu'il ait eu une augmentation substantielle du niveau des connaissances de base sur la transmission du VIH de la mère à l'enfant au cours des cinq dernières années en Tanzanie.

Shani Zubery, directrice d'un centre de santé public avec 40 enfants handicapés mentaux à Dar Es Salaam, ignore les OMD. Mais elle peut signaler qu'il y a eu une amélioration significative des services sociaux dans des cliniques et centres de santé. Dans son secteur, le taux de mortalité infantile a diminué, spécialement dans les zones urbaines. "Nous devons encore faire face à certains défis dans les zones rurales à cause des croyances locales et des pratiques y afférentes et d'un défaut dans la mise en œuvre adéquate des services de santé", a ajouté Zubery.

Elle s'inquiète que la corruption dans le pays soit en train d'ébranler la capacité des Tanzaniens à accéder aux services de santé.