COMMERCE-AFRIQUE: La Libye pour approvisionner le Kenya en pétrole moins cher

NAIROBI, 29 juin (IPS) – Le Kenya est prêt à recevoir du pétrole de la Libye à des taux préférentiels conformément à un accord bilatéral signé au début de ce mois entre les responsables des deux pays.

Des initiés de l'industrie pétrolière disent que ceci permettra probablement au Kenya d'attribuer le contrat pour la réalisation d'une installation pétrolière de 45 millions de dollars US et un projet de chargement de camions et de trains d'une valeur de 22 millions de dollars à un investisseur lié à la Libye. Les projets seront soumis à une enchère compétitive par des investisseurs étrangers, mais les deux pays sont déjà entrés en discussions au sujet des projets. La Libye a également manifesté son intérêt pour la modernisation de la raffinerie de pétrole du Kenya qui est dépassée et mal entretenue. Le coût de cette modernisation est estimé à 322 millions de dollars US. Selon un protocole d'accord signé entre les deux pays, la Libye peut fournir à hauteur de 60 pour cent des 1,6 million de tonnes de pétrole brut dont le Kenya a besoin pour rendre sa raffinerie économiquement viable. Au total, le pays a besoin de 2,8 millions de tonnes de pétrole brut et raffiné. "Toute possibilité de faire entrer du pétrole moins cher dans le pays est bonne", a déclaré à IPS, Sumayya Hassan Athmani, secrétaire général de la Société nationale du pétrole du Kenya.

"Nous sommes économiquement sur un chemin de la croissance et nous comptons sur le pétrole pour atteindre cette croissance. Comme nous sommes en expansion, la demande du pétrole augmentera. Environ 25 pour cent de notre facture d'importation et 11 pour cent de notre produit intérieur brut (PIB) vont vers l'achat du pétrole. Si nous pouvons obtenir du pétrole moins cher, cela signifie que beaucoup d'argent peut être dégagé pour être utilisé ailleurs", a affirmé Athmani. Ce que sera exactement l'économie pour les Kenyans est incertain dans la mesure où le gouvernement n'a pas encore rendu public le prix du pétrole qui a été réduit. Il n'y a aucune indication permettant de savoir si les économies atteindront réellement les consommateurs. Athmani a indiqué que le Kenya a besoin d'un investisseur stratégique pour moderniser la raffinerie de pétrole existante. Cette personne peut être le leader libyen Muammar Kaddafi. James Shikwati, directeur du Réseau économique inter-régional (IREN), un groupe de réflexion de la politique indépendante, a confié à IPS que Kaddafi a montré son engagement envers l'Afrique subsaharienne avec cet accord. "Si la Libye vient au Kenya, elle rendra le marché interne plus compétitif. Nous pouvons avoir de meilleures prestations à des taux meilleurs. Les compagnies de pétrole occidentales ont pendant longtemps manipulé les prix du pétrole. La compétition sera bonne", a-t-il ajouté. Un investisseur financier américain, Colony Capital, a récemment acquis la majorité des actions de Tamoil, une compagnie de pétrole de l'Etat libyen. Cet accord est intervenu une semaine après que la Libye a signé un contrat d'exploration avec la grande multinationale de pétrole, British Petroleum (BP). D'autres multinationales qui sont retournées en Libye sont Shell et ExxonMobil.

Il semble que la Libye est en train de saisir toutes les opportunités possibles pour accueillir les investisseurs occidentaux après que le président américain George W. Bush a, en avril de cette année, levé la plupart des sanctions économiques contre la Libye. Cette décision a été interprétée comme une "compensation" pour l'annonce faite par la Libye d'abandonner son programme d'essais nucléaires. Les Nations Unies ont levé leurs sanctions contre la Libye en 2006.

Ces sanctions étaient en vigueur depuis 1986 quand des pays comme les Etats-Unis ont identifié la Libye comme sympathisant avec des groupes terroristes internationaux. La Libye en retour a soutenu des embargos sur le pétrole pendant des décennies comme une arme politique contre le soutien de l'Occident à Israël dans le conflit avec la Palestine. L'ouverture de la Libye aux investisseurs étrangers est en droite ligne avec les programmes de privatisation du gouvernement. Tamoil a élargi ses intérêts économiques vers l'Ouganda quand la compagnie a obtenu le marché pour faire fonctionner, construire et transférer l'oléoduc Kenya-Ouganda. L'oléoduc, qui s'étendra sur plus de 320 kilomètres, améliorera la circulation de l'essence, du gasoil, du pétrole et du kérosène A-1 pour avion entre Eldoret dans le nord-ouest du Kenya et Kampala, la capitale ougandaise. L'accord entre le Kenya et la Libye intervient également à un moment où les acteurs du commerce pétrolier sont convaincus qu'ils trouveront du pétrole au Kenya. Des millions de dollars sont en train d'être utilisés dans l'exploration du pétrole dans ce pays d'Afrique de l'est. "Si vous regardez les voisins du Kenya comme le Soudan, il apparaît que l'Afrique de l'est est riche en pétrole. Et le Kenya fait partie de cette région. Je crois que ce n'est qu'une question de temps pour que nous trouvions du pétrole", a déclaré Athmani. Pour Shikwati, bien que l'entrée de la Libye en tant qu'acteur au Kenya puisse paraître une bonne chose en apparence, il y a toujours un élément d'incertitude. "D'une part, il se peut que les Kenyans en profitent vraiment, mais d'autre part, la Libye peut décider de rejoindre les cartels de pétrole internationaux qui manipulent les prix du pétrole". Il y a également la possibilité que l'homme de la rue ne profite pas du pétrole moins cher parce que le gouvernement Kenyan peut décider de ne pas répercuter les économies sur le consommateur. Kwame Owino, coordonnateur de programme à l'Institut des affaires économiques du Kenya, une structure non gouvernementale, a confié à IPS qu'il n'est pas sûr de la manière dont la Libye fera un rabais des coûts. "Le pétrole est un produit international qui est coté en dollars américains et vendu sur les marchés internationaux. Il n'est pas clair que la Libye puisse fournir du pétrole moins cher", a-t-il dit.

"Comme les deux pays font partie du Marché commun pour l'Afrique orientale et australe (COMESA), mon sentiment est qu'il aurait été mieux de discuter de la question au COMESA. D'un point de vue économique, les pays du COMESA auraient été plus avantagés si un accord multilatéral avait été signé", a affirmé Owino.

La Libye n'investit pas uniquement dans le secteur pétrolier au Kenya. Le ministre du Commerce kenyan, Mukhisa Kituyi, a annoncé au début de ce mois que la Libye investirait également dans la construction d'un hôtel de luxe à Nairobi et d'un centre d'expositions dans la ville côtière de Mombasa. Kituyi a indiqué que le Kenya considère la Libye comme un nouveau marché pour ses produits de café et de thé.