DROITS-TOGO: Cinq premiers trafiquants d'enfants jugés et condamnés

SOKODE, centre du Togo, 19 juin (IPS) – Les organisations de la société civile se sont réjouies de la condamnation, pour la première fois, de cinq trafiquants d'enfants, la semaine dernière, par deux tribunaux du Togo à des peines de prison ferme et au payement d'amendes.

Quatre des cinq trafiquants d'enfants ont été jugés par un tribunal de Kara, une ville située dans le nord du Togo. Anaheri Kasso, 37 ans, a écopé d'une peine de 12 mois de prison dont cinq avec sursis plus une amende d'environ 2.000 dollars pour le trafic de trois enfants, tandis que Soulé Lamania, 42 ans, est condamné à 18 mois d'emprisonnement ferme, coupable d'avoir convoyé cinq enfants au Nigeria.

Le troisième trafiquant, Yamba Kodjo, 40 ans, a été condamné à payer environ 600 dollars pour avoir convoyé les enfants de sa sœur au Nigeria alors qu'il avait déclaré qu'il se rendait avec eux au village. Le juge a exigé cette somme qui servira au rapatriement des enfants, et Kodjo devra retourner devant le juge le mois prochain. Le quatrième, Pascal Bayobda, 37 ans, reconnu coupable de viol et de proxénétisme sur une mineure de 14 ans, a été écopé à 12 mois prison avec sursis.

Au même moment à Sokodé, dans le centre du pays, un autre tribunal jugeait le cinquième trafiquant, Issa Ousoumanou Oukenini, 34 ans, reconnu coupable du trafic de cinq enfants vers le Nigeria, et condamné à 24 mois de prison ferme. “Nous ne pouvons que nous réjouir (de ces verdicts) et nous continuerons à nous battre pour que cela cesse dans notre pays et partout ailleurs”, a déclaré Sylvain Anson-Anoumah, 12 ans, membre d'une association d'enfants engagés dans la promotion des droits des enfants, dénommée Club Espérance, basée à Sokodé. Selon lui, “Ce sont les droits des enfants aussi qui ont gagné dans ces procès”. Ces procès sont l'aboutissement des différentes actions menées par la société civile togolaise depuis plusieurs années, a expliqué à IPS, Cléophas Mally, un responsable de l'Organisation non gouvernementale (ONG) WAO-Afrique, basée à Lomé, la capitale togolaise et spécialisée dans la défense des droits des enfants. “L'essentiel pour nous est le message fort que le gouvernement veut envoyer aux trafiquants, c'est-à-dire leur dire que l'impunité n'est plus de mise face à ce phénomène au Togo”.

Ces procès organisés à la veille de la célébration, le 16 juin, de la Journée de l'enfant africain qui portait cette année sur la traite des enfants, constituent la première application d'une loi spécifique sur le trafic et la traite des enfants, adoptée en août 2005 par l'Assemblée nationale togolaise.

Selon cette loi, les auteurs et complices de trafic d'enfants sont punis des peines d'emprisonnement d'un mois à cinq ans, assorties d'amendes allant de 1.000 à 20.000 dollars.

Kodjo Adjessoum, un magistrat qui était aux procès, a expliqué à IPS que les peines prononcées n'ont pas été plus lourdes parce que les prévenus avaient reconnu les faits et plaidé coupables. Il a ajouté que l'organisation de ces procès constituait déjà un exemple. La même loi réglemente la sortie des enfants du territoire togolais, exigeant que la sortie d'un enfant non-accompagné de ses parents ou tuteurs soit subordonnée à la présentation d'une autorisation spéciale délivrée par un tribunal. “Depuis l'adoption de cette loi, il n'y a pas eu de procès, ce qui fait que les gens sont encore tentés par le trafic, mais ces procès vont leur permettre de comprendre que la loi existe et sera appliquée à tout monde”, a déclaré Délali Kpéglo, de l'ONG Plan Togo basée à Lomé. “Nous sommes heureux de constater que les autorités togolaises essaient d'appliquer les lois du pays”, a-t-elle ajouté.

Le procureur du tribunal de Sokodé, Ibrahim Awale, a expliqué à IPS que la justice allait continuer de faire son travail. “Il revient aux ONG d'assurer une bonne sensibilisation des parents, des enfants et de l'ensemble de la population sur l'existence de la loi et des dangers du trafic”. “Lors du jugement, on a constaté qu'il y avait beaucoup de gens qui étaient au tribunal, c'est une mesure dissuasive pour les autres trafiquants”, a dit à IPS Françoise Gnofame, responsable du Réseau de lutte contre la traite des enfants au Togo, une ONG basée à Lomé.

Les parents évoquent souvent la pauvreté pour justifier l'envoi de leurs enfants à l'étranger. Le phénomène touche beaucoup plus des familles pauvres, illettrées avec plusieurs enfants, affirme Gnofame. “Il est venu me voir pour me dire qu'il aidera mon enfant à devenir quelque chose demain, et c'est la raison pour laquelle je lui ai confié mon garçon”, a confié à IPS, Alain Dogbé (un nom d'emprunt), père d'un enfant trafiqué. Il a fallu l'arrestation de ce trafiquant pour que Dogbé se rende compte des conséquences de son acte.

Les filles sont encore plus touchées par le trafic à cause d'une conception courante dans ce pays d'Afrique de l'ouest, qui veut qu'une jeune fille se débrouille pour trouver les moyens de préparer son mariage, soulignent les ONG.

Un rapport de l'ONG Plan Togo, publié en 2005, révèle que près d'un enfant du Togo sur huit est envoyé travailler loin de son domicile et de sa famille, parfois même à l'étranger, alors que 12 pour cent des enfants originaires des zones rurales sont victimes de traite pour des emplois peu ou pas rémunérés.

Selon un rapport de l'ONG internationale 'Human Rights Watch', daté de 2003, les garçons sont recrutés pour un travail agricole dans le sud-ouest du Nigeria, dans des champs de coton au Bénin ou pour un travail d'usine en Côte d'Ivoire. “Il leur avait été promis qu'en se rendant à l'étranger, ils recevraient une éducation formelle ou professionnelle qu'ils pourraient ensuite utiliser pour gagner de l'argent pour eux-mêmes et pour leurs familles”, indique le rapport.

Selon le Bureau international du travail (BIT), 200 villages du Togo ont été identifiés comme lieux de départ des enfants trafiqués. Pour y faire face, le BIT appuie l'établissement de comités de vigilance dans le pays, dont le but est de sensibiliser les diverses communautés aux dangers de ce trafic.