DROITS-ANGOLA: La beauté est quelque chose de subjectif

LE CAP, 22 mai (IPS) – Le gouvernement angolais a expulsé de force 20.000 pauvres, au nombre desquels de petits exploitants agricoles, et détruit 3.000 maisons entre 2002 et 2006 dans la capitale, Luanda, "pour faciliter le développement et 'l'embellissement' dans l'intérêt public".

Human Rights Watch (HRW), un groupe international de pression, et SOS Habitat, une organisation non gouvernementale angolaise qui se focalise sur le logement, ont publié ces conclusions dans un rapport publié le 15 mai sous le titre “Ils ont démoli les maisons : Expulsions forcées et insécurité de la tenure foncière pour les citoyens pauvres de Luanda”.

La recherche a révélé que les expulsions des pauvres de Luanda ne sont pas des événements isolés. Un exemple d'abus est mis à nu dans l'étude, montrant une campagne concertée du gouvernement pour dégager les zones pauvres autour de la ville.

Au nombre des victimes, figurent des ménages dirigés par des personnes âgées, des enfants et des femmes — laissés dans l'indigence par les expulsions qui se sont déroulées sans égard pour les titres de propriété ou de tenure, et en l'absence de motifs légaux pour le déplacement.

"Bon nombre ont cultivé et vécu dans ces zones pendant des décennies; d'autres se sont installés selon la coutume, avec la permission des personnes âgées. Le gouvernement n'a jamais saisi légalement ou officiellement la terre occupée par les gens, ni ne leur a donné une chance de faire valoir leurs droits sur la terre", a déclaré Luiz Araujo, directeur de SOS Habitat, selon un communiqué de presse de HRW et SOS Habitat. La plupart des personnes expulsées n'ont réalisé qu'elles étaient en train d'être délogées de leurs maisons que lorsque des bulldozers et des camions sont arrivés, et que, dans la plupart des cas, les victimes n'ont pas été autorisées à ramasser leurs biens. Dans les cas où les habitants étaient informés d'une expulsion imminente, on ne leur a pas accordé assez de temps pour sauver leurs biens.

Le rapport cite une femme de 35 ans qui a été expulsée de Cambamba II non loin de Luanda : "Ils sont arrivés et n'ont adressé la parole à personne…et ils ont démoli les maisons…Il n'y avait le temps pour rien…nous ne pouvions rien faire sortir. Ils ont cassé mon lit, mon four; ils ont tout écrasé. J'ai essayé de faire quelque chose et ils m'ont prise. J'essayais de faire sortir mes affaires et ils m'ont jetée dans une voiture de police".

Des responsables du gouvernement local et des policiers ont fait usage de violence, d'intimidation et de "force excessive" pour expulser les habitants pauvres des zones informelles autour de la ville. Des coups de feu auraient été tirés en l'air ou par terre. Quatre personnes, dont un enfant de cinq ans, ont été touchées par des balles perdues ou tirées à vue — tandis que plusieurs ont été battues avec des matraques ou des crosses de fusils.

Dans certains cas, des Angolais ont été détenus sans aucune charge. Nombre des personnes arrêtées ont rapporté une maltraitance physique. Des policiers ont également harcelé des membres de SOS Habitat lorsqu'ils ont demandé des informations sur les expulsions ou ont essayé d'expliquer les droits des expulsés aux autorités gouvernementales.

Même si la compensation a été offerte dans certains cas, elle ne reflétait pas la valeur des biens qui ont été détruits dans les démolitions. Les expulsés qui ont été réinstallés se sont retrouvés dans des zones dépourvues d'équipements sanitaires ou de centres éducatifs et de santé. Des marchés informels, dont plusieurs habitants pauvres dépendent pour leur survie, ont été détruits dans les expulsions.

La loi angolaise sur le foncier, votée en 2004, inclut des mesures pour protéger des personnes menacées d'expulsion. Toutefois, les testes d'application n'ont pas été adoptés, rendant inapplicables ces mesures.

La même loi prévoit également la "régularisation" de la tenure informelle de la terre. Elle attribuait la responsabilité de la régularisation à des Angolais pris individuellement, qui sont invités à faire une demande avec cette intention en l'intervalle de trois ans — faute de quoi le gouvernement obtenait le droit de revendiquer leur terre et de les expulser de force.

L'Angola est signataire de la Convention internationale sur les droits civiques et politiques. Selon HRW et SOS Habitat, il a violé l'article 11 de la convention qui établit que les gens ont le droit de ne pas être expulsés de force de leurs maisons. Le droit international prévoit l'expropriation et même l'expulsion forcée, mais seulement lorsqu'il peut être prouvé qu'une telle action est dans l'intérêt public.

Le gouvernement a, à certaines occasions, nié que les expulsions aient eu lieu. A d'autres moments, il a justifié les actions, accusant les expulsés de violation de propriété, ou citant la nécessité de projets de développement et "d'embellissement" dans l'intérêt public.

Human Rights Watch enquête actuellement pour savoir si les zones touchées font partie du sud de Luanda pour laquelle le gouvernement a accordé une concession à une entreprise dénommée 'Empresa de Desenvolvimento Urbano Lda' (Urban Development Company Ltd) pour sa modernisation et son développement.

Selon le rapport, "même si le gouvernement affirme qu'il est en train d'améliorer les conditions de vie à Luanda, il aggrave ces conditions pour les personnes les plus économiquement vulnérables en expulsant des milliers…et en les privant de l'assistance nécessaire pour les aider (à) se réinstaller ailleurs, eux-mêmes ".

HRW et SOS Habitat sont préoccupés par le fait que "des milliers d'Angolais restent vulnérables aux expulsions forcées provoquées par l'incapacité du gouvernement à s'attaquer à l'insécurité généralisée de la tenure foncière. La majorité des quelque quatre millions d'habitants de Luanda ne possède aucun titre formel pour leur maison ou leur terre". Les deux organisations ont appelé le gouvernement à cesser immédiatement les expulsions et à suivre la procédure régulière. Elles ont également demandé que les autorités enquêtent sur les allégations d'abus et prennent des mesures appropriées — et que l'enregistrement des terres soit amélioré pour s'assurer que l'occupation informelle obtienne une protection légale.