EDUCATION-AFRIQUE: De Jeunes Enseignants Manifestent Contre Une Promesse D'emploi Non Tenue

LOME, 11 nov. (IPS) – De jeunes enseignants togolais qui ont
postulé en 1997
pour aller enseigner le français aux élèves et étudiants
nigérians, ont
récemment manifesté leur colère face à la lenteur concernant leur
affectation au Nigeria.

Près de 2000 jeunes enseignants togolais avaient postulé pour un
emploi dans
le projet 'Teachers accross Borders' ou 'Enseignants sans
frontières' (TAB)
qui lie le Nigeria au Togo, dans le cadre d'un protocole d'accord
entre les
deux Etats.
Mais, depuis près de deux ans, aucune suite favorable n'a été
donnée à leur
demande.
"Nous ne comprenons pas l'attitude de nos autorités.
Officiellement, la
rentrée au Nigeria est fixée pour le 14 octobre. Mais jusqu'à
présent nous
sommes toujours sur place sans savoir les termes du protocole
d'accord qui
doit lier le Nigeria à notre pays, ni connaître la date exacte de
notre
départ", affirme Romuald Ouradei, jeune postulant de 25 ans,
diplômé en
linguistique.
"Cette lenteur des autorités peut laisser croire qu'elles ne
veulent pas
laisser partir leurs enseignants”, dénonce Ouradei.
Son collègue Pascal Abalao, diplômé en sciences économiques,
dénonce ce
qu'il pense être la mauvaise foi des autorités togolaises.
"Le retard que prennent les autorités du ministère de l'Education
pour
publier la liste définitive des postulants montre leur vrai
visage. Partir
au Nigeria est une occasion pour nous de sortir du chômage dans le
lequel
nous sommes empêtrés pour aller gagner notre vie et contribuer au
rayonnement de la langue française. La manuvre actuelle prouve
que nos
autorités ne font pas grand' chose pour lutter contre le chômage
des
jeunes”, renchérit Abalao.
Le projet TAB, qui est une occasion de trouver de l'emploi pour au
moins
2000 jeunes, a été initié par le Nigeria qui a décidé de faire du
français
sa deuxième langue officielle. Ce pays anglophone avait demandé à
ses
voisins, dont le Togo, de lui fournir des diplômés en vue de la
vulgarisation du français dans les cours primaire et secondaire.
Depuis 1997, des diplômés togolais au chômage avaient laissé leur
demande à
l'ambassade du Nigeria au Togo, suite à un appel d'offre d'emploi
pour
recruter des enseignants. Les postulants ne sont jamais partis
pour le Nigeria.
En septembre 1998, le ministère togolais de l'Education nationale
avait
invité, par voie de presse, ces diplômés à reconstituer de nouveau
leur
dossier en vue d'un test de recrutement de 1000 enseignants. Mais,
cette
opération a provoqué une nouvelle crise lorsque la presse
indépendante
togolaise a dénoncé l'exigence des autorités togolaises
d'appliquer un
prélèvement de 50% sur les salaires des futurs enseignants.
Selon des sources proches des enseignants postulants, les
autorités
togolaises exigent de leurs homologues du Nigeria, le versement
des salaires
au Trésor public togolais pour une gestion sur place au Togo.
Le mois dernier, les postulants ont organisé deux marches de
protestation
pour inciter les autorités à diligenter leur affectation au
Nigeria.
s braverons toutes les dispositions sécuritaires et tous les
arsenaux de
ce monde et s'il le faut nous faire tuer ou jeter en prison pour
que le
protocole d'accord soit signé par le ministère des Affaires
étrangères et de
la Coopération !”.
“Honte à vous messieurs nos gouvernants ! Continuez de manger
pendant que
nous, nous mourons de faim. Nous nous demandons parfois si nous
les jeunes,
nous sommes des Togolais à part entière”, ont scandé les jeunes
manifestants.
Après avoir observé un silence notoire, Morille Edoh Agbobli,
ministre de
l'Education nationale, a répondu aux différentes allégations des
étudiants.
“Nous sommes étonnés d'apprendre que l'on nous accuse de vouloir
prélever
50% sur les salaires futurs des enseignants. Cela est
catégoriquement faux.
Aucun Etat sérieux au monde ne peut se prévaloir du droit de faire
des
retenues sur les salaires de ses citoyens à l'étranger. Ce n'est
pas le Togo
qui va l'inventer", s'est-il insurgé face à la presse nationale
convoquée à
l'occasion.
Néanmoins, il reconnaît que le retard accusé dans l'affectation
des
postulants incombe à l'administration qui ne fait pas bien son
travail.
” Nous ne sommes pas prêts à laisser partir comme cela nos
compatriotes.
Nous voulons que leur départ s'accompagne de toutes les conditions
de
sécurité. C'est pourquoi nous voulons clarifier tous les points
concernant
le protocole d'accord avant de laisser partir nos compatriotes”,
tente
d'expliquer le ministre.
Malgré ces explications complémentaires, le doute plane toujours
sur cette
affaire.
“L'intervention du ministre a apporté plus de flou que de lumière
dans cette
affaire. N'en déplaise à monsieur le ministre, l'attitude des
autorités dans
cette affaire n'est pas du tout claire. On se demande comment, à
défaut d'un
accord définitif entre les deux pays, le Togo peut accepter de
faire
recruter ces enseignants”, condamne furieusement un postulant du
projet TAB.
“Vu l'allure que prennent les choses, je suis très inquiet pour
notre
avenir. Je ne sais même pas si on peut aller au Nigeria. Si le
projet venait
à être reporté, les autorités seraient responsables.”, rétorque
Romuald Ouradei.
Pour calmer les manifestants, une commission composée
d'enseignants
nigérians a été dépêchée la semaine dernière à Lomé pour procéder
au test
des postulants. Seuls 250 enseignants ont été retenus. Les 1750
autres sont
sur une liste d'attente.
"On ne sait même pas si les retenus vont partir au Nigeria, car
le
protocole d'accord ne dit pas encore clairement combien ils vont
gagner
là-bas", affirme un journaliste togolais.
Dans cette ambiance de tergiversations, les élèves nigérians
attendront
longtemps avant de prononcer les quelques mots français de leurs
professeurs
togolais qui attendent désespérément de quitter leur pays,
indiquent des
observateurs.