R.D.CONGO: Peine De Mort Pour Les Auteurs De Crimes Economiques

KINSHASA, 10 nov. (IPS) – Le gouvernement congolais a décidé de
traduire devant
une cour martiale toute personne jugée coupable de crime
économique dans ce
pays confronté à une rébellion depuis août dernier.

La cour d'ordre militaire, une juridiction d'exception compétente
pour juger
les hommes de troupes, devra désormais juger, en dehors des hommes
en
uniforme, toutes les personnes qui se livreraient au faux
monnayage, à la
hausse des prix et à une application anarchique du taux de change
en cette
période de guerre que connaît le pays.
Ces crimes économiques sont désormais considérés comme des actes
de "haute
trahison" et leurs auteurs sont désormais passibles de la peine
de mort,
ont indiqué les autorités congolaises.
La décision a été prise après que les autorités congolaises ont
constaté
l'injection massive de faux billets et les malversations
économiques dans
l'Est du pays, qui est devenu le théâtre des affrontements entre
les
rebelles du Rassemblement Congolais pour la Démocratie(RCD) et les
forces
armées congolaises (FAC).
"L'ennemi, relayé par les complicités internes, s'adonne à
l'injection de la
fausse monnaie sur le marché tandis que les opérateurs économiques
en
intelligence avec l'ennemi, pratiquent des prix exagérément élevés
et un taux
de change anarchique que ne justifie aucun paramètre économique",
a déclaré
le ministre de la Justice, Jeannot Mwenze Kongolo, la semaine
dernière.
L'ennemi, n'est autre que le RCD qui a pris les armes le 2 août
dernier,
pour renverser le régime de Laurent désiré Kabila, après que ce
dernier a
ordonné le retrait des soldats et instructeurs rwandais stationnés
en
République Démocratique du Congo (RDC).
Le mouvement rebelle, constitué en majorité des officiers et
hommes
politiques de l'ethnie Banyamulengué (les Tutsis du Congo), est
soutenu par
les forces rwandaises et ougandaises, alors que les Forces armées
congolaises ont fait appel aux forces du Zimbabwe, de la Namibie,
de
l'Angola et du Tchad, pour les aider à mettre fin à la rébellion.
"En cette période d'agression externe, les crimes économiques
tels que le
faux monnayage, la pratique illicite des prix et l'application
anarchique de
taux de change ne sont rien d'autre que des crimes de guerre et
d'atteinte
grave à la sûreté de l'Etat, car réalisés de connivence avec
l'ennemi", a
soutenu Mwenze Kongolo.
Selon le garde des sceaux congolais, ces crimes visent
intentionnellement à
amoindrir la réalisation des ressources et moyens nécessaires pour
la défense
du territoire.
L'article 183 du code pénal stipule que "sera coupable de
trahison et puni de
peine de mort tout Congolais qui, en temps de guerre, aura
participé sciemment à
une entreprise démoralisante de l'armée ou de la nation ayant pour
objet de
nuire à la défense nationale".
Mwenze Kongolo accuse les auteurs de ces pratiques de vouloir
"atteindre le
moral de nos troupes et perturber gravement la situation sociale
de la
population en vue de la décourager de se mobiliser totalement pour
soutenir
l'effort de guerre".
La situation socio-économique du Congo s'est gravement détériorée
depuis le
d}e la guerre en août dernier. Les prix des biens et services ont
sensiblement augmenté sur le marché tandis que le taux du franc
congolais par
rapport au dollar, monnaie de référence dans les transactions
commerciales du
pays, a tout simplement explosé.
Le taux d'inflation a atteint 78,5% au mois d'octobre contre 3,7%
au mois
d'août dernier. Le franc congolais, mis en circulation le 30 juin
dernier en
remplacement du nouveau zaïre, avait déjà perdu au 18 octobre
dernier, selon
la Banque Centrale congolaise, 64% de sa valeur par rapport au
dollar.
Le gouverneur de la Banque Centrale du Congo, Jean-Claude Masangu
Mulongo, a
expliqué cette dépréciation continue du franc congolais par
rapport au billet
vert par une pénurie des devises et une injection massive de faux
billets de
de 20 francs et de 100.000 nouveaux zaïres (encore en
circulation) sur le
marché de change.
Selon la banque nationale, ce sont les rebelles opposés au régime
de Kabila
qui déversent ces faux billets sur le marché. Ils se sont fait
aider dans leur
entreprise, soutient-on, par les anciens dignitaires du défunt
maréchal
Mobutu Sese Seko.
Les malversations économiques en cette période de guerre ont été
également
relevées dans un rapport publié à la fin du mois dernier, par un
chercheur
de la Coordination des Organisations Non-gouvernementales
néerlandophones de
Belgique (NCOS).
Selon Frank Van Acker, auteur du rapport intitulé " Tumepata
Morale",
terme Kiswhahili qui signifie 'On nous a enseigné la morale', la
recherche
du financement de l'effort de guerre par les rebelles a porté un
coup à
l'économie congolaise dans les zones contrôlées par les rebelles.
" A deux reprises, en août, le RCD a 'retiré' des réserves de la
banque
centrale de Bukavu. La première fois, il a pris l'équivalent de
480.000
dollars américains (72 milliards de NZ). La deuxième fois, il a
pris
l'équivalent de 280.000 dollars", indique le rapport de Van
Acker.
Selon lui, la crise de liquidité qui a suivi – compte tenu du
manque
d'injection de nouveaux fonds extérieurs – asphyxie davantage tous
efforts
supplémentaires de revitalisation de l'économie locale.
Quel que soit le résultat local sur la liquidité disponible,
indique le
rapport, la 'réorientation' de 760.000 dollars, retirés de la
banque
centrale à Bukavu, vers une destination inconnue à Goma, ne sera
qu'une
goutte d'eau dans la grande rivière des fonds nécessaires pour
financer
l'effort de guerre.
Des sources indépendantes estiment que le coût quotidien de
l'opération
militaire à l'Est du Congo, se situe entre 1 et 2 millions de
dollars
Une source éventuelle de financement pourrait être la production
et la
commercialisation de l'or et des diamants. Les principales
exploitations
aurifères de l'Office des Mines d'or de Kilomoto (OKIMO) et de la
société
minière et industrielle de Kivu (SOMINKI)au sud Kivu, sont entre
les mains
des rebelles.
Le degré de production est inconnu car de petits producteurs et
des
individus produisent la plupart de ce bien dont la grande partie
est
frauduleusement transportée vers les pays voisins.