LUSAKA, 12 nov. (IPS) – La haute Cour zambienne a rejeté cette
semaine une
pétition de l'opposition qui mettait en cause la citoyenneté du
président
Chiluba.
Le juge de la haute Cour, Mathew Ngulube, a dit dans la salle
d'audiences
que la pétition était sans fondement.
Immédiatement après l'annonce de cette décision mardi dernier, les
supporters du parti présidentiel, le Mouvement pour la démocratie
multipartite (MMD), et ceux des partis d'opposition, ont livré une
bataille
devant l'édifice de la Cour à Lusaka, la capitale zambienne.
Les deux parties se sont lancées des pierres, sous le regard
impuissant de
la police qui ne savait quelle partie affronter en premier lieu.
Le fracas a
été finalement maîtrisé par la police.
Personne n'a été arrêté.
Le verdict a ravivé le débat relatif à l'amendement des lois de la
citoyenneté zambienne en 1996. IL a également mis fin à la
spéculation selon
laquelle les origines de Chiluba se trouvaient en République
démocratique du
Congo (RDC).
La controverse liée aux lois en vigueur sur la nationalité, a
commencé en
1996 lorsque le gouvernement a voté une loi empêchant les Zambiens
de la
deuxième génération d'être candidats à l'élection présidentielle.
Cette
décision a été perçue par beaucoup de gens comme une tentative
visant à
exclure délibérément le premier président zambien – Kenneth Kaunda –
de la
course à la présidence. Les parents de Kaunda étaient nés au
Malawi voisin.
La législation zambienne en vigueur sur la nationalité stipule
qu'une
personne ayant résidé en Zambie pendant dix ans ou plus, peut
obtenir la
nationalité si elle renonce à sa nationalité d'origine et si elle
remplit le
principal critère de bonne conduite.
Après l'adoption de la loi, l'opposition a affirmé que Chiluba lui-
même
n'est pas zambien, mais qu'il a ses origines en RDC. D'aucuns ont
estimé que
c'était une loi 'draconienne' car il serait difficile de trouver
un pur
Zambien, compte tenu des flux migratoires ayant eu lieu dans la
région avant
l'avènement de l'indépendance en 1964.
"La plupart des Zambiens ont des frères de sang dans les pays
voisins", a
révélé Gilbert Mudenda de l'institut des études politiques. "La
plupart des
Zambiens sont originaires des pays voisins tels que la RDC, le
Zimbabwe et
le Malawi. Il est impossible de changer un fait historique qui
date de 200
ans. Les nouvelles lois sur la nationalité sont simplement
adoptées pour
supprimer les opposants politiques".
Deux hauts responsables de l'opposition zambienne ont été
renvoyés, il y a
quatre ans, au Malawi où l'un d'entre eux est mort en janvier. Ces
deux
politiciens – feu John Chinula et William Banda – étaient des gros
bonnets
du régime de Kaunda (1964-1991).
Le groupe londonien de défense des droits de l'homme – 'Amnesty
International' – et plusieurs autres groupes ont écrit au
gouvernement
zambien et au président Chiluba pour les exhorter à autoriser les
deux
politiciens à retourner dans leurs familles en Zambie où ils sont
nés, où
ils ont vécu et travaillé toute leur vie durant.
Les groupes de défense des droits de l'homme ont accusé Chiluba
d'avoir même
empêché la famille de feu Chinula de l'inhumer décemment en
Zambie.
Pour désapprouver son présumé lien avec la RDC, la présidence a
envoyé des
journalistes dans ce pays en 1995.
Le but de ce voyage était de prouver que le père de Chiluba n'est
pas né en
RDC, comme l'a soutenu un certain Luka Chabala Kafupi qui a
attesté devant
un tribunal zambien qu'il est le géniteur de Chiluba. Il a même
dit qu'il
était prêt à subir un test de l'acide désoxyribonucléique (ADN)
pour prouver
sa déclaration. Le tribunal a rejeté sa proposition.
Pour sa part, l'ancien directeur exécutif de la commission
législative
zambienne (LDC), Sipula Kabanje, a déclaré : "Ce sont les lois
discriminatoires comme celles-ci (les lois sur la nationalité) qui
empêchent
le développement. Plusieurs pays avancent actuellement vers la
multiplicité
des nationalités, alors que nous voulons rester statiques ou, en
fait,
reculer".

