DROITS-TIMOR ORIENTAL: Les électeurs apeurés se rendent massivement aux urnes

DILI, TIMOR ORIENTAL, 30 août (IPS) – Des centaines de milliers de
Timoriens
se rendent aux urnes aujourd'hui. Malgré la peur de la violence,
ils sont
déterminés à prendre part à ce vote historique qui déterminera
leur avenir
après 24 années de domination indonésienne.

Bulletins en main, des milliers d'électeurs se mettent en rang
sous le
soleil dans tous les coins de Dili, la capitale. Les vieilles
personnes se
font accompagner par des parents aux bureaux de vote. L'événement
de ce
jour contraste nettement avec les scènes de terreur et
d'intimidation,
organisées par les milices pro-indonésiennes à Dili ces derniers
jours.
Dans le bureau de vote de la Vila Verde, le rang des électeurs a
très vite
bloqué la route, et le trafic est complètement paralysé. Les
magasins, les
bureaux et les écoles sont fermés pour la journée.
"L'enthousiasme est très grand. Une lueur d'excitation et de joie
est
perceptible sur les visages. Cela reflète leur propre avenir",
commente
l'étudiant Francisco Dionisio Fernandez.
La Mission d'assistance des Nations Unies au Timor oriental
(UNAMET)
estimait initialement que 79 pour cent des plus de 450.000
électeurs
inscrits ont voté ce lundi.
Selon certains rapports, 50 pour cent des électeurs inscrits
s'attroupaient
dans plus de 800 bureaux de vote à 10 heures du matin.
Les résultats du scrutin de ce jour 30 août et ceux des électeurs
de
l'étranger seront connus dans environ une semaine. Le comptage des
votes
aura lieu à Dili.
En terme de nombre et d'humeur, l'enthousiasme que suscite ce
scrutin
dépasse clairement celui de l'élection générale tenue en juin en
Indonésie.
A cette occasion, seuls quelques habitants du Timor avaient voté.
A l'approche du scrutin supervisé par les Nations Unies, beaucoup
d'habitants étaient soulagés.
"J'ai voté pour ma propre destinée, pour celle de mes enfants et
peut-tre
celle de mes petits enfants", affirme une femme à son retour d'un
bureau de
vote.
"Je pense que ce scrutin mettra fin au conflit sanglant. Les
choses seront
plus certaines. C'est pourquoi nous votons", souligne Francisco
Nunes Dos
Santos, un fonctionnaire d'Etat à Dili.
Le personnel des Nations Unies au Timor oriental était présent et
les
hélicoptères des Nations Unies survolent la capitale à longueur de
journée.
Deux questions sont posées aux électeurs timoriens. La première
dit ceci :
"Acceptez-vous le projet d'autonomie spécial du Timor oriental au
sein de
l'Etat unitaire de la République indonésienne ?" La deuxième
question est
la suivante : "Rejetez-vous le projet d'autonomie spéciale du
Timor
oriental et sa séparation de l'Indonésie ?"
Dili est redevenue calme depuis le week-end dernier, malgré
quelques coups
de feu et d'autres incidents constatés dans certaines parties du
pays ce lundi.
Vendredi, le dernier jour de la campagne électorale, trois
personnes ont été
tuées lors des affrontements sanglants entre les forces
autonomistes et
indépendantistes.
Avant ces incidents, plus d'une douzaine de personnes auraient été
tuées
pendant les manifestations des miliciens. Les observateurs
internationaux et
les Nations Unies ont alors demandé au gouvernement indonésien
d'assurer
adéquatement la sécurité du vote, comme promis.
Dimanche dernier, les factions en guerre ont organisé des
conférences de
presse pour exprimer leur soutien pour l'indépendance ou
l'autonomie sous
l'Indonésie, mais elles ont promis d'éviter une escalade de la
violence.
"C'est un moment historique. C'est la première fois que nous, les
groupes
autonomistes et indépendantistes qui sommes sur le terrain, nous
asseyons
pour conclure un véritable accord", confie à la presse Eurico
Guterres des
forces intégrationistes (PPI).
"Autrefois, ces accords étaient toujours signés par les grands
politiciens
qui n'étaient pas au courant des réalités du terrain", ajoute-t-
il.
Falur Rate Laec, le commandant de la région III de Falintil, la
branche
armée du groupe indépendantiste, a publié des communiqués
similaires.
Les deux groupes se sont serré la main et pris des photos, mais
quelques
heures plus tard, un autre affrontement s'est produit à quelques
kilomètres
du lieu de conférence. Des partisans de l'intégration ont été
assassinés,
alors qu'ils se rendaient à leurs quartiers généraux dans le
village de Becora.
Les indépendantistes remporteront certainement cette élection,
bien que dans
un message à la nation le président Bacharuddin Jussuf Habibie ait
exhorté
dimanche les Timoriens à rester au sein de la "famille
indonésienne".
"Malgré l'intention du gouvernement de les aider, certains
Timoriens
rejettent encore l'aide indonésienne", souligne-t-il en invitant
les
Timoriens 'à ne pas perdre l'occasion qui leur est offerte de
voter pour une
large autonomie".
Habibie venait ainsi de mettre en marche le processus électoral de
lundi. Le
gouvernement indonésien s'est opposé pendant des décennies à la
tendance
séparatiste du Timor oriental, mais Habibie a déclaré au début de
cette
année que Jakarta lâcherait le Timor oriental si tel était son
souhait.
Le scrutin a été prévu, suite à un accord entre les Nations Unies,
l'Indonésie et le Portugal, l'ancienne puissance coloniale du
Timor
oriental, dont le départ au milieu des années soixante dix a
entraîné
l'invasion du territoire par Jakarta.
Les Nations Unies n'ont jamais reconnu l'annexion du Timor
oriental par
l'Indonésie qui la considère comme sa 27ème province. Selon l'ONU,
le
Portugal est l'administrateur de ladite province.
A la fin du scrutin, les analystes se demandent ce qui se passera
ensuite.
Bon nombre de personnes craignent la récurrence de la violence
après la
proclamation des résultats du scrutin, surtout si une partie
refuse de les
entériner.
"On ne peut pas encore dire aujourd'hui si le processus est
pacifique, mais
c'est seulement après la proclamation des résultats qu'on peut
faire une
telle affirmation", indique Florentino Sarmento, un Timorien qui
est aussi
membre de la commission nationale indonésienne des droits de
l'Homme
(Komnas-HAM).
Dans son éditorial de ce lundi, 'Jakarta Post' a déclaré que le
gouvernement
indonésien devrait donner libre cours au vote et se garder de
toute ingérence.
"L'Indonésie a fait une faute en 1975, qui lui a coûté très cher,
non
seulement en terme de vie et d'argent, mais surtout en terme de
dignité et
de position internationale", commente le journal. "L'Indonésie
ne peut
plus se permettre de faire cette faute".