ECONOMIE-CONGO: Les Exportations de Bois Reprennent Après Une Courte Interruption

KINSHASA, 21 avr. (IPS) – Les exportations de bois et de grumes
ont repris
en République démocratique du Congo après que le gouvernement
congolais a
levé vendredi dernier la mesure d'interdiction prononcée en
janvier dernier.

Les autorités congolaises avaient justifié cette interdiction
par la
"fraude massive" constatée dans le secteur de l'exploitation
forestière et
par la nécessité d'y mettre de l'ordre.
" L'enquête sur la fraude pour assainir le secteur du bois
continue", a
indiqué le ministre de l'Information et porte-parole du
gouvernement, Didier
Mumengi, qui a annoncé la reprise des exportations.
Le 30 mars dernier, le gouvernement de Laurent Kabila a créé une
commission
de l'industrie du bois qui regroupe les exploitants forestiers
et les
experts ministériels.
La mission de cette commission est de trouver les "voies et
moyens pour
moderniser, rentabiliser et jeter les bases de l'industrie du
bois".
La Fédération des Entreprises du Congo (FEC), le patronat
national, a fait
une série de propositions au gouvernement pour une meilleure
exploitation
des ressources forestières.
Pour Athanase Matenda Kyelu, administrateur délégué de la FEC,
il s'agit
notamment de procéder à la réforme de la fiscalité du secteur
afin de le
rendre plus incitatif, de promulguer une loi sur l'exploitation
forestière
et de prendre des mesures d'application afin de combler le vide
juridique
existant dans le secteur.
Les quelque 37 sociétés forestières frappées par l'interdiction
d'exporter
les bois et les grumes ont accueilli avec soulagement la
décision du
gouvernement de lever cette mesure.
"C'est une très bonne nouvelle. Le gouvernement devait le faire
depuis
longtemps", s'est réjouit Honore Njibikila Nkonka, secrétaire
général du
Comité Professionnel Bois de la FEC.
Selon Njibikila Nkonka, l'interdiction d'exporter du bois et des
grumes a
causé énormément de tort au pays, notamment en ce qui concerne
le
rapatriement des devises dont la RDC a grandement besoin pour
financer la
guerre qui l'oppose à la rébellion depuis plus de huit mois.
"S'il y a des choses à corriger, cela doit se faire dans un
cadre de
concertation", a-t-il dit à IPS.
"Le plus important est la concertation permanente et les
corrections à
différents niveaux pour permettre à tout le monde de trouver son
compte.
L'Etat et les exploitants forestiers gagneraient en travaillant
en
partenariat", a ajouté Njibikila.
Didier Heine, directeur général de la SIFORCO, la plus grande
entreprise
forestière du pays, a fait remarquer que la prolongation de
cette
interdiction aurait eu des "conséquences incontrôlables".
Cette situation aurait entraîné, selon lui, l'arrêt de toutes
les usines de
fabrication des produits ligneux, la faillite généralisée du
secteur et
l'ébranlement de la confiance des acheteurs extérieurs et
d'autres secteurs
liés à l'exportation du bois.
Heine estime que la poursuite de l'interdi aurait mis en chômage
près
de 10 mille travailleurs.
Etant donné que les sociétés forestières sont presque les seules
qui
travaillent dans l'arrière-pays, la fermeture des usines et des
chantiers
aurait causé l'enclavement des zones reculées du pays
accessibles par les
routes construites par ces sociétés, notent des observateurs.
Le patron de la SIFORCO écarte les accusations de fraude mises à
la charge
des exploitants forestiers et voit la magouille dans les
services de l 'Etat.
"Depuis la fixation des prix jusqu'au rapatriement des devises
des
exportations en passant par divers contrôles, le secteur opère
dans une
totale transparence. Dans ce cadre, nous pourrions sans doute
convenir de
l'existence d'un décalage important entre le montant des
versements
effectués par les opérateurs du secteur et les recettes
effectivement
enregistrées dans la comptabilité de l'Etat", dit Heine.
La baisse drastique de la production minière congolaise
notamment celle du
cuivre, autrefois principal produit d'exportation du pays, a
placé le bois
parmi les principales exportations de la RDC.
Selon la FEC, les exportations de bois et de grumes rapportent à
l'Etat 2
millions de dollars chaque mois auxquels il faut ajouter 400
mille dollars
sous forme de taxes et autres redevances versées chaque mois.
L'interdiction d'exporter du bois et des grumes a
particulièrement touché la
société publique de transports, ONATRA, dont 90% du tonnage
transporté entre
Kinshasa et Matadi, le principal port d'import-export du pays,
sont
constitués par le bois. Le manque à gagner mensuel est de
l'ordre de 400
mille dollars.
Malgré ses énormes réserves forestières, 125 millions d'hectares
de forêts
soit 47% de la forêt africaine et ses 708 essences, la RDC n'est
pas une
grande productrice de bois.
Selon les statistiques de la FEC, la RDC a produit 500 mille
mètres cubes de
bois en 1998 dont 170 mille mètres cubes ont été exportés
notamment vers ses
principaux clients qui sont l'Allemagne, l'Italie et la
Belgique.
Les forêts congolaises peuvent produire jusqu'à 9 millions de
mètres cubes
chaque année.