AFRIQUE AUSTRALE: Le Commerce De L'ivoire Reprend, Dix ans après Son Interdiction

HARARE, 7 avr. (IPS) – Le Botswana, la Namibie et le Zimbabwe
commenceront à
vendre les défenses d'éléphant au Japon vendredi, dix ans après
l'interdiction internationale du commerce de l'ivoire.

Des ventes aux enchères seront organisées dans les capitales des
trois pays
et à partir du 9 avril en Namibie, le 12 avril au Botswana et
un jour plus
tard au Zimbabwe.
Pendant ces trois jours, 60 tonnes d'ivoire seront vendues aux
enchères dans
ces trois pays.
Le commerce de l'ivoire a été interdit par la Convention des
Nations Unies
sur le Commerce international des Espèces en Danger (CITES)
depuis 1989.
L'annexe 1 de ladite convention interdit le commerce
international d'une
liste d'animaux et de leurs produits. Cette interdiction fait
suite à une
découverte selon laquelle le braconnage menace dramatiquement
les espèces.
Cependant, lors d'une réunion tenue par la CITES à Genève le 11
février, un
groupe d'experts a approuvé la vente exceptionnelle d'un stock
de près de 60
tonnes d'ivoire. Les recettes serviront aux programmes de
conservation des
éléphants.
"La reprise du commerce d'ivoire signifie que les éléphants
vivants peuvent
désormais survivre grâce à la vente de l'ivoire des éléphants
morts",
déclare Moses Choto, directeur adjoint du Service zimbabwéen
chargé de la
gestion et de la conservation des parcs nationaux et de la
faune.
L'ivoire sera seulement vendu aux enchérisseurs japonais. Lors
de la réunion
de la CITES le 11 février, les trois pays communément appelés le
groupe ZNB
ont obtenu le droit de vendre une partie de leur ivoire au
Japon.
Pendant les années 1980, le Japon était le plus grand acheteur
d'ivoire dans
le monde. Au cours de cette décennie, le nombre d'éléphants
africains a
diminué de moitié.
Maran Lindeque, l'adjoint au directeur du ministère namibien de
l'Environnement et du Tourisme confie à IPS que l'ivoire mis en
vente ne
provient pas des braconniers. Les éléphants dont l'ivoire est
mis en vente
sont morts naturellement ou abattus.
Les travailleurs japonais de l'ivoire ont favorablement
accueilli la
décision et les ventes d'ivoire au Japon augmenteront. Au cours
de cette
vente exceptionnelle, la Namibie vendra 13,8 tonnes, le Botswana
et le
Zimbabwe en vendront respectivement 25 et 20 tonnes.
Choto et Lindeque refusent de donner le montant des recettes que
ces ventes
leur procureront. Mais en 1989, un kilo d'ivoire coûtait 100 à
200 dollars US.
"Tout va bien et nous attendons l'arrivée des acheteurs
japonais à Windhoek
mercredi", a indiqué Lindeque à IPS au téléphone mardi.
La Namibie a un stock de 42 tonnes d'ivoire. Les trois pays
négocieront
l'année prochaine pendant la réunion de la CITES pour vendre une
autre
partie de leur stock. Le commerce interne régulé est autorisé
dans les trois
pays.
Toutefois, les auteurs d'une campagne de lutte contre le
commerce de
l'ivoire craignent que la reprise de ce commercerovoque une
nouvelle
demande de ce produit et n'encourage la contrebande.
Ils précisent qu'une partie de l'ivoire allant sur le marché
japonais
pourrait provenir des braconniers vivant dans plusieurs régions
du monde.
Mais lors de la réunion de la CITES le 11 février, le Japon a
rassuré les
autorités qu'il a les moyens de prévenir le commerce illicite de
l'ivoire.
Les populations d'éléphants dans d'autres pays africains se
remettent encore
du braconnage des années 1970 et 1980. Par exemple, le Kenya,
l'un des plus
grands supporters de l'interdiction du commerce de l'ivoire, a
perdu environ
85 pour cent de ses éléphants en faveur des braconniers entre
1973 et 1987.
Alors que les braconniers décimaient 3500 éléphants par an au
Kenya au début
des années 1980, après l'imposition de l'interdiction, ce pays a
perdu
environ 50 éléphants en 1993.
Le Botswana, la Namibie et le Zimbabwe disent cependant que
leurs troupeaux
d'éléphants sont actuellement si nombreux qu'ils détruisent la
végétation
dont dépendent d'autres espèces animales. Les éléphants
détruisent aussi les
champs cultivés et piétinent des êtres humains.
Le Botswana comptait 70.000 éléphants lorsque l'interdiction du
commerce de
l'ivoire a été prononcée en juin 1989. Aujourd'hui, le nombre
d'éléphants se
situe autour de 100.000 dans ce pays.
Le Zimbabwe a environ 70.000 éléphants, plus du double de sa
capacité
d'hébergement ; alors que pendant la dernière décennie, le
nombre
d'éléphants vivant en Namibie est passé de 7.000 à 10.000.
Malgré le nombre élevé d'éléphants au Botswana, en Namibie et au
Zimbabwe,
le nombre total d'éléphants africains est passé de 1,34 millions
en 1979 à
580.000 en 1995, selon le Fonds mondial Pour la Conservation de
la nature
(WWW).
"Nous avons mis en place des mesures de sécurité strictes afin
que l'ivoire
provenant des braconniers ne se retrouve pas dans notre stock.
Chaque
morceau d'ivoire est individuellement enregistré et la CITES
avait aussi
enregistré l'ensemble du stock", indique Lindeque.
Pour tenter de contenir la croissante population des éléphants,
les trois
pays les abattent. Mais l'abattage coûte cher et les groupes
occidentaux de
défense des droits des animaux estiment que c'est une pratique
cruelle.
"Les éléphants sont des animaux qui vivent très souvent en
groupe et on ne
peut pas en tuer un sans que les autres ne se mettent sur les
nerfs et
saccagent tout. Il faut alors tuer tout un groupe de 30 ou 40.
Mais cela
devient très cher", souligne Choto. "Nous ne faisons pas
l'abattage parce
que nous sommes heureux ou voulons voir du sang. Nous le faisons
pour
pouvoir contrôler le nombre d'éléphants".
Depuis 1989, le Zimbabwe n'a abattu aucun éléphant. "L'abattage
doit se
faire sur une base scientifique. Si nous commençons à faire
l'abattage
maintenant, les gens peuvent mal l'interpréter et croire que
nous préparons
encore un stock pour le Japon", observe-t-il.
"Certains êtres humains n'ont jamais vu un éléphant (sauvage).
Les
éléphants qu'ils connaissent sont des éléphants presque
domestiques que les
gens tapent. Ce ne sont pas nos animaux", se vante Choto. "Ces
ressources
animalières sont des dons de Dieu et puisque nous les gérons,
nous devrions
aussi profiter d'elles".
L'ivoire est très recherchcause de sa texture et de sa
durabilité. Son
commerce dure depuis des siècles. Il sert surtout à faire des
bijoux et de
la sculpture décorative.
La demande de l'ivoire est très forte dans les pays asiatiques,
surtout en
Chine, au Taiwan et à Hong Kong où se trouvent de grandes
industries de
sculpture d'ivoire depuis des siècles.
Au Japon, l'un des pays consommant le plus d'ivoire au monde,
cette matière
sert à fabriquer des objets personnels traditionnels (Hankos)
qui coûtent
100 à 500 dollars US l'unité. L'ivoire est aussi un ingrédient
vital des
médicaments chinois. Moulu, il a parfois des vertus
aphrodisiaques.