DROITS-SIERRA LEONE: Plus De 100 Réfugiés Emprisonnés En Guinée

CONAKRY, 8 avr. (IPS) – Plus de 100 réfugiés sierra léonais sont
détenus par
la police et la gendarmerie guinéennes, sous prétexte qu'ils
sont des
rebelles ou des sympathisants de ces derniers.

La rafle des réfugiés a débuté cette semaine après que les
rebelles sierra
léonais ont organisé des raids transfrontaliers et attaqué à
plusieurs
reprises des villes et villages guinéens.
"Nous devons être vigilants dans l'effort que nous faisons pour
maintenir
la sécurité", explique un officier de la gendarmerie dans la
commune de
Ratoma, à l'Est de Conakry, la capitale.
"Les rebelles sierra léonais ont plusieurs fois reçu l'ordre
d'attaquer, de
piller et de tuer des civils innocents", dit-il en ajoutant que
"la Guinée
prend actuellement des mesures précautionneuses" pour empêcher
ces rebelles
de faire d'autres attaques à l'avenir.
Cependant, les observateurs des droits de l'Homme et la colonie
des réfugiés
sierra léonais en Guinée sont consternés par la tyrannie dont
font preuve
les forces de sécurité guinéennes.
Selon certains réfugiés, les agents de sécurité armés descendent
souvent
dans les localités avoisinantes soupçonnées d'abriter des
réfugiés sierra
léonais. Quand ils les arrêtent, ils les frappent avant de les
emmener dans
les centres de détention.
"J'ai pleuré amèrement lorsque j'ai vu les agents de sécurité
molester
furieusement un homme de 60 ans avant de l'emporter", raconte
Fatoumata
Soumah, une ménagère à Conakry.
Elle dit que le vieil homme avait perdu la plupart de ses
parents au cours
de la guerre sierra léonaise et que la récente recrudescence de
la violence
dans le pays l'a obligé à fuir pour se réfugier en Guinée.
"Je l'héberge gratuitement. En fait, j'ai eu de la sympathie
pour lui",
avoue Soumah, sa logeuse.
Plus de 250.000 Sierra Léonais ont fui vers la Guinée depuis que
le conflit
a éclaté dans leur pays en 1991, selon les agences d'aide
opérant dans ce
pays d'Afrique de l'Ouest.
Dans les camps surchargés, les conditions ne sont pas assez
bonnes. L'aide
alimentaire et médicale est insuffisante et irrégulière, ce qui
amène les
réfugiés à fuir le camp pour se rendre dans les villes
métropolitaines,
surtout à Conakry.
Cependant, il semble que leur choix ne soit pas meilleur. A
Conakry, les
agents de sécurité extorquent de l'argent aux réfugiés et
confisquent sans
distinction leurs objets de valeur.
"C'est comme s'ils sortaient d'une chaudière pour se retrouver
dans le feu.
Je regrette d'avoir fait ce choix. En fait, j'essaie d'avoir le
prix du
transport pour retourner au pays natal, même si cela suppose ma
mort",
affirme l'homme d'affaires Osman Kamara dont la maison a été
brûlée lorsque
les rebelles ont envahi l'Est de Freetown, la capitale sierra
léonaise, en
janvier.
Puisque les dissidents guinéens menacenttaquer l'ancienne
colonie
française, les autorités ont abandonné des centaines de réfugiés
de l'autre
côté de la frontière sierra léonaise, surtout dans le district
de Kambia au
Nord-Ouest.
Les autorités de l'ambassade de la Sierra Leone à Conakry
rejettent les
allégations selon lesquelles elles font peu d'efforts pour
alléger la
situation difficile des réfugiés. "Nous avons dit aux réfugiés
de retourner
dans les camps et de ne pas flâner à Conakry. Je pense que les
autorités
guinéennes ont raison de prendre certaines mesures
préventives", déclare
une autorité de l'ambassade contactée par IPS.
Une solution pacifique du conflit sierra léonais paraît aussi
illusoire,
bien que le Président Ahmed Tejan Kabbah annonce que les
rebelles du Front
révolutionnaire uni (RUF) se consultent en prévision des
pourparlers
envisagés avec le gouvernement pour mettre fin à la guerre.