POLITIQUE-COMORES: L'île d'Anjouan Refuse de Signer l'Accord De Fédération

ANTANARIVO, 26 avr. (IPS) – Les séparatistes d'Anjouan, l'une des
trois îles
des Comores, ont refusé de signer l'accord de fédération
proposé à l'issue
de la conférence inter comorienne tenue la semaine dernière
à
Antananarivo, la capitale malgache.

" Nous ne voulons pas nous risquer à signer quoi que ce soit
tant que la
population anjouanaise n'exprime pas son opinion sur l'accord
d'Antananarivo", a dit Abdallah Mohamed, Président de la
délégation
anjouanaise.
"Notre refus n'est pas définitif mais nous avons besoin de
consulter la
population anjouanaise avant de signer cet accord. ..", ajoute-
t-il.
Cependant, à l'issue de la conférence inter-îles, aucune date
n'a été
avancée par les Anjouanais sur la tenue de cette consultation.
L'on ne sait
pas encore non plus la forme de consultation à tenir.
L'accord signé le 23 avril dernier à Antananarivo préconise la
fédération
des Comores en une seule entité dénommée "l'Union des îles
Comores”. Les
trois îles des Comores sont : la Grande Comore, le Mohéli et
l'Anjouan
L'accord d'Antananarivo propose également un Président tournant
de l'Union,
issu tour à tour des trois îles formant les Comores, et élu par
l'Assemblée
nationale pour un mandat de trois ans.
L'accord stipule qu'il y aura une Assemblée Nationale unique,
composée pour
moitié de représentants désignés par les Assemblées des îles et
pour moitié
de représentants élus au suffrage universel direct.
Enfin, l'accord propose la mise en place d'un gouvernement et
d'un chef du
gouvernement par le Président de l'Union. Les institutions de
transition
dont la durée maximale est d'un an seront également crées.
La délégation anjouanaise, qui milite depuis quelques années
pour la
séparation des trois îles, déclare que les positions exprimées
dans
l'accord tendent à renforcer les institutions centrales au
détriment de
celles des îles.
Les Anjouanais ne sont pas d'accord sur la composition de
l'Assemblée
nationale. Ils formulent une réserve sur cette élection au
suffrage
universel direct. Les séparatistes suggèrent par ailleurs une
présidence
collégiale "pour mieux exprimer la démocratie".
La signature de l'accord d'Antananarivo par les Anjouanais
signifierait
l'abandon par ces derniers de l'idée de séparatisme et donc
d'indépendance
pour chaque île des Comores.
Malgré tout, les Anjouanais ne disent pas foncièrement non au
nouveau cadre
institutionnel proposé par l'accord. Un membre de leur
délégation affirme
que les Anjouanais ne sont pas contre "l'Union des îles
Comores", la
nouvelle définition de l'ensemble comorien stipulée par l'accord
d'Antananarivo
Certains observateurs pensent que la fédération des îles est
une bonne
solution pour sortir les Comores de la crise.
Le président de la délégation grande comorienne, Ali Abdou El
Aniou, pense
que les îles des Comores pourront coexister pacifiquement si la
formule
fédérative est effectivement appliquée. Ce qui n'a jamais été le
cas selon
lui. Il remarque que les dirigeants centraux ont toujoucaparé
presque
tout le pouvoir.
La ligue arabe, l'Organisation des Nations Unies et
l'Organisation de
l'unité africaine (OUA) garantissent la mise en uvre des
décisions de la
conférence comorienne inter-îles.
Mais la position anjouanaise a provoqué un demi-échec pour
cette conférence.
"La réussite de la conférence peut se mesurer à 95%", affirme
Camille
Rohou, ambassadeur de France à Madagascar. Il indique qu'en cas
d'échec
total, la France pourrait ne pas débloquer une enveloppe de près
de 20
millions de Francs français promise pour aider l'Union des îles
Comores.
L'Union européenne était également prête à débourser 37 millions
d'euros si
la conférence avait connu une issue positive, c'est-à-dire la
signature de
l'accord par les trois délégations.
Un membre de la société civile comorienne, qui a requis
l'anonymat, affirme
que ces aides sont une sorte de chantage. Il déplore également
la
disparition de la dénomination " République" dans l'accord
d'Antananarivo.
"Les organisations internationales, le gouvernement comorien,
les partis
politiques et les délégations des îles (hormis les Anjouanais)
sont prêts à
signer l'acte de décès des Comores", dit-il.
L'échec de la conférence comorienne inter-îles a été perçu dès
le départ
malgré l'optimisme des organisateurs dont notamment l'O.U.A. et
les
observateurs (Union européenne et Ligue arabe). En effet, lors
de
l'ouverture de la conférence, les séparatistes anjouanais ont
quitté la
salle de conférence dès que le Président par intérim des
Comores, Tadjidine
Ben Saïd Massonde, a pris la parole.
"Nous ne reconnaissons pas ce Président. Nous sommes à
Madagascar pour un
départ sur des nouvelles bases et non pour la continuité de
l'Etat actuel",
avait dit le chef de la délégation anjouanaise.
Ben Saïd Massonde avait succédé au Président Mohamed Taki
décédé l'année
dernière. Selon la Constitution comorienne, l'intérim
présidentiel ne doit
pas dépasser 90 jours pour aboutir à une élection
présidentielle.
Du temps de Mohamed Taki issu de la Grande Comore, les
Anjouanais se sont
sentis écartés. Ils affirment ne pas avoir profité des flux
financiers
extérieurs alors qu'auparavant, ils ont été servis par les
Présidents
successifs.
Le 23 juin 1997, des Anjouanais dirigés par Abdallah Ibrahim,
professeur
d'école coranique, avaient hissé le drapeau français à Anjouan,
demandant à
faire partie du territoire français, comme l'île de Mayotte.
Trois jour plus
tard, les Mohéliens ont fait autant.
La crise séparatiste aux Comores a provoqué des affrontements
et des
émeutes en 1997. De nombreux blessés et plusieurs arrestations
ont été
enregistrés.