SIERRA-LEONE: La Rébellion Nie Toute Implication Du Burkina A Ses Côtés

OUAGADOUGOU, 6 avr. (IPS) – La rébellion sierra léonaise
rejette en bloc les
accusations des pays de la sous région Ouest Africaine selon
lesquelles le
Burkina Faso fournirait des armes et des hommes au Front
révolutionnaire
uni (RUF), combattant le régime démocratiquement élu du
Président Ahmed Tejan
Kabbah.

"Nous pensons qu'il est incohérent et inconcevable que les
accusations
continuent contre le Burkina", a expliqué à IPS, Omrie Michael
Golley, le
porte-parole du RUF, lors de son passage à Ouagadougou.
"Ces accusations sont fausses et nous les rejetons toutes", a-
t-il ajouté.
Les dirigeants sierra léonais et guinéens ont nommément mis en
cause le
Burkina et le Liberia dans la crise en Sierra Leone. Mais ce
sont les dernières
déclarations du Général nigérian Thimotée Shelpidi, le
Commandant sortant
de l'ECOMOG, la force Ouest africaine d'interposition, qui sont
venues
jeter un pavé dans la marre.
Le Général Shelpidi avait qualifié les Présidents burkinabé et
libérien,
Blaise Compaoré et Charles Taylor, de "rebelles
démocratiquement élus",
allant jusqu'à les accuser de préparer "la déstabilisation de
la Guinée, du
Ghana et du Nigeria".
"Ces accusations portées contre le Burkina sont le fait de
propagandistes au sein du gouvernement sierra léonais et sont
fausses et
injustes", a dit Golley.
Selon le RUF, le gouvernement et le peuple Burkinabé ont un
important rôle à
jouer au même titre que les autres frères des pays de la sous
région pour
trouver une solution au conflit en Sierra Leone.
"Nous estimons par ailleurs que le Président Blaise Compaoré,
qui assure
la présidence de l'Organisation de l'unité africaine (OUA), a
un rôle clé à
jouer pour un retour de la paix dans notre pays", ajoute
Golley.
A Ouagadougou, Plusieurs députés de l'opposition et de la
mouvance
présidentielle du Burkina, troublés par l'absence de réaction
des autorités,
ont interpellé le Premier ministre Kadré Désiré Ouédraogo, sur
ces accusations.
Emile Paré, l'un des députés de l'opposition, a même parlé
"d'échec de la
politique extérieure du Burkina qui assure la présidence de
l'O.U.A.
"Pourquoi n'a-t-on pas accusé le Niger et le Mali", a-t-il
demandé
avant d'exiger des clarifications au Premier ministre.
Kadré Désiré Ouédraogo a tenté de convaincre les députés en
déclarant qu'il
les aurait consultés avant d'envoyer des soldats en Sierra
Leone.
"Nous sommes au Burkina un pays et un peuple bien éduqués, et
nous
évitons de nous exprimer sur ces questions à travers des médias
interposés" a
réagit Kadré Désiré Ouédraogo.
Ouédraogo, qui voulait rassurer les burkinabé suite à ce que
beaucoup
considéraient comme "la nation insultée", a par ailleurs
indiqué que la
position du Général Shelpidi n'était pas celle du gouvernement
nigérian. Il
s'appuyait ainsi sur la décision d'Abuja de relever le éral
Thimoté Shelpidi.
Cependant beaucoup d'observateurs sont restés sceptiques, face à
ces
explications.
Nombreux sont ceux qui se rappellent qu'à plusieurs reprises, le
gouvernement burkinabé avait réfuté les allégations faisant état
de sa
participation active auprès des rebelles d'alors de Charles
Taylor qui
combattaient le régime de l'ex Président libérien Samuel Kanyon
Doe. Le
Président Blaise Comparé avait plus tard reconnu avoir envoyé
quelque 700
soldats au Liberia pour soutenir son "ami" Charles Taylor.
Le Burkina est par ailleurs accusé par l'Angola d'abriter
plusieurs rebelles
de l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola
(UNITA) de
Jonas Savimbi et même de laisser transiter par Ouagadougou les
armes à
destination de ces rebelles.
Ces accusations ont même fait échouer récemment le sommet de
l'O.U.A sur la
résolution des conflits en Afrique, que Blaise Compaoré voulait
convoquer en
mai dernier.
Le Président angolais, José Edouard Dos Santos, avait invité
plusieurs chefs
d'Etat à ne pas se rendre à Ouagadougou en raison du soutien du
Burkina aux
rebelles de l'UNITA.
Le RUF qui dément le soutien du Burkina déclare plutôt être venu
réaffirmer son attachement au processus de paix et recevoir des
conseils
auprès des responsables Burkinabé.
"Nous sommes venus informer les autorités comme nous l'avons
déjà fait
au Togo, en Côte d'Ivoire, au Nigeria, sur notre détermination à
discuter
de façon sincère avec le gouvernement sierra léonais, pourvu
qu'il soit
sérieux dans le respect de la dignité et de la parole", estime
Golley.
Les rebelles ont par ailleurs répondu prudemment à la dernière
offre de
dialogue du Président Tejan Kabbah qui s'est engagé à respecter
l'une des
exigences de la rébellion à savoir la libération de son leader
Foday
Sankoh afin qu'il rencontre ses lieutenants au Togo à partir du
18 avril.
"Le RUF salue avec la plus grande prudence cette initiative qui
constitue
un pas en avant vers la paix et le dialogue", a déclaré Golley
à
Ouagadougou.
"Nous avons demandé aux nations Unies d'obtenir des
clarifications auprès
du gouvernement sierra léonais sur les déclarations du Président
Kabbah sur
les conditions de libération de Foday Sankoh et le délai
spécifié pour les
négociations au Togo, étant entendu que nous devons avoir des
consultations
internes avant des discussions substantielles".
Le RUF n'apprécie pas le délai de 6 à 7 jours proposés par le
président
Kabbah pour des discussions à Lomé entre Foday Sankoh et ses
lieutenants et
la décision de ramener Foday Sankoh en prison à Freetown après
les
discussions.
"Quand on parle de paix et de réconciliation ce n'est pas
normal d'imposer un délai ", se plaint Golley.
Le RUF demande par ailleurs aux nations Unies de lever la
restriction de
mouvement imposé à certains de ses membres militaires qui
doivent
participer aux négociations de Lomé et d'assurer la sécurité de
tous ceux
qui doivent se déplacer pour les discussions.
"Il serait raisonnable, dans ces circonstances, que les
Nations Unies, le
Commonwealth, l'O.U.A. et la CEDEAO (Communauté économique des
Etats de
l'Afrique de l'Ouest) garantissent la sécurité et le transport
de nos hommes
au Togo. Ils en ont la responsabilité et dans l'intérêt de la
paix nous
vouqu'ils assument cette responsabilité jusqu'au bout ",
souligne Golley.
La rébellion qui combat le régime de Freetown depuis 1991 avait
réussi à
s'emparer du pouvoir le 23 mai 1997, chassant du coup le
Président élu Ahmed
Tejan Kabbah. Mais le 10 février 1998, Tejan Kabbah revenait au
pouvoir
grâce à une intervention de l'ECOMOG qui avait chassé les
rebelles.
Le 6 janvier dernier, les rebelles ont encore envahi Freetown,
faisant
quelque 6300 morts, avant d'être délogés une fois de plus par
l'ECOMOG
dominée par le Nigeria.