MEDIA: La Révolution Satellite Gagne l'Afrique du Nord et Le Moyen-Orient

LE CAIRE, 24 mars (IPS) – "Pourquoi les téléspectateurs
égyptiens
suivent-ils les informations sur les chaînes locales de
télévision avec tant
d'enthousiasme ?", s'est exclamé un intervenant pendant un
récent séminaire
sur la télédiffusion.

"C'est pour y trouver ce qu'ils ne peuvent pas voir à la
télévision opérée
par satellite", répond Douglas Boyd, chercheur sur la presse
internationale. Cette réponse résume la révolution satellite qui
se produit
au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.
Douglas intervenait durant un symposium organisé par le Centre
international
de Lutte contre la Censure (ICAC) dont le siège est à Londres.
Le symposium
du Caire s'est penché sur les énormes changements intervenus
dans le
paysage télévisuel de la région et sur l'impact politique et
culturel de la
révolution satellite.
Les stations satellite de la région – Al-Jazeera, MBC, ART, ANN
et la Chaîne
2 d'Orbite – ont changé les précédentes normes de la liberté
d'expression et
de la censure, ont constaté les intervenants.
"La télédiffusion est devenue une si importante source
d'informations (non
censurées) que les téléspectateurs des pays arabes regardent
rarement les
nouvelles locales sur les stations terrestres", a déclaré Boyd.
Le symposium a réuni des experts venus du Moyen-Orient, de
l'Afrique du
Nord, des Etats-Unis et de l'Europe. Ces experts représentaient
des
institutions académiques, des stations de télévision et des
organisations
non gouvernementales.
Bien que tous les participants aient reconnu qu'avant
l'avènement du
satellite, les gouvernements s'inquiétaient très peu car leurs
chaînes
publiques présentaient aux téléspectateurs un mélange
d'informations
censurées, les intervenants ne sont pas tombés d'accord sur le
degré de
liberté dont les téléspectateurs d'aujourd'hui devraient jouir.
Par ailleurs, ils ne se sont pas entendus sur les raisons pour
lesquelles
plusieurs gouvernements arabes ont décidé de lancer leurs
propres stations
satellite.
Boyd pense que les raisons du lancement des stations satellite
procédaient
plus d'une réaction que d'une politique prédéterminée. Le grand
impact qu'a
produit CNN pendant la couverture de la guerre du golfe a
déterminé le
lancement de la Station satellite du Centre de Télédiffusion du
Moyen-Orient
(MBC) en 1991.
La récente station égyptienne Nile-Sat a été créée pour faire
face aux
nombreuses stations satellite établies depuis lors. "C'est
différent d'une
planification prédéterminée et orientée vers l'avenir ; alors,
les résultats
ne sont pas nécessairement efficaces", estime Boyd.
Daoud Kuttab, le directeur de l'Institut des Médias modernes de
l'Université
Al-Quds (Jérusalem), pense que les stations satellite arabes ont
été créées
pour donner de l'importance au pays émetteur du signal au Moyen-
Orient et
dans le reste du monde.
Le petit logo figurant au bout de l'écran "était et est
toujours plus
important pour ceux qui subventionnent ces stations que les
programmes
montrés à l'écran", a-t-il dit.
C'est évident car l'argent englouti dans les questionhniques et
l'argent consacré à la programmation des émissions est
extrêmement
disproportionné.
"Le fait de montrer le signal d'une façon professionnelle
devient
l'objectif au lieu d'être le moyen, en plus le fonds des
informations ne se
limite qu'aux nouvelles gouvernementales, aux médiocres
feuilletons arabes
sur les relations sentimentales conjugales et aux pires
productions de
Hollywood", a-t-il indiqué.
"Dès que le signal disparaît et que l'image du roi ou du
dirigeant
réapparaît sur un fonds de musique classique, l'opération est
considérée
comme étant un succès", a-t-il observé.
Cependant, ces observations ont amené des intervenants à
protester sous
prétexte que l'émission Orbit Show d'Emadeddin Adib ainsi que
les émissions
de Al-Jazeera et du MBC sont de bonne qualité.
"Je ne nie pas leur succès, mais ce n'est pas exhaustif. La
station
Al-Jazeera (du Qatar) ose-t-elle parler des nouvelles locales du
Qatar aussi
ouvertement qu'elle parle des informations égyptiennes ?",
s'est enquis
Kuttab. "Al-Jazeera n'est pas le seul exemple. La télévision
syrienne est
spécialiste des affaires algériennes. La télévision algérienne
est
spécialiste des affaires saoudiennes, mais aucune de ces
stations ne fait
avec la même lucidité des reportages sur son propre pays".
Cet état de choses ne dérange pas vraiment les téléspectateurs
qui ont accès
à ArabSat "puisque cette dernière leur permet d'avoir accès à
toutes les
différentes stations", a-t-il fait remarquer.
La question de la censure et de 'l'invasion culturelle' a dominé
les
discussions. Alors que certains ont dit que la "montée des
islamistes"
entrave la démocratisation au Moyen-Orient et compromet les
droits des
femmes, d'autres ont plutôt estimé que les feuilletons
occidentaux attardés
sont une "insulte pour l'intelligence des téléspectateurs".
Sami El-Sherif Mohamed Talal de la télévision marocaine a
indiqué que "ce
sont les médiocres feuilletons mexicains, et non l'islam, qui
présentent une
image attardée et dégradante des femmes".
Les productions égyptiennes et syriennes respectables et dignes
de succès
existent, mais elles font "exception", a-t-il lâché. "Les
productions de
qualité nécessitent de l'argent et de gros budgets ; faute
d'argent, nous
continuerons à voir des émissions médiocres".
Malgré les nombreux défis, le travail des stations satellites
arabes ne
devrait pas être négligé, a signalé la conférence.
Selon les intervenants, d'autres pays devraient suivre
l'exemple du Liban
et de la Palestine, les seuls pays arabes à autoriser des
stations privées.
Les succès des différentes chaînes montrent clairement que toute
station qui
applique de simples politiques professionnelles et prend les
téléspectateurs
arabes au sérieux, pourrait rapidement capturer un jeune et
vibrant marché
plus attentif à des émissions de qualité qu'à des méthodes de
diffusion de
bonne qualité, ont conclu les intervenants.