POLITIQUE: Le Burundi Renoue Les Echanges Commerciaux Avec Ses Voisins

NAIROBI, 23 févr. (IPS) – Le gouvernement du Président Pierre
Buyoya
entreprend une vigoureuse campagne de persuasion de ses voisins,
un mois
après qu'ils ont accepté de suspendre temporairement les
sanctions
économiques imposées au Burundi, il y a plus de deux ans.

"Le gouvernement entreprend un processus de normalisation des
relations
régionales", déclare le ministre burundais des Relations
extérieures et de
la Coopération, Séverin Mtahomvukiye.
Mtahomvukiye rencontre des responsables kenyans et tanzaniens,
depuis que
l'embargo a été levé le 23 janvier.
Il a déclaré aux journalistes à Nairobi, la capitale kenyane, la
semaine
dernière, que le Burundi a très envie de renouer les échanges
commerciaux
avec ses voisins.
Selon Mtahomvukiye, l'embargo a affecté l'économie de ce pays de
l'Afrique
centrale, en faisant passer son taux d'inflation de 7% en 1996 à
31 % en
janvier. Cette hausse a entraîné une baisse de revenu.
Mtahomvukiye estime que la décision des pays de la région de
suspendre
l'embargo favoriserait aussi les pourparlers de paix initiés par
l'ancien
Président tanzanien Julius Nyerere entre les belligérants du
conflit burundais.
"Notre souhait de conclure un accord de paix a été fortement
renforcé par
la sage décision de suspendre les sanctions dont les
conséquences sur la vie
quotidienne de notre peuple et sur le processus de paix, lui-
même, sont bien
connues de tous", affirme-t-il.
Le gouvernement burundais s'engage à dialoguer avec ses
nombreuses factions
de rebelles armés, et espère signer un traité de paix avant la
fin de l'année.
L'embargo susmentionné a été imposé par le Kenya, l'Ouganda, la
Tanzanie, le
Rwanda, la Zambie et la République démocratique du Congo (RDC)
pour obliger
le major Buyoya à rétablir un régime civil au Burundi.
Buyoya (un Tutsi) a renversé le Président Sylvestre
Ntibantunganya (un Hutu)
en juillet 1996.
Le Kenya, le premier pays à abandonner l'embargo l'année
dernière, a été le
premier à entreprendre la campagne de suspension des sanctions.
Le Burundi explique qu'il a déjà pris certaines mesures de
"grande
envergure", comme la formation d'un gouvernement d'union
nationale, la
réinstallation du Parlement et l'ouverture de pourparlers avec
les rebelles.
Toutes ces conditions-clé étaient exigées avant la levée des
sanctions.
Malgré la levée des sanctions, la sécurité demeure fragile au
Burundi,
reconnaît Mtahomvukiye.
"Bien que la situation se soit améliorée au plan de la
sécurité, il y a
toujours des poches de résistance entretenues par des groupes
armés dans
quelques zones rurales", a-t-il confié aux journalistes à
Nairobi la
semaine dernière.
"Notre souhait est que les factions armées qui ne se sont pas
encore
jointes aux pourparlers d'Arusha y soient dûment invitées
maintenant. De
cette façon, elles n'auront plus de raison de poursuivre les
massacres et
les hostilités au Burundi, pense-t-il.
L'essentiel des pourparlers de paix a eu lieu entre le
gouvernement et le
principal groupe rebelle, le Conseil national pour la Défense de
la
Démocratie (CNDD), à Arusha, une ville touristique située au
Nord de la
Tanzanie.
L'origine des problèmes du Burundi se trouve dans le conflit
entre la
minorité tutsie (qui représente 14 pour cent des six millions
d'habitants du
pays) et la majorité hutue.
Plus de 200.000 personnes ont été tuées au Burundi, depuis
l'assassinat de
Melchior Ndadaye (le premier Président hutu élu du pays) par des
soldats
tutsis renégats en octobre 1993.