SOUDAN DU SUD: Le pays célèbre un premier anniversaire agité

JUBA, 9 juil (IPS) – Les rues ont été balayées et bordées de drapeaux pour marquer le premier anniversaire de l'indépendance du Soudan du Sud. Mais des changements symboliques de la capitale, Juba, masquent de profondes inquiétudes au sujet de l'avenir de la nation la plus nouvelle au monde.

La première année de l'indépendance du Soudan du Sud a été marquée par de violents affrontements, des pénuries alimentaires, une crise de réfugiés et une économie chancelante qui menace de stopper le développement. Pendant que le pays célébrait sa libération vis-à-vis du Soudan après une guerre civile qui a tué environ deux millions de personnes durant deux décennies, des messages provenant de la communauté internationale étaient décidément voilés.

“En regardant en arrière, l'année dernière a été clairement difficile pour le peuple du Soudan du Sud”, a déclaré aux journalistes à Juba, le 6 juillet, Hilde Johnson, la représentante spéciale du secrétaire général des Nations Unies. “Cela a été un départ difficile”.

Dans une déclaration en termes vigoureux, lue lors des célébrations du 4 juillet à l'ambassade des Etats-Unis, la secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, a prévenu que le pays est confronté à “d’importants défis qui menacent la stabilité et la prospérité”.

“Des conflits et des problèmes non résolus avec le Soudan ainsi que des tensions interethniques internes ont conduit à l'accroissement des combats et des difficultés économiques, ce qui menace de compromettre les bases mêmes sur lesquelles l'avenir du Soudan du Sud devait être construit”, a-t-elle indiqué.

Une grande partie de l'avenir du Soudan du Sud était liée au pétrole. Le pays a hérité des trois quarts des réserves du Soudan lors de sa séparation, mais les pipelines et les installations de traitement restent au nord de la frontière, ainsi que le port que le Soudan du Sud a besoin d’utiliser pour acheminer son pétrole sur le marché.

On pensait que l'intérêt mutuel des pays dans les recettes pétrolières favoriserait une relation de travail entre les anciens ennemis dans la guerre civile. Mais cela n'a pas fonctionné de cette façon. Les négociations depuis l'indépendance n'ont pas réussi à aboutir à un accord sur combien le Soudan du Sud devrait payer pour expédier son pétrole par le Soudan. A la fin de janvier, le Soudan du Sud a stoppé la production pétrolière après que le Soudan a confisqué le pétrole brut du sud d’une valeur de 815 millions de dollars qui, selon lui, représentait des taxes impayées.

Le Soudan du Sud a déclaré qu'il n'avait pas d’autres choix que d'arrêter la production parce que le Soudan “volait” son pétrole. Mais, ce faisant, le gouvernement s'est privé de 98 pour cent de ses recettes. Le Soudan du Sud étant déjà fortement dépendant de la communauté internationale pour l'aide, les donateurs sont maintenant préoccupés par le fait qu’il soit désormais incapable de financer des programmes de développement ou même de payer les salaires du secteur public, ce qui pourrait entraîner des troubles civils.

“Nous ne devons pas permettre que de grands investissements dans l'agriculture, dans l'eau, l'éducation et d’autres services ne soient pas faits à cause de la crise économique et de l’accroissement des conflits”, a déclaré Helen McElhinney, une conseillère politique à 'Oxfam International'. “Plus cette crise s’éternise, plus le risque que le développement du Soudan du Sud recule est grand, et son vaste potentiel ne sera pas réalisé”.

Alfred Lokuji, doyen du département des études de développement communautaire et rural de l'Université de Juba, a affirmé qu'un accord pour relancer la production pétrolière ne résoudrait pas les problèmes du Soudan du Sud.

“Même si le pétrole coulait, le problème fondamental demeure – comment le gérer, comment gérer ces ressources”, a-t-il souligné.

Lokuji a indiqué que le Soudan du Sud et le Soudan se sont équitablement réparti les recettes pétrolières dans les cinq années précédant l'indépendance, mais les sudistes ont vu très peu de développement. La richesse pétrolière a été plutôt gaspillée et volée.

Le 3 mai, le président Salva Kiir a écrit une lettre à 75 “hauts” cadres anciens et actuels du gouvernement, leur demandant de retourner les fonds publics volés. Il a dit que quatre milliards de dollars avaient été pillés.

Lokuji a déclaré qu’il était peu probable que cette lettre réussisse à convaincre les gens de retourner l'argent perdu à cause de la corruption, ou empêche les cadres de voler davantage. Il a critiqué le gouvernement pour n’avoir pas réussi à inculper les responsables corrompus au cours de la première année d'indépendance du Soudan du Sud.

“Je dirais que cela a été un échec, parce que nous avons été incapables de contenir la corruption, de mettre les choses en ordre, de mettre de l’ordre dans les institutions et de continuer d’avancer”, a-t-il dit.

Même pendant que l'économie stagne après la perte des recettes pétrolières, les besoins humanitaires augmentent. Le nombre de personnes nécessitant une aide alimentaire en 2012 a doublé, de 2,4 millions l'année précédente à 4,7 millions, selon l’ONU. Certains parmi eux sont des gens déplacés par la violence ethnique qui est plus prononcée à Jonglei, un Etat dans l’est du pays, frontalier avec l'Ethiopie.