OUGANDA: Des volontaires communautaires convainquent des familles à avoir moins d’enfants

KANUNGU, Ouganda, 7 juil (IPS) – C’est la mi-matinée au Centre de santé de Kanungu et la queue des patients s’allonge puisque davantage de gens commencent à arriver pour un traitement dans cette installation rurale située à plus de 400 kilomètres de Kampala, la capitale ougandaise.

La plupart sont ici pour accéder aux services de planning familial, alors que certains attendent pour faire le dépistage du cancer. Généralement, environ 100 malades visitent ce centre de santé par jour. Mais actuellement, il y a quatre fois ce nombre.

“Nous voyons en moyenne 400 personnes par jour lorsque le médecin en provenance de Kampala arrive, une fois le mois”, déclare Kwesiga Muteisa, une sœur infirmière. Il y a essentiellement des femmes dans la queue ici, bien que certaines soient accompagnées par leurs partenaires.

“Celles qui viennent avec leurs maris sont d’abord servies afin d’encourager l’implication masculine dans le planning familial”, souligne la sœur Florence Rwabahima, responsable de la santé par intérim au niveau du district. Elle explique que cela constitue également une opportunité pour les hommes de subir le dépistage et de recevoir des conseils sur le VIH, et d’apprendre d’autres méthodes de planning familial qui ne sont pas généralement pratiquées parmi les Ougandais, comme le fait de subir une vasectomie. Le nombre croissant de malades qui visitent le centre de santé constitue un témoignage du succès des équipes bénévoles de santé (VHT). Il y a trois ans, le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA), en collaboration avec le ministère de la Santé de l’Ouganda et le gouvernement local du district de Kanungu, ont créé ces équipes. L’UNFPA finance 95 pour cent des services de planning familial dans cette nation d’Afrique de l’est, tandis que le gouvernement fournit le reste. Les VHT sont composées de bénévoles issus de la communauté qui sont formés dans le planning familial afin d’encourager la pratique dans leurs régions. Elles effectuent des visites à domicile et sensibilisent les gens sur le planning familial, distribuent des préservatifs et renvoient les malades vers des centres de santé pour plus d’informations et de services. Chaque VHT couvre 25 ménages.

Babwicwa Mark, un retraité et membre de VHT, sourit, satisfait du nombre de couples qui ont désormais embrassé le planning familial dans le district de Kanungu. Alors que l’Enquête démographique et de santé (EDS) de 2011 du pays indique que le taux de prévalence contraceptive au niveau national est de 26 pour cent, il s’élève à 41 pour cent à Kanungu. “J’ai motivé certaines des personnes qui viennent dans le centre pour des services de planning familial”, indique Mark. “La plupart des gens dans ma zone ne croyaient pas aux contraceptifs, mais après beaucoup de sensibilisation, ils ont compris qu’ils n’avaient rien à craindre”. Amener les Ougandais à prendre conscience du besoin pour le planning familial est vital dans un pays qui a le troisième taux de croissance démographique le plus élevé au monde: 3,2 pour cent. “Les gens dans les communautés écoutent mieux les VHT que les agents de santé, parce qu’au moins ils les connaissent mieux que nous”, explique Saturday Nason, un infirmier en chef et formateur des VHT au Centre de santé de Kihihi, dans le district de Kanungu. Les femmes ougandaises donnent naissance à en moyenne six enfants, selon l’EDS, une baisse de 0,5 par rapport à la moyenne de sept en 2006. Narson attribue cette diminution à la sensibilisation sur le planning familial. Bien que 26 pour cent de la population productive ougandaise âgée de 15 à 49 ans utilise des méthodes modernes de planning familial selon l’EDS, des mythes et croyances culturelles continuent d’être un obstacle.

Les femmes sont souvent soumises à la pression des hommes de produire plus d’enfants. “Le plus grand défi est qu’alors que beaucoup de femmes veulent adopter le planning familial et avoir moins d’enfants, leurs époux insistent pour plus”, déclare Peace Nyakato, une femme membre des VHT et mère de trois enfants. Alors que la majorité des femmes interviewées au Centre de santé IV de Kanungu souhaitent en moyenne quatre enfants, la plupart des hommes en désirent sept ou plus. Twesigye Chrisente et son mari, Niwagaba Savio, constituent un exemple. Cette mère de quatre gosses est satisfaite du nombre d’enfants qu’elle a maintenant, mais Savio veut sept et menace d’épouser une deuxième femme si elle continue de refuser d’en faire plus. “J’ai seulement un frère et une sœur et nous ne sommes pas respectés dans la communauté parce que notre famille est petite”, indique Savio. “Je ne veux pas que cela arrive à mes enfants”.

Chrisente, par contre, estime que leur revenu est à peine suffisant pour subvenir aux besoins des enfants qu’ils ont déjà. Le mari et la femme sont tous deux des agriculteurs de subsistance sans un revenu régulier. Le couple a reçu des conseils au Centre de santé II de Kinaaba, dans le district de Kanungu, avant que Savio n’accepte que sa femme puisse avoir un implant contraceptif. Cela lui évitera de tomber enceinte pendant trois ans alors que Savio se demande s’il faut avoir plus d’enfants ou non. Alors que Chrisente est certaine de ne pas avoir d’autres enfants dans les trois prochaines années, la situation n’est pas si facile pour d’autres femmes sous différents types de contraceptifs. Peace affirme que dès que les femmes ressentent les moindres effets secondaires des contraceptifs, elles ont tendance à les abandonner, et cela conduit inévitablement à des grossesses imprévues.

“S’agissant des effets secondaires, les gens préfèrent discuter de leurs problèmes avec des camarades femmes plutôt que de retourner au centre de santé pour recevoir des conseils”, indique Florence. “C’est pourquoi nous avons besoin des gens dans la communauté qui peuvent donner des conseils”.