ALGER, 9 mai (IPS) – “Est-ce votre photo sur l'affiche?”, a demandé un policier à une femme debout devant un panneau de campagne électorale à Alger. “Pourquoi cette question?”, a-t-elle cherché à savoir. “Parce que seuls les candidats sont intéressés par ces élections”, a-t-il répondu.
Cette femme, c’était Cherifa Kheddar, présidente de Djazairouna ou 'Notre Algérie', une association créée pour soutenir les victimes du terrorisme. Elle a été, en effet, proposée comme candidate pour les élections générales prévues pour le 10 mai, mais a refusé de participer à ce que beaucoup de commentateurs, citoyens et d’activistes qualifient de “truqué”.
Lorsque la Tunisie s’était embrasée en décembre 2010, les troubles se sont rapidement étendus à l'Algérie voisine, où une population de 36 millions d’habitants était déjà en ébullition par rapport au manque de logements adéquats, à la hausse des prix des aliments et à la corruption politique généralisée.
Au fur et à mesure que le jour du scrutin approche, bon nombre des 21,6 millions d'électeurs d'Algérie expriment leur mécontentement et leur scepticisme par rapport à l’idée que ces élections apporteront un changement durable.
Kheddar, une habitante du bastion islamiste de Blida, situé à 40 kilomètres de la capitale Alger, a déclaré à IPS: “Dans ma circonscription électorale seule, il y a 44 listes pour seulement 13 députés”.
Tout individu qui voulait être candidat, mais (qui) n'a pas pu trouver de place sur une liste de parti, a créé tout simplement une nouvelle liste civile et s'est présenté en tant que candidat indépendant, a-t-elle ajouté; mais personne ne dispose d'un programme d'action clair.
Jusqu’à 44 partis et 183 candidats indépendants disputeront les 462 sièges au parlement, dont 30 pour cent sont réservés aux femmes.
Approuver sans discussion les élections? “Ces élections ne sont que de la comédie”, a affirmé à IPS, Djamal, un commerçant sur la rue centrale Didouche Mourad. Les clients autour de lui étaient d’accord.
“Rien ne change, les politiciens sont tous les mêmes; ils font des promesses quand ils veulent obtenir des voix, mais lorsqu’ils sont élus, ils (agissent) seulement pour leurs intérêts”, a ajouté Sidi Ali, un jeune chômeur.
“Nous sommes un pays riche en pétrole, mais l'argent est seulement pour quelques personnes. La majorité d'entre nous sont des gens pauvres – Je ne voterai pas”, a-t-il dit.
L'Algérie est le sixième plus grand producteur de gaz naturel au monde, après la Russie, les Etats-Unis, le Canada, l'Iran, et la Norvège. En tant que membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), le pays a engrangé d’importantes recettes pétrolières depuis 2010, mais peu de personnes en dehors de l'élite du pays voient les avantages de cette richesse.
Le taux de chômage officiel en Algérie est de 9,8 pour cent, un chiffre qui s'élève à plus de 20 pour cent pour les jeunes.
Des agents de l'Etat ont fait l'écho des sentiments du peuple dans les rues – beaucoup ont dit à IPS, sous anonymat, qu'ils ne voteraient pas lors des prochaines élections.
Ce sentiment commun d'apathie à l'égard du scrutin a poussé des politiciens à annuler des meetings ayant mobilisé peu de participants, tandis que des rassemblements ou assemblées de l'opposition attirent seulement une poignée de militants.
Beaucoup de politiciens ont décidé d’organiser leurs meetings dans les villages ou petites villes où ils ont une chance plus élevée d'attirer une foule, puisque la plupart des personnes dans la capitale sont devenues indifférentes à la politique.
Dans le quartier populaire de Bab el Oued, un ancien bastion islamiste dans les années 1990, à Alger, la plus grande propagande électorale a été rayée des murs.
Les observateurs électoraux redoutent que la participation électorale ne dépasse pas les 35 pour cent qui avaient honoré le scrutin de 2007.
Des islamistes se regroupent Inspirées par le succès des partis islamistes en Egypte et en Tunisie, trois forces islamistes algériennes ont fusionné pour former l'Alliance islamique verte, une coalition composée du Mouvement de la société pour la paix (MSP) – une ramification des Frères musulmans – Ennahda et el Islah, dans l'espoir d'obtenir la majorité des voix islamiques.
L'Alliance verte a le soutien de nombreux pays du Golfe, notamment le Qatar et l'Arabie saoudite, ainsi que le réseau de radiodiffusion et télévision, Al Jazeera, basé à Doha, au Qatar. Mais leur base de soutien local est cassée. “Le MPS est au pouvoir depuis longtemps maintenant, et n’est pas crédible en tant que force d'opposition. Je pense qu’Abdallah Djaballah (leader du nouveau Front islamique pour la justice et le développement – FJD) est plus apprécié par la (population)”, a déclaré à IPS, Nacer Djabi, un sociologue.
Opposé à une alliance avec le MPS, Djaballah a quitté el Islah pour former le FJD, affaiblissant ainsi ce qui aurait été autrement un front islamique uni et réduisant ses chances de victoire lors du scrutin.
Toutefois, le résultat dépend de la participation dans les urnes ce jeudi.
Le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), un parti laïc, a décidé de boycotter complètement les élections parce que “c’est impossible de réformer le système au pouvoir”.
Et dans un virage ironique, le parti qui était célèbre pour avoir boycotté des élections dans le passé, le Front des forces socialistes (FFS), a annoncé qu'il participera cette fois, “pour des raisons tactiques”, selon son leader Hocine Ait Ahmed, qui espère que la présence de 500 observateurs électoraux internationaux est une étape dans la bonne direction pour la démocratie dans le pays.

