GUINEE: Fatigué des petits boulots en ville, il crée sa ferme à Somayah

CONAKRY, 3 avr (IPS) – Abdoulaye Soumah, 29 ans, avait vécu de petits métiers à Conakry, la capitale de la Guinée, avant de regagner Somayah, son village, dans l’ouest du pays. Il y cultive du riz sur une terre héritée de ses parents et représente un modèle de réussite dans sa communauté.

IPS a visité le 22 mars la ferme du jeune agriculteur Soumah dans la petite localité de Somayah, à plus de 50 kilomètres de la capitale, où il exploite depuis 2008 un domaine de sept hectares de riz, avec l’appui occasionnel de techniciens agricoles. «Ici, nous pratiquons la riziculture irriguée, même s’il pleut en abondance dans la région. Pour cela, nous procédons à des travaux d’aménagement», indique Sékou Mansaré, un technicien de l’agriculture de la région. Il montre à IPS des diguettes et des casiers qui constituent le système de canalisation de l’eau pour irriguer les rizières. «Nous utilisons parfois le système de pompage pour ajuster le niveau de l’eau selon les différentes phases de croissance ou pour évacuer toute l’eau avant la moisson, l’objectif étant de maîtriser l’eau», explique Mansaré qui conseille l’utilisation de l’engrais organique. Il fabrique cet engrais à partir des sous-produits et déchets de l’agriculture comme le fumier, et la fiente de volaille, tandis qu’il prend l’eau de la rivière Mériyéré qui borde la ferme. Soumah n’a pas de machine agricole, il compte sur la solidarité des parents villageois et sur une main-d’œuvre locale bon marché pour les tâches de semi ou de récolte, à moins d’un dollar par jour et par personne.

Le riz est l’aliment de base des populations guinéennes, avec une production nationale qui varie entre 500.000 et 700.000 tonnes, selon les statistiques de l’Organisation des Nations Unis pour l’alimentation et l’agriculture. Mais, la production ne couvre pas encore les besoins de la population guinéenne estimée à quelque 10,6 millions d’habitants en 2011. D’où la nécessité d’importer entre 200.000 à 300.000 tonnes de riz par an. Cependant, les importations tendent à diminuer en raison de la campagne agricole lancée en 2011 par les nouvelles autorités du pays et de la production croissante du riz local, comme à Somayah. «Je cultive une variété de riz local appelé “Djoukémé”, c’est un riz qui a la particularité de gonfler à la cuisson. Il est très apprécié des familles nombreuses», déclare Soumah qui conduit ses visiteurs vers un entrepôt où le riz est stocké dans des sacs de 100 kilogrammes. «Je produis autour de trois tonnes de riz à l’hectare et au total 20 tonnes en novembre. Je garde une petite partie pour nourrir ma famille et le reste est vendu», ajoute-il à IPS. «Le sac de 100 kilos de riz est vendu à 650.000 francs guinéens (environ 100 dollars). Ma production est généralement rachetée par des collecteurs ruraux et des commerçantes urbaines. Ils viennent acheter le riz paddy (brut) qu’ils stockent avant de le revendre sur les marchés de la capitale», explique Soumah. Grâce au revenu de la vente de sa production annuelle, estimé à environ 20.000 dollars, le jeune agriculteur a pu scolariser ses enfants, construire une maison, et même réinvestir une partie de ses bénéfices dans l’élevage de moutons et dans le transport de motos-taxis. «La ferme agricole de Soumah devrait servir d’exemple aux autres jeunes qui boudent le travail de la terre. Ils devraient s’inspirer de la réussite de leur camarade», estime Koleya Bangoura, un notable de Somayah. «Le travail de la terre est difficile, et les jeunes n’ont toujours pas accès au crédit pour financer leurs projets», ajoute Bangoura qui se plaint également de la rareté des terres cultivables à cause de l’urbanisation qui menace leur village, proche de la capitale. La Guinée et le Fonds international de développement agricole (FIDA) ont signé un accord en mai 2011 dans le cadre du Programme national d'appui aux acteurs de la filière agricole, à travers un financement d’environ 31,1 millions dollars. L’objectif global de l’accord est d’améliorer de façon durable les revenus et la sécurité alimentaire des ruraux pauvres en Guinée. «Le FIDA, en accompagnant la Guinée, s’est considérablement déployé pour relever le défi de l’insécurité alimentaire», a déclaré Jean Marc Telliano, ministre de l'Agriculture, en février à Rome.

IPS a toutefois constaté, sur le terrain, un manque d’informations sur les modalités de mise en œuvre de l’appui du FIDA aux acteurs du secteur agricole. «J’ai appris que les conditions d’octroi de ce financement aux agriculteurs sont très rigoureuses et même sélectives. D’ailleurs, je ne veux pas de cette dépendance», a confié Soumah à IPS.

Ibrahima Bangoura, de l’Association des jeunes pour le développement agricole, basée à Conakry, a déclaré à IPS: «Il faut améliorer la perception des acteurs de la filière agricole par rapport à la question du financement; c’est de la responsabilité des autorités et des bailleurs de fonds».