MALI: Les partisans de la junte empêchent la médiation de la CEDAO

BAMAKO, 29 mars (IPS) – Les chefs d’Etat de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest (CEDEAO), qui étaient attendus au Mali jeudi, ont renoncé à leur mission de médiation avec les putschistes parce que plusieurs dizaines de supporters de la junte étaient présents sur le tarmac de l’aéroport de Bamako.

Au même moment, la tension reste vive dans la capitale malienne où des jeunes militants du front anti-putsch et ceux qui défendent la junte se sont lancés des pierres à la Bourse du travail.

Les supporters de la junte au pouvoir depuis le coup d’Etat du 22 mars, ont pris d’assaut l’aéroport de Bamako-Senou jeudi matin pour protester contre la médiation de la CEDAO qui veut un retour rapide à l’ordre constitutionnel au Mali. L’avion du président ivoirien Alassane Ouattara, président en exercice de la CEDEAO, a dû faire demi-tour alors qu’il était déjà dans l’espace aérien du Mali. La mission des chefs d’Etat de l’organisation régionale avait été décidée au cours d’un sommet extraordinaire réuni mardi à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Toutefois, selon une source proche des putschistes, après le fiasco de l'aéroport, la junte aurait rencontré des représentants de la CEDEAO, présents à Bamako, dont le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Djibril Bassolé. Selon des analystes, c’est une façon pour le capitaine Amadou Sanogo de leur dire que le dialogue n'est pas rompu puisqu'il est conscient des risques que court la junte, notamment les sanctions économiques, y compris l’interdiction de voyager.

Cette visite avortée des chefs d’Etat devrait être la suite de la venue mercredi à Bamako, d’une délégation des chefs d’état-major des pays membres de la CEDAO. Le chef de cette délégation, le général Soumaïla Bakayoko, a déclaré le même jour à la télévision malienne qu’ils étaient venus demander à la junte «d’abdiquer».

Les auteurs du coup d’Etat, qui a renversé le président Amadou Toumani Touré, avaient indiqué à la délégation des chefs d’état-major qu’ils sont prêts à faire tout pour le bien du Mali.

Mais avant l’arrivée des chefs d’état-major dans la capitale malienne, plusieurs milliers de sympathisants de la junte avaient déjà marché dans les rues de Bamako pour manifester leur soutien aux militaires, scandant des slogans comme: «A bas la CEDAO! A bas la France! Vive l’armée!» Parmi les initiateurs de cette marche de protestation en faveur des putschistes, figure la Solidarité africaine pour la démocratie et l’indépendance (SADI), le seul parmi les partis politiques ayant des représentants à l’Assemblée nationale à soutenir la junte. Devant une foule surexcitée, Dr Oumar Mariko, secrétaire général de SADI, a expliqué que la communauté internationale n’a pas aidé le Mali quand il avait besoin de soutien pour combattre les rebelles touaregs.

En revanche, le front anti-putsch, qui regroupe 36 partis politiques et des organisations de la société civile, est plutôt favorable à la médiation de la CEDAO. Les membres de ce front, réunis jeudi matin à la Bourse du travail, ont été attaqués par des jeunes pro-putschistes. «Nous étions partis à la Bourse du travail pour un sit-in, mais des jeunes nous ont lancé des pierres», a déclaré à IPS, Sega Diabaté, un opposant à la junte.

Les opposants à la junte n’entendent pourtant pas laisser tranquille les militaires. Ils avaient déjà présenté mardi (27 mars) un plan de lutte pour «faire échec au coup d’Etat en restaurant l’ordre constitutionnel et en ramenant les militaires dans leurs casernes». Mais conscients des difficultés que connaît l’armée malienne, les militants du front anti-putsch veulent rassurer les militaires. «Nous allons recueillir les revendications des forces armées et de sécurité relatives à l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, notamment celles relatives aux conditions des familles des soldats morts au front (dans le nord)», a affirmé Tiébilé Dramé, ancien ministre des Affaires étrangères et membre du front anti-putsch.

Le président Amadou Toumani Touré (ATT), qui a brisé le silence en s’exprimant mercredi sur Radio France internationale écoutée partout en Afrique, a expliqué qu’il était toujours au Mali et qu’il était libre, de même que sa famille. Elu démocratiquement en 2007 pour un second mandat de cinq ans, il était censé quitter le pouvoir en juin prochain, après l’élection présidentielle initialement prévue le 29 avril. Mais, l’éclatement d’une rébellion touarègue dans le nord du Mali, à la mi-janvier, et un malaise social grandissant ont profondément terni son image dans le pays depuis le début de l’année. Ainsi, plusieurs personnes qui sont opposées au coup d’Etat par principe saluent paradoxalement la chute du président ATT. «Nous, les partants volontaires à la retraite, nous sommes soulagés par ce coup d’Etat. C’est maintenant qu’il y aura une vraie démocratie où l’égalité devant la justice sera une réalité pour tous», a affirmé à IPS, Abdoul Sidibé, un ancien gendarme. «Pendant plus de 20 ans, on a fait croire à l’opinion internationale que le Mali était un pays démocratique alors que la corruption et l’impunité régnaient».

En attendant, la vie reprend peu à peu son cours normal dans la capitale malienne, après les pillages de la semaine dernière. Certaines personnalités proches du régime du président déchu qui avaient été arrêtées ont été libérées depuis mardi. Pendant ce temps, le site touareg Temoust (www.temoust.org) affirme que la périphérie de ville de Kidal, dans le nord, a été attaquée depuis jeudi matin par des rebelles, mais aucune autre source locale ne l'a confirmée à Bamako.