RIO DE JANEIRO, 10 mars (IPS) – Le gouvernement brésilien est en train d’accroître l'aide Sud-Sud pour renforcer le statut du géant sud-américain en tant que pays donateur et son influence internationale. Il fournit maintenant une assistance à 65 pays, et son aide financière a triplé au cours des sept dernières années.
Un projet visant à étendre le financement pour les achats de vivres à cinq pays en Afrique a permis de confirmer que le Brésil, traditionnellement un bénéficiaire de l'aide, a pris sa place au sein du groupe de pays donateurs étrangers. Les Nations Unies ont annoncé à la fin de février que le Brésil fournirait 2,37 millions de dollars pour un programme d'achat de vivres locaux, au profit des petits agriculteurs et populations vulnérables en Ethiopie, au Malawi, au Mozambique, au Niger et au Sénégal. Le projet, conduit par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM), s'appuiera donc sur l'expertise accumulée par le Brésil dans son propre programme d'achat de vivres, connu sous son acronyme portugais, PAA. Le PAA achète des produits agricoles auprès de petits agriculteurs et les distribue aux groupes vulnérables, notamment les enfants et les adolescents à travers des programmes de cantine scolaire. Outre le fait qu’il lutte contre la faim, ce programme vise à renforcer la production alimentaire locale. Le PAA est une pierre angulaire de la stratégie 'Faim zéro' du pays, lancée par le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva (2003-2011) et poursuivie par son successeur, la présidente Dilma Rousseff, tous deux des militants de gauche modérés qui appartiennent au Parti des travailleurs. Ce programme, conjointement avec d'autres politiques de lutte contre la pauvreté, a permis de réduire la malnutrition de 25 pour cent et a fait sortir 24 millions de personnes de l'extrême pauvreté, selon les statistiques de l’administration Lula. “C'est une façon d'aider d’autres gouvernements à élaborer des politiques d’appui aux agriculteurs familiaux, qui dans ce pays sont responsables de la production de 60 pour cent des aliments consommés”, a déclaré à IPS, Marco Farani, directeur de l'Agence brésilienne de coopération (ABC). Le PAA “marche très bien, et permet aux agriculteurs de la campagne, de s'occuper de leurs petits lopins de terre et d’en faire leur source de subsistance et de moyens d’existence”, a indiqué Farani, dont l'agence fonctionne sous le ministère des Affaires étrangères. Le projet est basé sur la coopération entre la FAO et le PAM dans la production et la fourniture de semences et d'engrais, ainsi que dans l'organisation de l'achat des vivres et la distribution, entre autres aspects. Depuis janvier, la FAO est dirigée par José Graziano da Silva, un Brésilien. Dans un entretien accordée à IPS en décembre, Graziano a dit qu'il apporterait à l'organisation des Nations Unies son expérience en tant que l'un des architectes du programme 'Faim zéro', dans des domaines comme le renforcement des marchés locaux pour produire des aliments de meilleure qualité, la réduction du gaspillage des vivres, et la baisse des coûts. Aujourd’hui, en association avec des organisations comme les Nations Unies ou dans le domaine de l'aide bilatérale, le Brésil veut étendre dans tout le Sud en développement ses propres initiatives réussies, comme le PAA. Cette nouvelle stratégie d'aide de coopération et de développement a pris forme depuis 2005, lorsque le Brésil, aujourd'hui la sixième plus grande économie du monde, a affecté 158 millions de dollars pour l'aide étrangère. Ce montant est passé à près de 363 millions de dollars en 2009 et à environ 400 millions de dollars en 2010, selon les chiffres préliminaires de l'ABC. Pendant ce temps, le Brésil envisage de consacrer 125 millions de dollars à la coopération technique au cours des trois prochaines années, plus que le double de ce que ce pays recevra lui-même comme aide internationale durant cette période. “Aujourd'hui, nous sommes actifs dans plus de 65 pays, alors qu’il y a trois ou quatre ans, nous étions seulement actifs dans les pays lusophones d'Afrique. Nous avons actuellement des projets de coopération dans 38 pays africains, et en Amérique latine”, a souligné Farani. Les pays d'Amérique latine reçoivent 45 pour cent de l'aide étrangère du Brésil. Le reste est réparti entre d'autres régions du Sud en développement, principalement par des voies bilatérales, mais aussi à travers l'ONU, comme dans le cas du nouveau fonds d'achat de vivres locaux pour les cinq pays africains. Le Brésil est désormais l’un des 10 pays donateurs plus grands du PAM. La différence, a souligné Farani, est que “dans notre coopération Sud-Sud, nous n'imposons pas de solutions ou de modèles exclusifs. Nous reconnaissons l'expérience des autres pays, tout en partageant notre propre expertise”. Le Brésil a ainsi établi une sorte de manuel de principes pour guider l'aide internationale. “D’abord, nous sommes un pays en développement, c'est pourquoi notre attitude face au défi du développement est celle de l'humilité, parce que le développement reste un défi pour le Brésil”, a indiqué Farani. “En outre, nous avons des réalités et des défis similaires” en tant que pays en développement, et “nous abordons les choses selon l'idée qu'il est possible de surmonter ces difficultés, tandis que l'attitude d'un pays du Nord industrialisé est 'nous allons aider à empêcher les choses d’empirer davantage'”, a-t-il dit.

