MOGADISCIO, 23 fév (IPS) – Avec une réunion internationale visant à résoudre la crise politique en Somalie prévue ce jeudi à Londres, les médias locaux dans cette nation d'Afrique orientale sont remplis de scepticisme, considérant ces efforts comme un nouveau système pour recoloniser le pays.
Le pays est sans un gouvernement effectif depuis 1991. Cette réunion, organisée par le Premier ministre britannique, David Cameron, connaîtra la participation des représentants d’organisations internationales et de plus de 40 gouvernements, y compris le président nigérian, Goodluck Jonathan, et la secrétaire d'Etat américaine, Hillary Clinton. La Grande-Bretagne a également invité des représentants du Gouvernement fédéral de transition (TFG) de la Somalie, ainsi que les présidents des Etats séparatistes du Somaliland, du Puntland et du Galmudug, et du groupe islamiste non militant, 'Ahlu Sunnah Waljama'a' (ASWJ). Mais l'un des leaders politiques les plus influents du pays et futur candidat à l’élection présidentielle, Omar Abdirahman Mohamed, a déclaré à IPS que la Grande-Bretagne veut que la Somalie ait une “administration faible”. “Le Royaume-Uni ne veut pas que la Somalie ait son armée réformée et il était la seule superpuissance qui ait abrogé la levée de l'embargo sur les armes en Somalie. Cela montre que le gouvernement britannique est totalement contre la formation d'un gouvernement stable et d’une armée puissante en Somalie”, a affirmé Mohamed, qui dirige le 'Midnimo Political Party' (Parti politique Midnimo), basé à Mogadiscio, la capitale. En 2008, la loi britannique a mis en œuvre divers instruments statutaires pour appliquer l'embargo sur les armes en Somalie. L'embargo a été d’abord mis en œuvre contre le pays par les Nations Unies en 1992 après l’éclatement de la guerre civile. Il a été partiellement levé en 2007 pour permettre l'importation des armes par la Mission de l'Union africaine en Somalie. “Tous les Somaliens suivent attentivement la conférence de Londres et son issue. La conférence ne doit pas être un complot contre la souveraineté de la Somalie”, a indiqué Mohamed. Une prétendue “fuite” d’un communiqué, apparemment écrit pour être publié après les négociations, circule ici, alimentant la spéculation dans cette nation d'Afrique de l'est au sujet de l’issue négative de ces pourparlers. Un point controversé sur ce document, qui est disponible en ligne, se réfère à un prétendu transfert des fonctions du gouvernement à une autorité intérimaire jusqu'à la fin des discussions constitutionnelles. Toutefois, ce point explique en outre que la constitution du pays doit être approuvé par un référendum ou un parlement élu. La station de radio 'Voice of the Peace' (Voix de la paix) a affirmé dans ses éditoriaux que le Royaume-Uni ne recherchait pas une solution durable pour la Somalie. La plupart des journaux, y compris 'Kulmiye News' et 'Xog-ogaal', ont mis en relief des histoires d'habitants qui s’inquiètent de ce que la Somalie ne devienne une colonie une fois de plus. Un aîné bien connu, Ahmed Diriye, a déclaré à la radio locale 'Daljir' qu’il ne croit pas que la conférence de Londres ait des résultats positifs pour la Somalie. “Nous savons que le Kenya (ne dispose pas) d’une armée puissante et cela (à cause du) Royaume-Uni, et je crains qu'il ne souhaite que la Somalie ait seulement une force de police”, a-t-il dit. Le président du pays, Sheik Sharif Sheik Ahmed, a démenti cela, affirmant que ces informations publiées par les médias étaient “des rumeurs et une propagande sans fondement” destinées à tromper l'opinion des Somaliens. “Il n'y a pas lieu de s'inquiéter sur la souveraineté du pays. Je peux assurer au peuple somalien que la conférence de Londres se concentrera sur l'intérêt de la Somalie et la façon dont la communauté internationale peut aider le pays à sortir de ses difficultés qui existent depuis longtemps”, a souligné Ahmed le 17 février. Il s’exprimait à Garowe, une ville dans l'Etat séparatiste du Puntland, où le gouvernement somalien, les autonomies régionales, la société civile, et ASWJ se sont rencontrés pour signer un accord définissant la composition du nouveau parlement du pays à la fin de la période de transition en août. Ahmed a indiqué que la communauté internationale s'est engagée à mettre un terme à l'anarchie en Somalie. L'ambassadeur britannique en Somalie, Matt Baugh, a déclaré à IPS, depuis son bureau à Nairobi, au Kenya, que cette conférence vise à fournir une nouvelle approche internationale à la Somalie et servirait de base pour un leadership international coordonné et soutenu. Il a ajouté que bien que cette conférence de cinq heures ne puisse pas résoudre tous les problèmes en Somalie, la Grande-Bretagne voulait qu’elle soit “le catalyseur pour plus d'engagement international en Somalie et un leadership somalien plus efficace”. Il a démenti les informations publiées par les médias locaux selon lesquelles la conférence de Londres ouvrira la voie à une colonie en Somalie et a indiqué que le gouvernement britannique et la communauté internationale veulent aider la Somalie à sortir de ses problèmes. “Il n'existe aucune option pour coloniser la Somalie”, a insisté l'ambassadeur. “Nous organisons cette conférence aujourd’hui parce que, trop c’est trop. La souffrance durant la famine était une alerte à la communauté internationale. Il est temps d’arrêter le déclin inexorable de la Somalie – et de tirer le meilleur parti des possibilités qui s'offrent à nous. Nous avons une occasion de soutenir un processus politique plus inclusif et représentatif à la fin de la période de transition en août”, a-t-il déclaré. Toutefois, le groupe extrémiste Al-Shabaab, qui a récemment annoncé une fusion avec le groupe terroriste international, Al-Qaïda, a dénoncé la conférence, affirmant qu'elle vise à détruire l'existence de l'islam en Somalie. “Le Royaume-Uni a déjà colonisé beaucoup de pays musulmans et il veut encore avoir des colonies en Somalie. Les gouvernements chrétiens et leurs marionnettes se réunissent là-bas à Londres et ils diront quelque chose au soi-disant TFG qui sera mis en œuvre dans le pays, mais cela ne marchera pas vraiment”, a affirmé Sheik Fu'ad Mohamed Qalaf, le principal prédicateur d'Al-Shabaab, à la station de radio du groupe, mardi. Néanmoins, beaucoup de Somaliens espèrent que cette conférence apportera une paix durable dans leur pays. “Le chemin de la réconciliation, du pardon et de la tolérance est nécessaire afin que les plaies de votre patrie puissent être pansées et que la situation désespérée de votre peuple puisse connaître une fin”, a dit Dr Cheikh Ahmed El Tayeb, l'imam de la mosquée Al-Azhar, en Somalie, au sujet de la conférence. Ses commentaires ont permis à certains de changer leurs points de vue négatifs sur les négociations. “L'imam sait plus que nous, alors à partir d’aujourd’hui, je suis très optimiste par rapport à la conférence de Londres et je demande à tous les Somaliens d’aider le gouvernement à mettre en œuvre les conclusions de la conférence sur le terrain”, a indiqué à IPS, Abdi Abdulle Ahmed, un ancien instituteur.

