LIBERIA: Tenue du second tour malgré le boycott et des morts

MONROVIA, 9 nov (IPS) – Les Libériens sont allés mardi matin aux urnes, en nombre réduit, pour le second tour de la présidentielle qui a été gâché par le boycott de l'opposition et la mort d'au moins deux manifestants lors d'un rassemblement de l'opposition.

Les décès ont eu lieu lundi après-midi au siège du 'Congress for Democratic Change' (Congrès pour le changement démocratique – CDC) de l'opposition à Monrovia, où des partisans s'étaient rassemblés pour marcher contre le second tour. Une altercation qui aurait été déclenchée par des partisans du CDC – certains témoins ont dit qu'ils ont jeté des pierres sur les policiers – a poussé la police à riposter avec des gaz lacrymogènes et des balles réelles.

A Monrovia, les bureaux de vote qui avaient enregistré de longues files lors du premier tour ont vu une nette réduction du nombre d’électeurs lorsqu’ils ont ouvert à huit heures du matin.

Burnnies Korbor, 20 ans, qui a voté dans une école secondaire au centre de Monrovia, a déclaré qu'elle croit que ce faible taux de participation indique que les électeurs avaient “peur”, mais a ajouté qu'elle n'avait aucune inquiétude à aller voter pour la présidente sortante, Ellen Johnson Sirleaf.

“Elle travaille bien dans le pays”, a indiqué Korbor. “Pour l'instant, il n'y a pas de guerre, rien. Tout est calme”.

Trois jours plus tôt, Winston Tubman, candidat du CDC à la présidentielle et ancien diplomate, a annoncé que son parti se retirerait du second tour, évoquant ce qui constituait pour lui des irrégularités lors du premier tour. Bien que le CDC ait tenu à son appel au boycott, son nom apparaît toujours sur le bulletin de vote.

Tubman est arrivé deuxième avec 32,7 pour cent au premier tour. Sirleaf, qui a été nommée co-lauréate du Prix Nobel de la paix en octobre, a obtenu 43,9 pour cent, mais avait besoin d'au moins 50 pour cent pour éviter un second tour.

Les observateurs ont applaudi le scrutin du 11 octobre qui était, pour eux, largement libre, juste et transparent. L'Union européenne, l'Union africaine et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’ouest ont condamné le boycott organisé par le CDC au cours du weekend. Le département d'Etat américain a déclaré qu'il était “profondément déçu” par la position du CDC, ajoutant que “l’accusation du CDC selon laquelle le scrutin du premier tour était frauduleux est sans fondement”.

Aaron Weah, associé au programme au 'International Centre for Transitional Justice' (Centre international pour la justice transitionnelle) à Monrovia, a affirmé lundi soir que la façon dont le boycott et les violences subséquentes affecteraient le vote du mardi n'était pas claire; un vote qui selon la 'National Elections Commission' (Commission électorale nationale) se poursuivrait comme prévu.

Tout en reconnaissant le passé conflictuel du Liberia, Weah a déclaré que des violences avaient rarement eu lieu avec les processus démocratiques qui ont été largement considérés comme étant crédibles. A cet égard, a-t-il indiqué, “il n'existe aucun précédent” pour les fusillades de lundi.

Il a ajouté qu'il soupçonnait que la police et les politiciens partagent la responsabilité des décès survenus lundi.

“Aujourd'hui, la leçon est que nous n'avons pas encore fortement rompu avec notre passé”, a-t-il souligné. “Les politiciens essaient toujours de mettre les gens ordinaires dans des situations dangereuses”.

La ministre de la Justice, Christiana Tah, a déclaré lors d'une conférence de presse lundi soir que “des informations non confirmées” annonçaient qu'une personne serait morte. Mais IPS a vu au moins deux corps dans l'enceinte du CDC lundi après-midi, dont l'un a été abattu à bout portant d’une balle à la tête après que la police libérienne a pris d'assaut l'endroit les armes au poing.

Les casques bleus de l’ONU qui sont arrivés sur la scène pourraient être vus aux prises avec la police libérienne et essayant de la contrôler.

Depuis la fin en 2003 de la brutale guerre civile de 14 ans au Liberia, qui a fait plus de 250.000 morts, la Mission des Nations Unies au Libéria a supervisé la restructuration de la police libérienne, selon un rapport de 'International Crisis Group' (ICG) publié en août, qui indiquait que la présence continue des casques bleus de l'ONU “a été le principal garant de la paix”.

“Le secteur de la sécurité nationale est désormais en mesure de faire face à certaines menaces, mais la poursuite de la présence internationale est impérative étant donné les défaillances de la police et sa couverture très limitée en dehors de la capitale”, soulignait le rapport de l'ICG.

Tah a déclaré lors de la conférence de presse qu'elle avait reçu lundi des informations que des gens pillaient des stations-service, lapidaient des policiers et endommageaient des véhicules du gouvernement et de l'ONU.

Elle a également accusé les leaders du CDC d’avoir diffusé des “déclarations incendiaires”, et dit qu’un tel comportement était au moins partiellement à la base des violences.

“Vous ne pouvez pas inciter les gens, particulièrement par la désinformation, et cela a conduit à ce genre de problème que nous avons aujourd'hui”, a-t-elle expliqué.