AFRIQUE: L’Union africaine divisée sur la Libye

LE CAP, 1 juil (IPS) – Pendant que les chefs d'Etat africains se réunissent pour discuter de l'avenir de la jeunesse du continent, le leader Libyen, le colonel Mouammar Kadhafi, est un absent remarquable au sommet de l'Union africaine (UA) à Malabo, en Guinée-Equatoriale.

Les dirigeants africains étaient divisés depuis jeudi sur la crise libyenne, mais ils sont parvenus à s’accorder vendredi sur le fait que Kadhafi ne doit pas participer au processus de négociations pour la paix. Alors que le sommet se focalise sur l'emploi des jeunes, la situation en Libye et l'acte d'accusation de la Cour pénale internationale (CPI), soutenue par les Nations Unies, contre Kadhafi et ses grands lieutenants, ainsi que la poursuite des bombardements de l'OTAN menacent de dominer les discussions puisque certains dirigeants africains ont dénoncé l'accusation tandis que d'autres soutiennent la destitution forcée de Kadhafi. Kadhafi n’a pas participé pas à ce 17ème Sommet de l’UA, qui s’achève vendredi à Malabo, la capitale équato-guinéenne. Pourtant dans le passé, il était une force avec laquelle compter aux sommets de l’UA et s’est une fois présenté comme le “Roi des rois”, et a distribué gratuitement de l'argent aux chefs d’Etat africains. L’accusation de la CPI critiquée par des dirigeants africains Des dirigeants africains ont dénoncé l'acte d'accusation de la CPI contre le leader libyen, critiquant la décision de cette institution basée à La Haye, aux Pays-Bas.

“Il est important que la CPI ne soit pas utilisée pour essayer de résoudre une crise politique. Nous croyons que le dialogue politique devrait être la voie à suivre et que l'engagement militaire n’apportera pas la paix que nous exigeons en Libye”, a déclaré l'ambassadrice du Kenya à l'UA, Monica Juma.

Avec 32 membres africains sur les 116 membres de la CPI, le continent constitue un bloc important, mais il y a une inquiétude que ce soit seulement des dirigeants africains qui sont en train d’être accusés et d’être ainsi persécutés par la cour. Kadhafi est le deuxième chef d'Etat africain en exercice, après Omar El-Bashir du Soudan, à être accusé par la cour.

Des ministres des Affaires étrangères africains ont dénoncé l'acte d'accusation, condamnant l'institution “de n’avoir pas réuni assez de preuves pour démontrer que Kadhafi a commis des crimes de guerre” et la qualifiant “d’un instrument des puissants gouvernements de l’Occident pour punir et humilier des dirigeants africains”.

Mais la CPI a répliqué. Dans un entretien à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, la procureur adjointe de l’institution, Fatou Bensouda, a rejeté ces accusations selon lesquelles elle cible injustement l’Afrique.

“Chaque fois que j'entends les gens dire que la CPI cible l'Afrique, que la CPI pratique une justice de deux poids, deux mesures, cela m'attriste, spécialement en tant que femme africaine”, a-t-elle indiqué le 30 juin. “La plupart de ces conflits se produisent sur le continent… La concentration de la CPI sur l'Afrique est toujours comme une conséquence de l'engagement des Africains avec la CPI”.

L’Afrique du Sud décidée à faire pression pour un arrêt des raids de l’OTAN.

L'Afrique du Sud fait aussi pression sur les dirigeants africains pour qu’ils adoptent une résolution appelant à un arrêt immédiat des attaques dirigées par l’OTAN. Toutefois, cela vient au milieu de la critique selon laquelle l'UA n'a pas fait assez pour dénoncer les attaques aériennes de l'OTAN qui ont tué des centaines de civils innocents.

“Nous disons la suspension des hostilités d'abord”, a souligné le ministre sud-africain des Relations internationales, Maite Nkoana-Mashabane, à Malabo.

Le pays a été critiqué à l’intérieur et à l’étranger pour avoir approuvé la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant les forces de l’OTAN à créer une zone d’exclusion aérienne en Libye. S’exprimant au cours de la cérémonie d’ouverture, le président de l’UA et président de la Guinée-Equatoriale, Teodoro Obiang, a déclaré: “L'Afrique estime que les organisations et pays non-africains, qui ont le pouvoir d'utiliser la force, ne devraient pas intervenir dans une solution aux problèmes africains sans le consensus préalable de l'Afrique parce qu'ils pourraient aboutir à la violation du droit international”.

Jean Ping, le président de la Commission de l'UA, était également acerbe au sujet des raids aériens de l'OTAN: “Notre conviction est que les Libyens eux-mêmes devraient s’approprier ce changement démocratique dans leur pays. Sans préjuger du résultat de vos délibérations, je voudrais souligner ma conviction que l'Afrique sera utile au service du peuple libyen”.

“Nous sommes venus pour que l'UA soutienne notre position et que la position de l'Afrique soit forte”, a observé Joma Ibrahim Amer, le représentant de la Libye.

Rompre les rangs Mais il semble que certains dirigeants africains ne soutiennent pas Kadhafi et ne parlent pas d'une seule voix du tout. Abdoulaye Wade du Sénégal et l'Ethiopien Meles Zenawi soutiennent les démarches de l'Occident d’utiliser la force pour renverser Kadhafi. La Mauritanie a aussi rejoint le groupe et a appelé Kadhafi à se retirer.

La secrétaire générale ajointe de l'ONU, Asha Rose Migiro, a défendu la résolution 1973 qui a donné mandat aux forces de l'OTAN en Libye et a affirmé: “Il ne devrait pas y avoir de doute par rapport à nos objectifs. Le but est de protéger les civils et d’œuvrer pour une paix durable qui réponde aux aspirations du peuple libyen”.

Des millions dépensés pour impressionner des dignitaires étrangers Pendant ce temps, des organisations de défense des droits de l'Homme ont critiqué les dépenses énormes sur le sommet de l’UA. 'Human Rights Watch' déclare que près de 830 millions de dollars ont été dépensés pour construire un complexe de luxe à l'extérieur de Malabo. Le gouvernement Obiang, qui tient la présidence tournante de l’UA, a dressé le tapis rouge pour les chefs d'Etat.

“Le gouvernement Obiang espère que les visiteurs étrangers seront agréablement impressionnés par les installations de luxe, mais les visiteurs devraient par contre se demander pourquoi le gouvernement construit des villas pour les riches tandis que les pauvres de la Guinée-Equatoriale vivent dans les banlieues, sans électricité fiable ou eau potable”, a souligné Tutu Alicante, de l’organisation non gouvernementale 'EG Justice', basée à Washington.

Les recettes pétrolières font que la richesse par habitant du pays en 2010 était l’équivalent de celui de l'Allemagne et du Japon, mais le niveau de vie demeure bas.