KAMPALA, 30 juin (IPS) – Une semaine après qu'un groupe d'organisations de la société civile a adressé une pétition à la Cour constitutionnelle de l'Ouganda, exigeant que la non-fourniture des services essentiels par le gouvernement aux mères enceintes, soit perçue comme une violation du droit à la vie, Margaret Nabirye a perdu son bébé en couches.
Nabirye est allée tôt à l'Hôpital régional de référence de Jinja, espérant un accouchement sans danger. Mais, déclare-t-elle, alors qu’elle était confrontée aux douleurs de l’accouchement, les infirmières de garde l'ont insultée pendant qu’elle sollicitait leur aide. “J'ai été grossièrement traitée, mais quand je me suis plainte, elles m'ont dit d'arrêter de pleurer, affirmant que personne ne va à la maternité si elle est jeune” a-t-elle affirmé. Son mari, Benjamin Schaf, un Allemand qui était revenu par avion en Ouganda pour l’accouchement, a dit qu'il a été déçu par les services médicaux dans l'hôpital. “Venir à l'hôpital c’est s’assurer que la vie est sauvée, mais ce n'est pas le cas dans cet hôpital. Nous avons perdu notre bébé à cause de la négligence des infirmières de garde. Le seul moment où nous avons bénéficié de l'attention de cet hôpital, c’est après le décès du bébé”, a indiqué Schaf. “Je déteste simplement tout. J'ai acheté tout puisque l'hôpital n'avait pas les produits nécessaires pour faciliter l'accouchement. Maintenant, quelqu'un me dit que si je veux une autopsie, je dois donner au médecin légiste les frais de transport”, a-t-il ajouté, en colère.
Pour beaucoup de mères ougandaises, l’accouchement continue d’être dangereux et même mortel – tant pour la mère que pour l'enfant. L'Ouganda est confronté à une crise de santé maternelle. Les taux de mortalité maternelle sont restés élevés au cours des 15 dernières années, sans une baisse significative. Environ 16 femmes meurent de complications liées à la grossesse tous les jours – quelque 6.000 femmes chaque année. Un groupe d'organisations de la société civile a maintenant adressé une pétition à la Cour constitutionnelle ougandaise, exigeant une déclaration selon laquelle la non-fourniture de services essentiels par le gouvernement pour les mères enceintes et leurs nouveau-nés, viole l'obligation fondamentale du pays de défendre, de protéger et de promouvoir le droit à la vie et aux services de santé.
Les pétitionnaires – qui comprennent des groupes de femmes activistes, des experts de la santé, des personnes vivant avec le VIH – souhaitent que la cour oblige le gouvernement à indemniser toutes les familles ougandaises dont des mères et enfants sont morts à cause de la négligence et de la non-fourniture de soins de santé maternelle de base. Ils n'ont pas demandé une somme spécifique.
Les pétitionnaires ont aussi exigé que le gouvernement dote convenablement les maternités et installations sanitaires de médicaments et de personnel afin de fournir de meilleurs services.
Les pétitionnaires utilisent les décès de deux mères, Sylvia Nalubowa et Jennifer Anguko, qui sont toutes deux mortes en couches, pour appuyer leur cas. Nalubowa est morte pendant qu’elle accouchait des jumeaux en 2009 dans un hôpital public dans le centre de l’Ouganda.
Nalubowa aurait été amenée à la salle d’opération où il n'y avait aucun médecin généraliste pour s’occuper d’elle. Un des jumeaux est décédé aussi.
Geoffrey Kisiga, 21 ans, le fils de Nalubowa, a adhéré à la coalition pour une meilleure santé maternelle. “J'ai perdu ma mère à cause (de) la négligence et je ne veux pas que cela arrive à d'autres mères. Tout ce que nous disons à nos dirigeants, c’est d’allouer plus d'argent et de personnel aux hôpitaux pour stopper ces décès”. Jennifer Anguko, une politicienne locale dans la région de West Nile en Ouganda, est morte aussi à cause de la négligence dans un hôpital régional de référence.
Rose Nakanjako, la présidente de 'Mama Club', un groupe de femmes vivant avec le VIH/SIDA en Ouganda, a dit à IPS qu'elle aussi n'a pas reçu de soins prénatals appropriés. “Mon premier enfant est séropositif parce que j'ai accouché à la maison. On m’insultait toujours chaque fois que j’allais pour les (services) prénatals, alors j'ai cessé d'aller là-bas”, a-t-elle déclaré. Kaitiritimba Robinah, la directrice exécutive des 'Uganda National Health Consumers' (Consommateurs de la santé publique en Ouganda) a indiqué à IPS que beaucoup de mères préfèrent accoucher à la maison à cause des mauvais services ou inadéquats offerts dans les hôpitaux publics.
“Je ne pense pas qu'une mère puisse refuser d’accoucher à l'hôpital si tout y est et gratuit. La plupart des mères refusent d'aller à l'hôpital parce qu’il n’y a rien là. Et s’il existe de médicaments, il faut payer”, a-t-elle affirmé. De tels cas sont fréquents dans les hôpitaux publics en Ouganda, a observé Lillian Mworeko, une activiste à la Communauté internationale des femmes vivant avec le VIH/SIDA. “La santé est un droit, mais dans ce pays, vous vous demanderiez si nous avons un droit à la santé lorsque nous avons 16 mères qui meurent tous les jours à cause de la négligence des agents de santé et du manque de produits de santé maternelle essentiels dans les hôpitaux”, a souligné Mworeko.
David Kabanda, l'avocat des pétitionnaires, a affirmé qu'il était confiant que la cour ordonnera au gouvernement de concevoir et de mettre en œuvre, dans les limites de ses ressources disponibles, un programme pour réaliser les droits des femmes enceintes et de leurs nouveau-nés à accéder aux soins de santé. Kabanda a confié à IPS que le gouvernement de l'Ouganda a l’obligation d'allouer des fonds dans les domaines prioritaires du secteur de la santé.

