BULAWAYO, 27 juin (IPS) – Tous les mois, Cynthia Dube et les neuf autres femmes de sa coopérative s’assurent qu'elles ont vendu assez de vêtements et d’appareils pour mettre chacune 100 dollars dans une épargne commune au Zimbabwe.
Lorsqu’elles auront assez d'argent, elles achèteront pour chaque membre un lopin de terre. Et en fin de compte, elles s’aideront à construire leurs propres maisons.
Le Zimbabwe est un pays où l'instabilité économique fait qu’il est presque impossible pour un travailleur de posséder une maison. Les experts du secteur affirment que le marché immobilier survit de l'argent des Zimbabwéens vivant et travaillant à l'étranger; alors ces femmes ont une opportunité à vie.
Ce groupe de commerçantes transfrontalières a formé une coopérative d'épargne, où elles achètent d'abord chacune des lopins de terre et construiront en fin de compte, chacune, des maisons. Et elles ne sont pas obligées de vivre et de travailler à l'étranger pour le faire.
“Nous avons décidé de mettre en commun nos revenus pour acheter des terrains d'abord, puis nous nous entraidons à construire les maisons de notre choix”, a confié Dube, le cerveau derrière le projet.
La coopérative de Dube est composée de 10 commerçantes transfrontalières qui ont évolué pour devenir la classe moyenne de Bulawayo, dans le sud du Zimbabwe. Ces femmes gagnent leur vie en achetant des vêtements et des produits ménagers électriques en Afrique du Sud et au Botswana qu’elles revendent à Bulawayo. Grâce à leur entreprise, bon nombre de ces femmes peuvent se permettre les signes extérieurs précédemment associés à un emploi rémunérateur formel: des véhicules et de bonnes écoles pour leurs enfants.
“Il a été toujours difficile pour les gens ordinaires de posséder une maison, mais nous avons pensé qu’avec la somme d'argent que nous pouvons réunir dans un bon mois, il serait sage de l'investir dans quelque chose de permanent et nous avons fait une option sur des terrains et des maisons”, a déclaré Dubé.
Les 10 membres cotisent chacun 100 dollars par mois, et cet argent va vers l'achat d'un terrain situé dans une zone résidentielle choisie par la bénéficiaire.
Les prix des terrains à Bulawayo varient de 1.000 dollars dans les quartiers à forte densité à 5.000 dollars dans les zones à faible densité. Dube a indiqué que la construction d’une maison dans les zones à forte densité peut coûter jusqu'à 5.000 dollars – en fonction de la taille et du type de maison.
“Si un membre veut construire une maison où les terrains dépassent la contribution de la coopérative, il réunit la différence lui-même, mais lorsque le cycle d'achat des terrains est terminé, nous orientons les fonds vers la construction de la maison proprement dite”.
C'est un arrangement en expansion et qui est envié par beaucoup de personnes ici, dans une économie où les salaires des professionnels tels que les enseignants et les infirmiers demeurent stagnants. La cotisation mensuelle de 100 dollars des femmes fait environ la moitié du salaire d'un fonctionnaire.
“Cela a amené certaines d'entre nous à travailler dur”, explique Sithandazile Nxumalo, un membre de la coopérative.
“Nous sommes dans une entreprise où ce ne sont pas tous les mois qui offrent les mêmes rendements, alors on est obligé de travailler doublement dur pour s'assurer qu’on honore ses cotisations”, a-t-elle dit.
Les coopératives immobilières ont une présence historique à Bulawayo, mais ont été pratiquement incapables de durer et de rester actives à cause de la faiblesse des revenus. Toutefois, avec la recrudescence du secteur informel, qui est devenu le plus grand employeur du pays, des coopératives émergent à nouveau lentement.
Thomson Mhashu, un analyste des biens immobiliers et agent immobilier, affirme que la mise en commun des ressources financières par des individus fournit de l'espoir pour de potentiels propriétaires de maisons.
“Nous avons vu au cours des années que des coopératives immobilières, formées par des gens qui n'ont aucune source constante de revenus, fermer au milieu de conflits internes acrimonieux. Mais je pense que ce qui soutiendra ces femmes, c’est le fait qu'elles ont réalisé qu'elles ont une source constante d'argent”, a-t-il expliqué.
“Cela marchera tant qu’il y a la transparence avec les finances”, a ajouté Mhashu.
Comme beaucoup de personnes ici qui ne confient pas leur argent aux institutions bancaires, cette coopérative n'a aucun désir de déposer ses fonds dans une banque.
“Nous avons discuté de cela (l’ouverture d'un compte bancaire) avant, mais tous les membres n’en voyaient pas la raison, comme elles-mêmes ne gardent pas leur argent à la banque pour des motifs divers”, a indiqué Dube.
Dube a dit qu’un membre garde l'argent dans un coffre-fort, tandis qu'un autre tient les clés du coffre.
“Bien sûr, nous sommes toutes préoccupées par le détournement d'argent. Mais nous pensons que cette disposition fonctionne parce que deux (membres) devraient comploter avant d’accéder à l'argent”, a déclaré Dube.
Tout récemment, le ministre des Finances, Tendai Biti, a pris à partie les banques locales, les accusant de “dilapider l'argent des déposants”, et cela n'a pas encouragé des initiatives bien intentionnées comme cette coopérative immobilière, qui bénéficierait autrement en gagnant un intérêt sur son épargne.

