LUSAKA, 31 mai (IPS) – Les partisans de la microfinance la présentent souvent comme une extension du crédit – rendant autonome – vers des gens vulnérables, mais notamment vers les pauvres qui s’auto-emploient – souvent des femmes – qui se soutiennent pour améliorer leurs moyens de subsistance et rembourser leurs prêts.
Cette présentation est vraie, dans une certaine mesure, mais dans plusieurs régions d’Afrique, les institutions de microfinance (IMF) ont des dents un peu plus pointues.
Les IMF occupent un créneau important à travers le continent, offrant des services d’épargnes et de crédits aux personnes que le système bancaire commercial n’arrive pas à couvrir. Du Cameroun à l’Ouganda, à la Zambie, les soldes minima modestes, les frais mensuels faibles ou gratuits, et un intérêt raisonnable payé sur les soldes sont quelques-uns des moyens pour les IMF d’attirer des individus et des exploitants de petites entreprises. Et, bien sûr, les IMF prêtent des sommes modestes aux gens qui veulent démarrer des entreprises – ou simplement couvrir des dépenses imprévues – souvent en acceptant des garanties peu orthodoxes telles que le lit d’une famille ou des meubles.
L’Association des femmes de la région de Chawama (CAWA), qui regroupe 800 femmes dans une entreprise coopérative, répond au profil. La CAWA a géré une activité de mouture du maïs à Chawama, un bidonville tentaculaire d’environ 250.000 habitants dans la banlieue au sud de Lusaka, la capitale zambienne, pendant les deux dernières années.
L’association a reçu un moulin à marteaux – connu localement sous le nom de chigayo – dans le cadre d’un projet d’autonomisation des femmes, de la part du ministère du Genre et du Développement.
“La plupart de nos membres sont des veuves, des malades du VIH ou des ménagères avec de graves difficultés financières”, observe Rebecca Mwanza, vice-présidente de l’association. “Et ce chigayo représente la seule source de subsistance pour elles”.
Les femmes sont regroupées en 10 clubs qui utilisent chacun une part des bénéfices provenant du chigayo pour soutenir d’autres activités génératrices de revenu: certaines femmes fabriquent des paillassons, des balais-éponges, ou des balais; d’autres vendent des beignets ou de popcorn, mais le revenu qui en résulte est ensuite réparti entre les membres du club.
Le nouveau flux de trésorerie de la CAWA appelait à quelque chose de plus élaboré qu’une ancienne boîte de biscuits ou des billets froissés attachés au coin d’un tissu chitenge. Les banques commerciales étaient hors de question, puisque l’association n’avait pas suffisamment d’argent pour répondre à un solde minimum de 150 dollars, et ne voulait pas payer des frais mensuels élevés.
Donc, l’association a ouvert un compte d’épargne à 'Pulse Financial Services Limited', une institution de microfinance. Le compte contient un solde d’ouverture de 200.000 kwacha zambien (environ 40 dollars), sans paiement de droits, ni de frais d’administration, et paie un intérêt de six pour cent. Mwanza est satisfaite des services de Pulse. “Jusqu’à présent, c’est excellent”.
En plus de ses comptes d’épargnes, 'Pulse', qui a été créée en 2001, fait des prêts aux petites et moyennes entreprises qui peuvent fournir de garantie et un plan d’affaire solide. Les prêts sont à court terme – d’habitude entre un et six mois – et plus la période est longue plus l’intérêt est élevé: pour une période de trois mois, le taux est de 75 pour cent et les prêts dont les périodes de remboursement dépassent quatre mois génèrent un intérêt aussi élevé que 100 pour cent.
Après que la CAWA a reçu son chigayo, elle s’est tournée vers 'Pulse' pour avoir un prêt. Pour commencer, elles ont emprunté l’équivalent de 100 dollars pour acheter du diesel pour le moulin. Cela a été remboursé – avec intérêt – en deux mois et l’entreprise de mouture a pu voler de ses propres ailes.
Evans Mwape, un agent d’appui au développement communautaire au ministère du Genre et du Développement, a observé que le travail de son ministère serait moins efficace s’il n’était pas complété par l’existence des IMF comme 'Pulse'.
“Ce que le gouvernement fait habituellement, c’est de répartir l’argent dans les divers ministères pour des projets de développement. Cet argent est destiné aux immobilisations, vous comprenez, et non aux dépenses récurrentes”, a déclaré Mwape à IPS.
“Cela signifie que lorsque nous donnons un chigayo à un groupe de femmes, nous ne leur donnons pas le capital d’exploitation. Il leur revient de trouver ce capital et, dans le cas présent, les femmes de Chawama devaient trouver par elles-mêmes l’argent pour le diesel et les autres frais de fonctionnement”, a expliqué Mwape.
'Pulse Financial Services' n’est pas une organisation de bienfaisance, et tous ses clients ne remboursent pas leurs prêts. “C’est un gros problème quand une personne ne rembourse pas son prêt”, affirme Mwanza. “Il y a eu des cas où plusieurs personnes ne se sont pas acquittées de leurs prêts dans cette banlieue et 'Pulse' n’a pas hésité à saisir des biens personnels. Des gens ont perdu des voitures et des meubles de maison ici, je vous dis!” L’Association Chawama a été assez chanceuse pour avoir reçu son capital – sous forme de moulin à marteaux – comme un don. Mwanza admet que si la CAWA avait emprunté de l’argent pour payer la totalité ou une partie du prix d’achat d’un moulin, l’entreprise n’aurait probablement pas pu générer suffisamment de bénéfice pour rembourser le prêt.
'Pulse s’est révélée donc être la solution bancaire parfaite pour la CAWA, et son activité de mouture est de plus en plus renforcée.
“Maintenant, nous pensons convertir ce chigayo du moteur diesel en moteur électrique afin que nous puissions réduire nos coûts opérationnels”, a indiqué Mwanza. La CAWA prévoit d’emprunter 400 dollars afin d’acheter un moteur électrique pour alimenter son moulin au lieu du diesel.
Queen Chitundu, membre de la CAWA, a confié à IPS que le groupe pense également à modifier le moulin afin de fabriquer en série d’autres produits, tels que plusieurs dérivés de farine de maïs – utilisés comme repas par des familles pauvres – et le son de maïs pour les agriculteurs qui l’utilisent comme aliment de bétail. “Nous pensons que tous ces projets réussiront et nous nous voyons atteindre une nouvelle étape si nous restons étroitement liées à 'Pulse' puisqu’elle nous a donné des conseils très judicieux sur la manière de tenir une comptabilité”, a déclaré Chitundu.

