LUSAKA, 30 mai (IPS) – Moins de huit pour cent des Zambiens adultes ont de comptes bancaires, selon la Banque mondiale. Pour les millions de personnes qui gagnent leur vie dans l’économie informelle, cela les empêche de gagner des intérêts sur leurs économies, ou d’obtenir un crédit nécessaire pour développer de petites entreprises au-delà de la simple survie.
Un demi-million seulement de personnes étaient dans l’emploi formel en 2008 sur une population active totale estimée à environ 5,2 millions. Avec si peu d’emplois formels, il est inévitable que plusieurs personnes se tournent vers des stratégies de subsistance qui incluent les petites entreprises telles que des ateliers de couture, des épiceries connues localement sous le nom de 'tuntemba', des étalages de charbon dans les marchés. Les bénéfices provenant de ce type de commerce sont souvent petits et offrent peu d’opportunité pour développer des entreprises.
Les Banques commerciales – ou même le système bancaire – s’intéressent peu au prêt d’argent aux petits entrepreneurs. Les soldes d’ouverture minima se situent entre 150 et 300 dollars – bien au-delà de la portée de la plupart des Zambiens, avant même de considérer les frais mensuels élevés.
“Dans le contexte de la Zambie, où 58 pour cent de la population vit avec moins d’un dollar par jour”, déclare José de Luna Martinez, économiste principal à la Division finance et développement du secteur privé de la Banque mondiale, “ces soldes minima empêchent les gens d’avoir accès aux services bancaires essentiels. Ainsi, à l’exception des ménages à revenu élevé, des fonctionnaires et des employés des grandes entreprises, la plupart des Zambiens n’ont pas accès aux produits offerts par les banques.
Les banques commerciales ont également peu d’appétit pour les risques liés au prêt d’argent aux petites et moyennes entreprises, notamment à la lumière des montants relativement faibles que les propriétaires des petites entreprises recherchent, ainsi que du temps et du coût liés à la poursuite des débiteurs devant les tribunaux zambiens.
Microcrédit disponible – pour certains Ces petites entreprises se tournent plutôt vers les institutions de microfinance (IMF) qui ont des exigences moins contraignantes.
“Quand nous avons démarré notre coopérative”, explique Rebecca Mwanza, “nous avions besoin d’ouvrir un compte bancaire pour nos activités. Mais nous avons aussitôt découvert que ce n’était pas facile à faire, parce que les banques nous demandaient un solde d’ouverture minimum d’environ 700.000 kwacha (environ 150 dollars).
Mwanza est la vice-présidente de l’Association des femmes de la région de Chawama, un collectif de 800 membres choisis dans une région périurbaine très peuplée au sud de Lusaka, la capitale zambienne. “C’est seulement lorsque nous nous sommes tournés vers les institutions de microfinance que nous avons trouvé une manière moins coûteuse de le faire”.
“Moins coûteuse” est un terme relatif – les IMF prêtent de l’argent aux taux d’intérêt commençant à 50 pour cent pour les crédits à court terme (un à trois mois) et l’intérêt peut grimper jusqu’à 75 ou même à 100 pour cent si la période de remboursement dépasse quatre mois.
L’Association de Chawama a emprunté de l’argent pour acheter du carburant afin de démarrer une entreprise de meunerie qui a été immédiatement rentable, mais tout le monde n’est pas si chanceux.
Dickson Mweemba a pris sa retraite dans le service public il y a sept ans. Depuis les deux dernières années, il essaie en vain d’obtenir un prêt pouvant l’aider à réinstaller son entreprise de volaille. Il avait quitté la fonction publique dans une situation financière solide, mais le coût de l’inscription de ses quatre enfants à l’université a rapidement consommé ses économies et épuisé le capital acquis de la volaille de sa basse-cour.
Un règlement de divorce coûteux réclame la majeure partie de sa pension mensuelle, mais Mweemba est sûr qu’une injection de fonds rétablirait son exploitation avicole pour en profiter.
“Je sais que je peux réussir dans l’entreprise des poulets”, affirme-t-il. “Mais les banques ne me feront pas de prêt parce que je n’ai pas de garantie”.
Il s’est rapproché de deux IMF pour obtenir un prêt, mais elles ont refusé de lui prêter quelque chose qui serait supérieur à un million de kwacha zambien – l’équivalent de 75 dollars.
“Mais qu’est-ce que je peux faire avec un million de kwacha, pour l’amour de Dieu?”, a-t-il demandé d’un ton sec, ajoutant qu’un sac de provende coûte près de 40 dollars et un fermier a besoin de 35 sacs pour élever 500 oiseaux pendant une période de six semaines.
Mweemba a besoin de plus d’argent que ce que les IMF qu’il a approchées sont prêtes à lui accorder. Les banques commerciales n’examineront pas ses projets non plus puisque – vivant dans une maison louée à revenu fixe – il ne peut pas fournir de garantie acceptable.
A l’autre extrémité du marché potentiel des IMF, la moitié de la population vivant avec moins d’un dollar par jour, qui n’aura ni un revenu formel ni des biens meubles contre lesquels elle peut obtenir un microcrédit, n’a d’autre option que de se tourner vers des usuriers, communément connus sous le nom de 'kaloba'.
Nathan De Assis, président de la société 'Pulse Financial Services Limited', voit l’accès limité au système bancaire par une majorité de Zambiens, comme un potentiel inexploité pouvant permettre aux IMF comme la sienne de se développer.
“Avec l’accroissement de la concurrence dans le secteur financier, comme le témoigne le nombre croissant de banques commerciales et d’IMF, 'Pulse' se concentrera sur son activité principale: les micro, petites et moyennes entreprises”, a-t-il confié à IPS.
Il y a maintenant 25 IMF enregistrées en Zambie, mais le nombre total de leurs clients demeure relativement faible, à moins de 100.000 personnes. Pour se développer au-delà de ce niveau, elles devront trouver de nouveaux modèles si le crédit doit être plus largement disponible – et abordable – pour une majorité des Zambiens.

