RD CONGO: Rudes épreuves pour évacuer les produits agricoles

KIKWIT, RD Congo, 23 mai (IPS) – Des millions de paysans en République démocratique du Congo (RDC) peinent à évacuer leurs produits agricoles vers les marchés faute de voies de communication et de moyens de transport malgré les efforts du gouvernement pour réhabiliter les infrastructures routières.

Venus de leurs champs dans l’après-midi du 16 mai, des groupes de paysans marchent, des sacs de manioc, de maïs ou d’autres produits sur la tête. Ils viennent notamment du secteur d’Ekonda (territoire de Bikoro), à 220 kilomètres de Mbandaka, la principale ville de la province de l’Equateur, dans le nord-ouest de la RDC.

Parmi ces paysans, se trouvaient des femmes essoufflées qui transpiraient et avaient leurs produits dans une sorte de panier long attaché au dos.

«C’est ça notre calvaire et notre épreuve de tous les jours. Nos produits arrivent très difficilement, ou pas du tout à Mbandaka puisqu’il n’y a pas de routes de dessertes agricoles dans une grande partie de notre territoire. Nous manquons même de moyens roulants», déclare, fatigué Jean Gbando, un des paysans interrogé par IPS.

«Qui pourra nous aider à résoudre ce problème? Est-il normal que nos produits continuent à s’abîmer?», demande Pierre Bolekaleka, paysan du quartier rural de Ngene-ngene à 20 km de Kisangani, la principale ville de la province orientale, dans l’est de la RDC. Bolekaleka a également indiqué à IPS que dans leur région, les paysans produisent des tonnes de bananes plantains, de riz et de haricots.

Dans le territoire de Luwozi à 200 km de Matadi, la principale ville de la province du Bas-Congo (sud-ouest du pays), comme sur l’axe Kananga-Lwiza (200 km) dans la province du Kasaï occidental (centre), les routes sont très abîmées, alors qu’elles longent des zones où les paysans produisent beaucoup, a constaté IPS.

Même les embarcations sur des voies fluviales ne sont pas plus rassurantes pour les paysans. En février 2011, un hippopotame avait fait chavirer une pirogue de produits agricoles, tuant deux personnes sur la rivière Kwilu à Lusanga, dans le sud-ouest de la RDC.

«Déjà en juin 2009, une pirogue contenant plus de dix sacs de maïs, de charbon et de manioc avait chaviré sur la rivière Kwilu, dans le territoire d’Idiofa (sud-ouest), et quatre personnes étaient mortes noyées, car dans certains coins de ce territoire, il manque de routes de dessertes agricoles», souligne Frédéric Katshunga, président de la Communauté pour les activités paysannes, basée à Gomena, dans la même région.

Les nouvelles techniques agricoles apprises par les agriculteurs leur ont permis d’augmenter le rendement de leurs produits, mais les problèmes d’évacuation vers les marchés demeurent entiers dans ce vaste pays d’Afrique centrale.

Pourtant, le gouvernement congolais a réhabilité plus de 1.000 kilomètres de routes principales du pays grâce à ses partenaires au développement, notamment la Chine, mais ces efforts restent encore insuffisants, selon les agriculteurs.

Dans son Programme d’entretien et de réhabilitation des routes de dessertes agricoles en RDC, la Coopération belge indique que «plus de 75 pour cent du réseau routier est en mauvais état et seulement 25 pour cent est en état moyen».

Pourtant, souligne Didier Muntukay, un technicien du développement rural, les voies de communication en bon état favorisent des échanges et ont un impact sur l’économie d’un pays. «L’agriculture constitue un secteur clé de l’économie nationale, et la vie de tout le peuple en dépend sur le plan de la sécurité alimentaire. Sa contribution au produit intérieur brut est en moyenne 38,33 pour cent, et ce secteur vient au second rang après le secteur minier», affirme l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture, dans son Document national de perspective pour la RDC.

«La production vivrière occupe plus de 60 pour cent de la production rurale. Elle est l’œuvre des petits exploitants et est pratiquée sur les terres forestières considérées comme fertiles», ajoute le document.

Face aux insuffisances d’infrastructures routières, des centaines de paysans ont imaginé un moyen de transport qui s’est répandu à travers le pays. Ils utilisent un système qui semble les aider et qui consiste à transformer un simple vélo pour en faire un moyen de transport de marchandises lourdes sur de longues distances. Débarrassé, entre autres, de ses pédales, de la chaîne et de la selle, le vélo porte des bâtons solidement attachés en travers, et est capable de supporter des charges de 100 à 200 kg.

«Nous mettons un à deux mois pour atteindre des centres urbains comme Tshikapa, Loange, Lac Match (centre du pays). On l’appelle système Kikweta qui fait appel à la force musculaire», explique Raoul Nkwetano un paysan de la province du Bandundu (sud-ouest).