MOZAMBIQUE: Linette Olofsson – Une vie passée en politique

DISTRICT DE MOPEIA, Mozambique, 6 avr (IPS) – Il n’y a aucune manière d'avoir une conversation avec Linette Olofsson sans être entraîné dans sa collection d’images sur son projet agricole communautaire dans la province de Zambezia, dans le centre du Mozambique.

Cela fait sept ans qu’elle a quitté le parlement mozambicain et a démarré le projet 'Nfuma Yatho'.

'Nfuma Yatho', qui signifie “notre richesse” dans la langue locale Sena, intègre divers groupes communautaires: les femmes, les dirigeants locaux et les familles qui auparavant n’avaient pas aucune autre source de revenu. Le projet associe le bétail, la pêche, un moulin et une boulangerie qui utilise le bois de chauffage.

Le projet communautaire d’Olofsson à Mopeia implique principalement de jeunes femmes. L’idée du projet est née au cours d’une visite dans le district en 2000. Pendant cette période, elle était encore une députée de l’opposition, et lorsqu’un chef communautaire de Zambezia a demandé à Olofsson de faire quelque chose pour la communauté locale, elle n’a pas pu résister.

“Depuis que j’ai terminé mon rôle parlementaire, je me suis consacrée au projet”, déclare-t-elle.

Une histoire politique sinueuse Olofsson a poussé ses premières dents en politique non pas au Mozambique, mais en Suède. Mariée à un Suédois, elle a fui le Mozambique en 1990 au plus fort de la guerre civile.

En 1994, elle était membre du Parti social-démocrate suédois et était la première femme mozambicaine à être élue à un Conseil municipal en Suède. Olofsson était aussi conseillère pour le logement.

“En tant qu’immigrante, j’ai été très préoccupée par l’intégration sociale des étrangers en Suède, faisant la promotion de l’accès au logement et évitant l’accroissement des communautés isolées dans les soi-disant ghettos”. Elle est retournée au Mozambique en 1998, entrant immédiatement au parlement en tant que députée du parti de l’ancienne guérilla, le parti de la Résistance nationale du Mozambique (RENAMO). La RENAMO a mené une longue guerre civile contre le gouvernement, de 1975 à 1992, avant de devenir le principal parti de l’opposition au parlement. Olofsson a servi en tant que députée de la RENAMO de 1999 à 2004. Elle a quitté le parti lorsqu’on l’a privée de la chance de se présenter pour un second mandat.

Elle est toujours active en politique en tant que membre fondateur du Mouvement démocratique du Mozambique (MDM) – un parti politique créé à la suite d’un conflit au sein de la RENAMO.

Dur combat pour les politiciennes “Etre femme en politique… n’est pas facile, particulièrement dans un pays qui est politiquement dominé par les hommes. Et être dans l’opposition, c’est encore plus difficile à cause de la discrimination”, a-t-elle expliqué.

Le Mozambique est l’un des pays d’Afrique australe ayant la plus forte proportion de femmes au parlement et au gouvernement. Les femmes occupent huit des 28 postes ministériels, cinq postes de vice-ministres et trois des 11 gouverneurs du pays.

Quelque 35 pour cent des membres actuels du parlement mozambicain sont des femmes, et pour la première fois de son histoire, le parlement a une femme – Veronica Macamo du FRELIMO – comme présidente. Les deux principaux partis politiques, le Front de libération du Mozambique (FRELIMO) et la RENAMO, ont réservé un tiers de leurs listes électorales aux femmes. Les deux ont également des femmes comme chefs de leurs groupes parlementaires.

“Une société qui marginalise ses femmes se marginalise parce qu’elle n’arrive pas finalement à compter sur la répartition de plus de la moitié de sa population”, a indiqué Macamo au cours de la session du Parlement panafricain d’octobre 2010, tenue en Afrique du Sud.

Mais pour Olofsson, les femmes mozambicaines en politique pourraient faire davantage pour le développement du pays. Elles échouent souvent, dit-elle, en raison du manque d’expérience, puisque le pays est encore une très jeune démocratie.

“Je pense que nous avons encore un rôle très faible et, par conséquent, nous sommes loin d’atteindre nos objectifs”, explique Olofsson.

“L’un de nos principaux obstacles est ce que nous appelons 'la discipline de parti'. Les femmes mozambicaines au parlement ne sont pas unies. Elles sont plus engagées aux règles de leurs partis qu’aux objectifs des femmes. Elles ne font pas confiance aux femmes d’un parti rival. Olofsson a déclaré à IPS que bien que le nombre de femmes au parlement représente un changement significatif, les femmes mozambicaines – dont la majorité vit dans les zones rurales – ne sont pas encore véritablement représentées dans le gouvernement.

“Nous avons la quantité, pas la qualité”, affirme-t-elle.

“Nous devons investir davantage dans les associations féminines locales, donnant aux femmes les outils pour l’autonomisation, leur fournissant plus d’accès à l’information, notamment dans les zones rurales”.