AFRIQUE DE L’OUEST: Lutter durablement et efficacement contre les criquets pèlerins

DAKAR, 2 avr (IPS) – Une lutte durable contre les criquets pèlerins est un souci majeur des autorités de sept pays d’Afrique de l’ouest dont les actions déjà menées par chacun d’eux pour combattre le péril acridien, ne sont pas toujours efficaces, d’où la tenue d’un atelier régional à Dakar, la capitale sénégalaise.

Les mesures prises par les gouvernements des pays envahis par les criquets de 2004 jusqu’à nos jours, pour limiter la dévastation des champs, ne les ont pas empêchés de s’attaquer aux plantes et vergers, a déclaré Bouraïma Koné, membre de la cellule départementale des opérations techniques au Centre national de lutte contre les criquets pèlerins du Mali, au cours de cet atelier régional organisé les 27 et 30 mars. La rencontre de partage des rapports d’achèvement du Projet africain de lutte contre le criquet pèlerin (PALUCCP), visait à échanger sur les résultats acquis dans la lutte contre le péril acridien, les expériences et les leçons apprises, et faire des recommandations en vue de consolider ces acquis et d’assurer la durabilité du projet. Les participants à l’atelier ont recommandé aux Etats de renforcer les capacités des organisations de la société civile dans le domaine du plaidoyer pour une meilleure gestion des invasions acridiennes. Le plaidoyer consiste à sensibiliser les populations sur le bien-fondé des opérations de lutte contre les criquets pèlerins.

Ils ont également recommandé de partager les informations sur les expériences de lutte antiacridienne en Afrique, particulièrement en Afrique de l’ouest, d’identifier les éléments de stratégies de gestion de la lutte et d’établir les bases d’une meilleure collaboration entre les différents acteurs de ce combat et les paysans. Les échanges d'informations porteront sur la position des criquets dans chaque zone. Les techniciens des différents pays doivent travailler en synergie, notamment lorsque les criquets sont en position de franchir la frontière entre deux pays voisins. Au plan régional, les stratégies adoptées recommandent également «d’améliorer les conditions de stockage des pesticides dans chaque pays, avec la construction d’un magasin et le traitement des pesticides, d’élaborer un plan national de gestion de la crise» Par exemple, un pays peut fournir de pesticides à un autre dont les stocks sont épuisés. Les participants recommandent, en outre, aux Etats «de restaurer les capacités productives des ménages agricoles bénéficiaires des dons d’intrants agricoles et de vivres pour la période de soudure, et de financer des microprojets productifs». L’invasion acridienne compromet les récoltes de mil et de sorgho, et provoque des dégâts importants sur les cultures et les pâturages, sans compter les conséquences qui n’épargnent pas l’environnement, la santé humaine et animale des pays sahéliens, souligne Jérôme Ilboudo, membre de l’Institut agricole du Burkina Faso. «Il s’agit de transférer les expériences et connaissances, et assurer la durabilité des acquis, partager les expériences et les leçons apprises dans le cadre de l’exécution du PALUCCP. Au Burkina, nous avons une méthode consistant à surprendre les criquets en les localisant la nuit profonde pour les tuer ensuite. Ce que les autres pays ne font pas. Donc nous avons échangé nos expériences respectives», explique-t-il à IPS. Des représentants des ministères de l’Agriculture et des services techniques de recherches agricoles, ainsi que ceux des partenaires au développement, venus du Mali, de Mauritanie, de Gambie, du Burkina Faso, du Sénégal, du Niger et du Tchad ont participé à cet atelier et se sont fixé pour objectif de coordonner leurs efforts pour lutter efficacement contre le péril acridien en Afrique par un travail en synergie. Le ministre de l’Agriculture du Sénégal, Khadim Guèye, a rassuré les paysans que le pays est loin de toute présence de criquets pèlerins et que les dispositions de lutte sont prises. «Il s’agit de prévoir, d’anticiper et de savoir là où ils sont pour les empêcher de se multiplier de manière exponentielle en les écrasant là où ils se reproduisent», déclare-t-il. «Nous avons renforcé le dispositif national de lutte et d’amélioration des conditions de stockage des pesticides, avec la construction d’un magasin d’une capacité de 9.000 tonnes et le traitement des contenants vides de pesticides», affirme-t-il. Guèye ajoute: «Un plan national de gestion de la crise acridienne et la restauration des capacités productives des 12.040 ménages agricoles, bénéficiaires de dons d’intrants et de vivres de soudure, et le financement de 305 microprojets productifs sont en cours d’élaboration». Selon le représentant de la Banque mondiale au Sénégal, Denis Jordy, l’objectif du projet est de prévenir les infestations actuelles et futures des criquets pèlerins dans les sept pays. Il a contribué, avec l’appui de l’expertise technique du Fonds des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture et de la Commission de lutte contre le criquet pèlerin, à stopper la menace acridienne et mieux préparer les équipes à prévenir et faire face à de nouvelles invasions. «Le but des six milliards de francs CFA (environ 13 millions de dollars) pour une durée de quatre ans, débloqués par la Banque mondiale, est de renforcer les capacités institutionnelles et techniques des Etats à mettre en place et consolider des unités nationales de lutte antiacridienne», explique Jordy.

“Il faut aussi… aider financièrement et matériellement les populations qui ont été envahies (par les criquets)”, souligne Jordy, invitant les Etats d’Afrique de l’ouest à “coordonner aussi avec les pays du Maghreb qui ont des expériences dans la lutte contre les criquets”. Malgré tout, certains paysans restent sceptiques. Selon Ibrahima Diaw, membre de conseil rural de Kaffrine, dans le centre du Sénégal, la situation, dans les champs de cultures, est catastrophique après le passage des criquets, entre mai et août, et il faut plus de moyens pour venir à bout des insectes voraces. «C’est bientôt le moment, ils peuvent arriver et cela nous hante l’esprit», déclare-t-il, inquiet.