PROVINCE DE NAMPULA, Mozambique, 1 avr (IPS) – Si des femmes comme Judith Mussacula concrétisent leurs aspirations à devenir la nouvelle génération de politiciens mozambicains, l’avenir du pays sera dans de bonnes mains.
Donnez un livre à une femme et vous éduquerez toute une nation. Cet aphorisme aurait inspiré des femmes comme Mussacula à choisir la carrière d’enseignante, dans un pays confronté à plusieurs défis en matière d’éducation comme le Mozambique. “Mon objectif principal en tant qu’enseignante est d’assurer que plus de femmes aient l’opportunité d’être à des postes de prise de décisions. J’aurais souhaité que nous ayons plus de directrices dans nos écoles”, déclare-t-elle. Judith Emilia Leite Mussacula, 32 ans, est la directrice du Cours secondaire de Nampula, dans la province de Nampula, dans le nord du Mozambique. Elle est également conseillère sur les questions d’éducation pour la Ligue des jeunes de Nampula, une partie d’une structure nationale de consultation pour le parti au pouvoir, le 'Frente de Libertação de Moçambique' (Front de libération du Mozambique – FRELIMO). En tant que directrice, Mussacula est au cœur des efforts visant à garantir un avenir assuré pour le pays. Eduquer les filles Les femmes représentent la moitié des quatre millions de la population active de la province. Des chiffres provenant du ministère de l’Education montrent qu’un peu plus de 60 pour cent des élèves de Nampula arrivent à terminer l’école primaire et commencer les études secondaires; parmi eux, moins de 15 pour cent terminent leur formation au niveau secondaire. Les longues distances parcourues par bon nombre d’élèves dans des provinces rurales comme Nampula, le manque d’infrastructures, le coût de l’éducation et l’insuffisance du nombre d’enseignants sont les facteurs responsables du fort taux d’abandon. Les pratiques culturelles jouent aussi un rôle, et selon le gouvernement du Mozambique, les filles représentent la majorité des élèves qui abandonnent au collège dans le centre et le nord du pays. Toutefois, la situation s’est considérablement améliorée au cours de la dernière décennie, grâce au Plan national d’autonomisation des femmes du gouvernement mozambicain, dont l’un des objectifs est de veiller à ce que les filles restent à l’école aussi longtemps que possible. Pour atteindre cet objectif, le ministère de l’Education a accordé une attention particulière au recrutement de plus d’enseignants, notamment des femmes enseignantes comme Mussacula, qui reconnaît que beaucoup reste à faire. “Nous avons besoin de plus de femmes enseignantes pour montrer qu’il est possible que la femme soit instruite. Les filles doivent avoir de références. Nous devons leur montrer qu’elles doivent être ambitieuses… et qu’elles doivent s’aimer”, explique-t-elle. Un environnement favorable L’année scolaire en cours a été lancée le 14 janvier par le ministre de l’Education, Zeferino Martins, sous le thème “Améliorer la qualité de l’enseignement est une mission pour chacun d’entre nous”. Dans un discours, Martins a souligné le rôle des enseignants dans la promotion de l’accès à une meilleure éducation. Il a également promis d’œuvrer à la réalisation des objectifs du gouvernement visant à assurer que chaque année, plus d’enfants soient à l’école. “Nous recruterons plus d’enseignants diplômés cette année”, a déclaré le ministre. “La qualité de l’enseignement signifie que chaque enfant qui entre au cours primaire doit avoir le droit et les conditions d’y rester, aussi longtemps que possible”. En plus de son rôle d’enseignante, Mussacula est aussi un membre actif du parti au pouvoir, le FRELIMO. “Le FRELIMO a lutté pour la libération du Mozambique du colonialisme portugais. Aujourd’hui, nous luttons pour le développement de notre pays”, affirme-t-elle. Les femmes en politique Mussacula veut réussir davantage en politique et arriver finalement au parlement, où, selon elle, les femmes députées ont un rôle important à jouer pour garantir les droits des femmes mozambicaines et le bien-être des enfants. “Les femmes députées ont joué un rôle très important au parlement mozambicain. L’adoption de la Loi sur la famille et de la Loi contre les violences conjugales sont de bons exemples”. En décembre 2003, le parlement a adopté une Loi sur la famille qui a été considérée comme une grande victoire pour les droits des femmes au Mozambique. Cette loi, pour la première fois, reconnaît les mariages coutumiers, permettant aux nombreuses femmes mariées sous des pratiques coutumières de revendiquer les droits de propriété et de garde des enfants. En vertu de la nouvelle loi, les femmes, qui ont vécu avec leurs conjoints pendant plus d’un an, ont le droit d’hériter de leurs biens communs. Pendant des années, des groupes de défense des droits des femmes mozambicaines, d’éminentes personnalités féminines ainsi que des politiciennes se sont unis pour faire campagne pour la réforme des lois sur la famille, qu’ils considéraient comme étant l’obstacle majeur à l’égalité des sexes. En 2009, les femmes députées du Mozambique avaient à nouveau des raisons de fêter lorsque le parlement a adopté une loi sur les violences conjugales, augmentant les peines pour de telles violences. “Dans le passé, nous étions obligées d’accepter toute sorte d’abus de la part de nos hommes parce que nous n’avions pas une loi pour nous protéger. Désormais, avec cette loi, si une femme permet à son mari ou n’importe quel autre homme de la frapper, de la forcer à avoir des rapports sexuels, de l’empêcher d’aller à l’école ou de travailler… c’est une question de choix”, a déclaré Anita Jonas, une comptable travaillant à Maputo, la capitale mozambicaine. Pour Mussacula, de telles lois aident à combattre certaines des croyances culturelles qui assujettissent les femmes aux hommes. Elle dit que la loi contre les violences, par exemple, est un instrument important pour sanctionner les hommes qui n’autorisent pas leurs filles ou leurs femmes à aller à l’école. “Nous ne pouvons pas parler de meilleures conditions de santé ou lutter contre la mortalité maternelle et infantile si nous ne disposons pas d’infirmières et de sages-femmes formées; nous ne pouvons pas avoir d’infirmières et de sages-femmes si nous n’éduquons pas nos femmes”, a confié Mussacula à IPS.

