ZIMBABWE: Vaincre la peur antérieure pour traiter la tuberculose

BULAWAYO, 31 mars (IPS) – Dans les rues poussiéreuses des bidonvilles très peuplés de Bulawayo au Zimbabwe, Susan Nkiwane rend des visites à domicile. Elle fait partie d'un groupe de 12 femmes qui forment un tissu fragile de soutien pour les personnes souffrant de la tuberculose dans sa communauté.

Les conditions dans le quartier de Nkulumane où travaille Nkiwane sont réunies pour la propagation de la tuberculose. Cette maladie se développe dans les quartiers très peuplés et les espaces clos qui facilitent la transmission aérienne de la maladie. Ceci est aggravé par la peur et la stigmatisation généralisées de la tuberculose – qui est étroitement associée au SIDA ici. En tant que travailleuse sociale à domicile, Nkiwane a été témoin de la souffrance silencieuse dans beaucoup de maisons où elle voit des gens visiblement malades qui résistent à ses conseils de faire le dépistage. Il est fréquent que les gens cachent leurs parents malades. “Les gens ont encore peur”, déclare Nkiwane. “Beaucoup croient toujours que faire le test de la tuberculose et être déclaré comme souffrant de la maladie, signifie aussi qu’ils vivent avec le VIH et le SIDA”. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) affirme qu'en raison de la faiblesse de leur système immunitaire, les personnes vivant avec le VIH sont moins capables de combattre l'infection et sont plus susceptibles de développer la tuberculose active. Dans les rues de Bulawayo, dans le sud du Zimbabwe, ce lien bien connu est en train de ralentir la lutte contre ces deux maladies. Les deux maladies sont comme des jumeaux néfastes. La co-infection augmente rapidement le taux de mortalité et les malades à la fois du VIH et de la tuberculose, non soignés, sont les plus contagieux, posant le plus grand risque pour ceux qui les entourent. Ces deux maladies peuvent être également traitées avec succès – mais la première étape du traitement, c’est le test et le diagnostic. “Nous recevons des malades qui restent à la maison après avoir été informés qu'ils doivent faire ces tests de la tuberculose parce qu’ils ont été conditionnés à avoir à l’esprit que la tuberculose est associée au VIH, et vice-versa”, a indiqué Feluna Nxumalo, une infirmière en chef au Centre de traitement de la tuberculose de Thorngrove, dans la municipalité de Bulawayo. L'OMS recommande une approche à “trois I” pour lutter contre le VIH et la tuberculose: l’Isoniazide pour un traitement préventif, intensification du dépistage de la tuberculose et l’infection pour la tuberculose sous contrôle. Cette stratégie vise à dépister les personnes vivant avec le VIH qui présentent des symptômes de la tuberculose; ce qui leur permettra d'être mises sous un traitement approprié à la fois pour leur propre santé et pour les empêcher de contaminer d'autres. Il est également recommandé que tous les enfants et adultes vivant avec le VIH reçoivent systématiquement l'isoniazide, un médicament anti-tuberculeux bon marché, à titre préventif pendant six à 36 mois – ou plus dans un milieu à forte prévalence de tuberculose et de VIH. Nkiwane et ses collègues travaillent avec le centre de santé local de Nkulumane, qui leur fournit des gants en latex et des masques pour protéger la santé des soignants eux-mêmes pendant qu’ils sillonnent le quartier. “Nous disons aux membres de la famille d'éviter tout contact inutile avec le malade puisque la tuberculose est très contagieuse dans les espaces clos et particulièrement pour les enfants”, a déclaré Nkiwane. D'autres ont conseillé de mettre les malades atteints de tuberculose totalement en quarantaine, mais cela est controversé avec des patients et des parents qui disent que cela ne sert qu'à augmenter la stigmatisation des malades tuberculeux. Le soutien et les soins de la famille peuvent être un élément important de la réussite du traitement. Le département des services de santé de la municipalité de Bulawayo mène des campagnes dans toute la ville pour aider dans la sensibilisation sur la tuberculose et faire tomber les perceptions qui entravent la lutte conte la maladie. Ceci implique des programmes de sensibilisation dans des centres de santé locaux où les malades atteints de tuberculose sont informés sur la façon d'éviter la propagation de l'infection – porter de masques et assurer que les chambres sont aussi bien aérées que possible réduisent le risque.