NAMIBIE: Les crues du Zambèze déplacent des milliers de personnes

WINDHOEK, 28 mars (IPS) – Des milliers de personnes et de bovins dans la bande de terre de Caprivi ont dû être évacués à cause de la montée des eaux de crue annuelles dans le Zambèze. Cependant, les pertes en vie ont été maintenues au minimum puisque des systèmes informels d’alerte se révèlent efficaces.

Ces inondations ont touché des villages et écoles dans cette zone rurale. Ces dernières semaines, près de 4.000 personnes ont été évacuées vers 17 camps situés sur des terres plus élevées dans la Région de Caprivi, la zone la plus pauvre en Namibie.

Cette bande de terre étroite, large d’à peine 30 kilomètres, borde l’Angola, le Botswana, la Zambie et le Zimbabwe. Elle est traversée par le Zambèze et certains de ses principaux affluents, le Kwando, le Chobe et le Linyanti.

“Le Zambèze est stable à environ 6,37 mètres et les niveaux d’eau ne semblent pas s’aggraver pour le moment”, a déclaré Guido van Langenhove, l’hydrologue en chef du département des affaires de l’eau à Windhoek.

Toutefois, dans le dernier bulletin sur les inondations, l’hydrologue a également noté qu’il y avait de “fortes pluies dans les parties supérieures actuelles du bassin hydraulique en Angola”, ce qui pourrait entraîner même des niveaux d’eau plus élevés dans plusieurs semaines.

De vastes zones dans les circonscriptions de Linyanti et de Kabbe, près des frontières avec le Botswana et la Zambie, sont déjà sous l’eau. “La saison pluvieuse est censée durer plusieurs semaines encore, alors il est possible qu’il pleuve à nouveau en amont en Zambie. Dans ce cas, nous pouvons nous attendre à davantage d’inondations, mais au moins, nous le saurons des semaines à l’avance”, a expliqué Van Langenhove.

Un système d’alerte précoce aide les communautés Les autorités locales ont inventé un système d’alerte précoce qui est l’un des meilleurs qui fonctionnent dans la région. Le système repose sur la communication informelle des niveaux d’eau d’un pays à un autre par email ou par téléphone.

“Nous avons vraiment noté une amélioration dans la vitesse avec laquelle les équipes de gestion des catastrophes réagissent. Au début, nous devions mobiliser des hélicoptères pour évacuer les gens par pont aérien et il n’y avait aucune disposition pour les camps”, indique Van Langenhove.

“Parce que nous pouvons désormais donner l’alerte trois semaines avant l’arrivée des inondations, les points d’évacuation sont préparés à temps. Les autorités connaissent les gens qui doivent être évacués ainsi que leur nombre, il y a assez de tentes et un approvisionnement suffisant en eau potable. Les écoles sont suffisamment prévenues pour alerter leurs apprenants”. Japhet Iitenge, directeur de la Gestion des risques de catastrophe au cabinet du Premier ministre, déclare: “Ensemble avec les prévisions de l’office météorologique, le système d’alerte que les hydrologues ont mis en place nous permet vraiment de nous préparer pour les inondations.

“Notre préparation a déjà commencé à la fin de la saison dernière, avec l’élaboration et la révision des plans de gestion de catastrophe. Lorsque nous recevons l’alerte selon laquelle des inondations viennent, nous commençons à les mettre en œuvre. Avec ce système, nous sommes vraiment mieux préparés qu’avant et nous pouvons déplacer les gens vers d’autres villages et des camps temporaires où ils restent jusqu’à la diminution des inondations”. Des pertes limitées Raphaël Mbala, président du Conseil régional de Caprivi, a indiqué que ces derniers jours, l’eau a encore monté de plusieurs centimètres, mais que les pertes semblent être minimes jusqu’ici. “Je sais seulement qu’un pêcheur s’est noyé dans l’un des villages, sinon il n’y a pas eu de victimes”.

En tant que conseiller de Kabbe, la circonscription la plus touchée, il a supervisé l’évacuation d’une importante partie de la région. “Toutes les personnes et tout le bétail ont été évacués vers des terres plus élevées. Certains villageois déménageront pour toujours, mais la plupart retourneront chez eux”.

Elles pourraient être confrontées à une longue attente. “Parfois, les gens ne peuvent retourner à leur ferme qu’en août”, a déclaré Mbala.

Assurer la sécurité des apprenants Il affirme que les procédures d’évacuation ont été aidées par les systèmes d’alerte précoce. “Cette année par exemple, nous avons réussi à déplacer les écoles. Puisque les locaux des écoles sont en train d’être inondés, nous avons déplacé les apprenants et les cours se poursuivent sur des terres plus élevées. Dans ma circonscription, nous avons déplacé quatre écoles sur six jusque-là”.

Pour Kabbe seule, cela signifie que 720 apprenants ont dû être déplacés.

Les habitants de la région sont de plus en plus habitués aux inondations annuelles qui perturbent la vie normale pendant des mois.

“Quand j’étais jeune, des inondations comme celle-ci étaient quelque chose qui se produisait tous les 10 ou 20 ans”, se rappelle Mbala qui a maintenant 63 ans. “Des situations comme celle que nous connaissons maintenant se sont produites en 1961, 1968, 1978 puis en 2003. Cependant, depuis 2003, nous avons eu de grandes inondations chaque année”.

Mbala attribue la fréquence croissante des fortes inondations aux changements climatiques qui touchent le bassin. “La situation est trop grande pour que le gouvernement puisse y faire face. Nous bénéficions de l’aide des agences des Nations Unies et de la Croix-Rouge, mais nous avons toujours besoin de plus de couvertures, de moustiquaires et de tentes. Il y a assez d’eau, puisque nous sommes au fond entourés par elle, mais nous avons besoin davantage de comprimés de purification pour la rendre propre à la consommation.