AFRIQUE AUSTRALE: Vérifier les données grises pour l’eau limpide

GABORONE, 24 mars (IPS) – Ils viennent comme des pèlerins au bureau du département des études géologiques à Lobatse, à 120 kilomètres au sud de Gaborone, la capitale botswanaise. Là, dans les bureaux à peine meublés, ils étudient minutieusement des cartes, essayant de sortir l’hypothèse pour le choix de l’endroit où creuser un puits artésien.

La réussite signifie de l’eau fraîche et limpide jaillir du sol pour approvisionner une ferme ou un village. L’échec signifie des milliers de pula perdus, une entreprise défaillante ou la poursuite des difficultés pour la communauté. Johannes Tsimako, du département des études géologiques du ministère des Affaires de l’Eau, des Mines et de l’Energie, rencontre des fermiers qui ont parcouru de longues distances avant d’accéder aux informations dans son bureau. L’alternative est d’engager un expert indépendant coûteux, sans aucune garantie de réussite. Keinetse Keineetse, un fermier à 'Phiriyabokwete Lands' – juste à 80 km de Gaborone – et une personnalité des medias, à la retraite, qui s’est tourné vers l’élevage du bétail, a payé cher pour de vaines tentatives de localiser de l’eau sur sa ferme. Il a attribué ces échecs au manque d’informations détaillées relatives à l’endroit où trouver de l’eau autour de sa ferme. “J’ai engagé un expert qui m’a fait payer 3.000 pula (450 dollars) et il a identifié un endroit où j’ai fait un forage d’une centaine de mètres au prix de 260 pula (39 dollars) le mètre, mais je n’ai rien trouvé”, a-t-il déclaré. “Je devais toujours payer”. Les données détenues à Lobatse sont destinées à guider les experts, mais elles sont malheureusement partielles. Les informations essentielles ne sont pas faciles à obtenir; la majeure partie est gardée auprès des institutions à l’extérieur du pays, et en commander des copies est coûteux. Mais un projet de partage des connaissances, qui vise à combler bon nombre des lacunes en matière d’images hydrogéologiques – la carte des eaux souterraines – au Botswana et dans le reste de l’Afrique australe, a été lancé en janvier 2010. Soutenu par la GIZ, l’Agence allemande de coopération pour le développement, au moins 2.000 “éléments gris” seront sauvegardés à partir de différents endroits et rendus disponibles aux experts via Internet d’ici à la mi-2011. Jude Cobbing, un hydrologue à 'Water Geosciences', un cabinet conseil, a expliqué à IPS qu’un élément gris est un rapport ou document non publié – ou qui n’a été publié qu’en quantités limitées et qui est maintenant épuisé. “Essentiellement, les éléments gris sont des rapports ou documents de recherche qui sont difficiles à obtenir”, a-t-il indiqué. Un immense corpus de connaissances contenant toutes sortes de données pour l’Afrique – allant des niveaux d’eau et des précipitations aux discussions sur la durabilité des eaux souterraines et les variations climatiques – est actuellement dans la catégorie des données grises. “Les rapports gris peuvent nous fournir un tableau de l’utilisation passée de l’eau et/ou du climat, qui est difficile à obtenir ailleurs”, a affirmé Cobbing. Cobbing a dit que bon nombre de ces rapports non publiés ou d’édition limitée sont gardés à l’extérieur de l’Afrique, dans des institutions telles que le 'British Geological Survey' (Bureau d’études géologiques de Grande-Bretagne), mais que d’autres données sont conservées sur le continent. “Et c’est pourquoi nous aimerions nous associer aux organisations africaines”. Lorsque les données sont récupérées et organisées, elles seront rendues disponibles via un site web auquel tout le monde peut accéder. Keineetse a finalement trouvé de l’eau sur sa ferme, après s’être tourné vers un autre expert, cette fois quelqu’un d’une grande réputation pour le succès obtenu par un bon travail pour le ministère des Affaires de l’Eau. Il a trouvé de l’eau, mais le forage lui a coûté plus de 10.000 dollars, et 6.000 dollars supplémentaires pour doter le puits de panneaux solaires pour une pompe, et 450 dollars pour le travail de l’expert. “J’ai utilisé le fonds familial qui a été épargné pour les enfants”, a avoué Keineetse. “Le site sera d’un immense soulagement puisqu’il lèvera l’incertitude pour beaucoup de fermiers et réduira les risques de perte de ressources parce que même si vous n’obtenez rien en raison du manque de connaissances, vous devez toujours payer beaucoup d’argent”. Cette nouvelle ressource de données n’aidera pas vraiment quelqu’un comme Keineetse directement à localiser les eaux souterraines”. Les données grises peuvent largement aider à identifier les zones où pourraient exister des eaux souterraines du fait de la géologie sous-jacente, mais ne peuvent pas aider à trouver constamment ou de façon fiable de l’eau souterraine dans votre arrière-cour ou dans votre ferme”, souligne Rex Brown, un spécialiste de l’environnement basé au Swaziland, avant de soulever une question intéressante. “Si nous pouvons trouver du pétrole à des milliers de mètres en dessous des eaux souterraines, pourquoi ne pouvons-nous pas trouver de l’eau à des dizaines ou à des centaines de mètres sous la terre?”. Tsimako, du département des études géologiques, a affirmé qu’il y a actuellement des programmes de sensibilisation visant à soutenir les fermiers qui recherchent de l’eau, mais que ces programmes ne sont pas systématiques ou commodes. “Le site sera plus important pour que les fermiers accèdent aux informations où qu’ils se trouvent et quand ils en ont besoin, au lieu de parcourir de longues distances pour de telles informations”, a-t-il dit. Brown estime que les techniques et le matériel utilisés pour localiser les eaux souterraines ont à peine évolué au cours des 60 ou 70 dernières années. “L’exploration de l’eau doit suivre les progrès réalisés dans l’industrie du pétrole, grâce auxquels des logiciels et des ordinateurs spécialisés peuvent aider à éliminer les erreurs ou les fausses interprétations”.