KINSHASA, 22 mars (IPS) – Plusieurs dignitaires du régime en République démocratique du Congo (RDC), dont deux ministres, six directeurs d’entreprises publiques, le directeur du trésor national ainsi que deux hauts magistrats, ont été révoqués entre le 12 et le 19 mars, et mis à la disposition de la justice.
Selon un communiqué du ministère de la Justice et des Droits humains, dont copie est parvenue à IPS, il est généralement reproché à ces différents responsables «des actes de mauvaise gestion, de corruption, de concussion et détournement de deniers publics».
Parmi les autorités révoquées et mises à la disposition de la justice, figure Thierry Mbuze, ministre provincial des Travaux publics, Infrastructures et Transport de l’Equateur (nord de la RDC) qui est même envoyé en détention préventive au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa, la capitale congolaise, ex-prison centrale de Makala.
Il y a également Philippe Undjia, ministre du Développement rural; Mulumba Kilufya, procureur au tribunal de grande instance du Nord-Kivu (dans l’est de RDC); Alain Ilunga, directeur général de la Société pétrolière paraétatique (SEP-CONGO); Claude Mashala, président du conseil d’administration de la SEP-CONGO; Willy Makiashi, directeur général de la Société nationale de loterie, et d’autres, «révoqués par décision du président de la République», précise le communiqué. «Le gouvernement vient de prendre des mesures de lutte contre l’impunité des autorités politiques et administratives pour assainir la gestion de la chose publique en République démocratique du Congo», a déclaré à IPS, Emmanuel Luzolo Bambi Lessa, ministre de la Justice et Droits humains. Sans donner de détails sur les faits reprochés à chacune de ces personnalités, Luzolo indique que «ces mesures ont été ordonnées par le chef de l’Etat afin de sanctionner toutes les personnes qui contreviennent aux devoirs de leur Etat et de leurs fonctions» et qu’en ce moment, il «appartient à la justice de mener des enquêtes et d’établir des infractions précises pour chacun d’eux». Pour le cas particulier de Undjia, le procureur général de la République, Kabange Numbi, a dit à IPS que «conformément à la loi, celui-ci a été mis dans un régime de la résidence surveillée, pendant que son dossier transmis au parquet est entrain d’être examiné».
Cette série de révocations et d’arrestations ont suscité des réactions diverses parmi la population et les organisations non gouvernementales (ONG) de défense des droits de l’Homme.
Jean Kateme, animateur de Santé et environnement, une ONG basée au Katanga, dans le sud-est de la RDC, affirme à IPS: «Ces sanctions ressemblent à du déjà vu. Ce n’est pas la première fois que le gouvernement prend ce genre de mesures dont aucun suivi n’est assuré. Cas de plusieurs entrepreneurs qui ont reçu l’argent du trésor pour exécuter des travaux d’intérêt public et qui n’ont jamais rien exécuté plus de deux ans après».
André Kapakala, membre de l’opposition politique congolaise, ajoute: «Les sanctions sont ciblées et ne concernent d’ailleurs que les personnes qui appartiennent aux familles politiques autres que celle du chef de l’Etat». Pour Kapakala, «les sanctions devaient être dirigées contre tous ceux sur qui pèsent de lourdes accusations de mauvaise gestion et même de détournement de deniers publics autour du chef de l’Etat». Pour sa part, Yvonne Kashala, une vendeuse de vêtements importés de Chine au grand marché de Kinshasa, déclare à IPS: «L’arrestation des ministres et de hauts cadres d’entreprises publiques ne résoudra aucun problème social de la population si l’Etat ne leur exige pas de restituer ce qu’ils sont accusés d’avoir volé ou détourné». Pour elle, «il y a, par exemple, beaucoup d’argent que les vendeurs du grand marché payent chaque jour à l’Etat au titre de taxes, alors que le marché n’a ni toilettes ni eau courante». «La lutte contre l’impunité est cruciale, mais elle doit être abordée comme système et non comme des mesures isolées», estime Antoine Bulakyo, expert juriste, évoquant le dernier rapport de 'Global Witness', une ONG britannique qui plaide pour une meilleure gouvernance, en particulier dans la gestion des ressources minières. Ce rapport dénonce une mauvaise gouvernance entretenue par des proches du président Joseph Kabila, notamment le gouvernement et le parlement, à propos des «contrats miniers» signés en 2007 et renégociés en 2009 entre la RDC et la Chine.
Selon ce rapport publié le 14 mars 2011 et intitulé “La Chine et le Congo: des amis dans le besoin”, dont copie est parvenue à IPS, ces contrats «ont été négociés à huis clos en l’absence de toute procédure préalable d’appel d’offres international. Très peu d’informations sur les aspects financiers fondamentaux ont été rendues publiques. On ignore tout du prix de vente des minerais…», pendant que «le parlement est indifférent à examiner ces accords en rapport avec la gouvernance».
Global Witness affirme que “l'énorme potentiel offert par la signature d'un accord de plusieurs milliards de dollars entre la RDC et la Chine, risque d'être hypothéqué par l'opacité du contrat et une définition inadéquate de ses principales modalités”. Le rapport recommande au gouvernement et au parlement de «publier tous les contrats se rapportant aux accords sino-congolais, y compris les accords complémentaires», de «veiller à ce que l’accord précise le mode de tarification appliqué aux minerais en indiquant la nature des infrastructures qui seront construites, quand et à quel coût».

