MEDIA-SIERRA LEONE: Le Gouvernement En Guerre Contre Les Journalistes

FREETOWN, déc. (IPS) – Trois journalistes sierra léonais sont
détenus par
les services de sécurité pour avoir diffusé des nouvelles qui,
selon le
Gouvernement, "créent la panique" au sein de l'opinion
publique, et
"aident" les rebelles qui tentent de renverser le Président
Ahmed Tejan
Kabbah.

Les trois journalistes – – Winston Ojukutu Macauley et Sylvester
Rogers de
BBC ainsi que Sulaiman Momodu du tabloïde indépendant 'Concord
Times' – –
ont été arrêtés Mardi 8 Décembre, après avoir publié des
reportages sur les
récents combats en Sierra Leone, où les troupes loyales à la
junte militaire
déchue affrontent les soldats de la Force Ouest Africaine de
Maintien de la
Paix (ECOMOG) et ses milices locales alliées.
Le ministre de l'Information, Julius Spencer, a déclaré Mercredi
que les
journalistes ont été arrêtés parce qu'ils ont violé les
instructions
officielles en vigueur sur la couverture de la guerre.
"Ils ont rapporté des informations non prouvées, sans avoir
consulté ni mon
ministère ni le service d'information de l'ECOMOG", a déclaré
Spencer.
"Les journalistes seront traduits en justice pour avoir
rapporté des
nouvelles alarmantes, toutes choses qui favorisent l'ennemi".
Macauley s'est présenté devant le magistrat Naomi Tunis Jeudi
pour répondre
d'accusations liées aux "publications de fausses nouvelles
susceptibles de
provoquer la panique, ce qui viole l'Acte numéro 46 de 1965
portant Ordre
Public". Mais, Macauley a déclaré ne pas être coupable.
Ses collègues Rogers et Momodu sont également en détention. Ils
pourraient
faire l'objet des mêmes accusations.
Les relations entre les Journalistes indépendants et le
Gouvernement n'ont
pas été faciles au cours des deux derniers mois. En Novembre, le
Gouvernement a demandé aux journalistes de cesser de publier des
"nouvelles
fausses et alarmantes", sous peine de faire face à des
sanctions.
Le Gouvernement a mis à exécution sa décision après que la
Présidence eut
publié un communiqué le 7 Décembre pour ordonner l'arrestation
de tous les
journalistes ayant publié des articles "faux et alarmants au
cours de ces
derniers jours", surtout sur le conflit en cours dans la région
septentrionale".
"La propagande peut être mortelle", annonce le communiqué qui
ajoute que
"l'ennemi est expert en propagande". Les fausses nouvelles
aident les
rebelles dans leur "campagne de terreur et de destruction".
L'ECOMOG s'est aussi plaint de la mauvaise couverture médiatique
de la
guerre qui, selon elle, affecte le déroulement de ses
opérations.
Le chef d'Etat-major de l'ECOMOG, le général Maxwell Khobe, le
héros de la
libération de Freetown en Février, a déclaré mercredi dernier
que les
troupes loyales à la junte militaire déchue et les rebelles
alliés du Front
Révolutionnaire Uni (RUF), qui opèrent dans la province
septentrionale, sont
aidés par les articles de presse.
"Les combattants rebelles du district de Koinadugu au Nord
n'avaient aucun
lien avec les autres combattants de la région, mais selon la
BBC, ces
combattants ont pu se localiser dans les diverses zones",
rapporte Khobe.
"Laissez-nous travailler", a lancé le général aux journalistes
au mess des
officiers de Mayhung, à l'Ouest de Freetown.
La junte a juré de marcher sur la capitale avant Noël, et
renverser le
Gouvernement. Les rebelles veulent aussi que le règlement du
conflit soit
négocié. Mais, le Gouvernement estime que les rebelles doivent
d'abord
déposer les armes et se rendre à l'ECOMOG, avant qu'il
n'envisage
l'ouverture du dialogue avec eux.
Bien que le Gouvernement et l'ECOMOG aient demandé aux
journalistes de
vérifier toutes les informations relatives à la guerre, bon
nombre d'entre
eux se conforment pas aux règles.
"La plupart des journalistes sont sûrs d'être entraînés dans
une situation
difficile car les journaux locaux survivent grâce aux nouvelles
sensationnelles sur la guerre", a confié Mike Sesay, un
commentateur de la
presse à IPS.
Le Secrétaire général de l'Association des Journalistes Sierra
Léonais
(SLAJ), David Tam Baryoh, a dit à IPS que son organisation est
préoccupée
par la détention des trois journalistes. "Nous sommes en
contact avec le
ministère de l'Information, l'ECOMOG et la police dans cette
affaire",
a-t-il déclaré.