COMMERCE: L’Afrique du Sud se désintéresse de la survie de l’Union douanière

WINDHOEK, 25 fév (IPS) – Un schisme concernant la répartition des revenus dans la plus vieille union douanière menace de faire dérailler le processus d’intégration économique régionale en Afrique australe.

Les problèmes internes dont souffre l’Union douanière d’Afrique australe (SACU) depuis l’année dernière sont entrés dans une nouvelle phase. Une étude conceptuelle qui examine le partage des recettes provenant du bloc de la SACU propose une réforme radicale dans laquelle l’Afrique du Sud recevra plus d’argent, pendant que le Botswana, le Lesotho, la Namibie, et le Swaziland (BLNS) verront leurs parts chuter.

Dans certains cas, cette baisse est significative. Dans l’étude commandée par la SACU, le 'Australian Centre for International Economics' (Centre australien d’économie internationale) propose une baisse de revenu de neuf à trois pour cent du fonds commun pour le Swaziland d’ici à 2019.

Le Botswana dans le même temps passerait de 17 pour cent à un maigre pourcentage de 6,7, pendant que la part de la Namibie diminue de 15 à neuf pour cent. Seul le Lesotho verrait une hausse marginale de 8,5 à neuf pour cent.

L’Afrique du Sud, qui reçoit présentement moins de 50 pour cent, obtiendrait 72 pour cent du fonds commun.

Bien qu’il soit peu probable que la proposition soit acceptée dans sa forme actuelle, elle est une perche tendue pour Pretoria. L’Afrique du Sud a longtemps déploré la pression que le système actuel met sur son trésor pendant que les Etats du BLNS utilisent leur part pour remplir leurs caisses.

Parlant du Swaziland, le puissant Congrès des syndicats sud-africains (COSATU) a ouvertement condamné l’utilisation des recettes de la SACU pour “des activités extravagantes telles que l’achat des voitures de luxe pour l’anniversaire du roi”, se référant à Mswati III, l’autocrate au pouvoir.

Les Sud-Africains ont besoin de l’argent destiné au développement pendant que le groupe du BLNS soutient qu’il s’agit d’une compensation légitime pour permettre au géant de la sous région d’usurper leur espace de politique économique.

“L’insistance de l’Afrique du Sud sur le financement des projets de développement pourrait très bien être interprétée comme une autre campagne pour accéder aux marchés dans l’intérêt de l’industrie sud-africaine”, déclare Sanusha Naidu, directrice de recherche du réseau de communication du programme puissances émergentes en Afrique. “L’Afrique du Sud doit veiller au respect de la souveraineté des autres membres dans le débat qui se tient”.

Il s’agit d’une préoccupation majeure dans la région où la suprématie de l’Afrique du Sud est de plus en plus mal vue. Elle pourrait nuire au processus fragile d’intégration régionale dans la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC). Naidu déclare: “La SADC veut avoir une union douanière à part entière d’ici à 2016. Cela signifie que la SACU, en tant que composante d’une telle union douanière, doit régler ces questions”.

La querelle en cours entre les membres de la SACU a un impact beaucoup plus grand, soutient-elle. “Cela ne concerne pas seulement le partage des recettes. Le résultat de ce processus affectera la façon dont d’autres pays de la SADC structurent les tarifs ou introduisent les barrières commerciales”.

D’autre part, comme l’a souligné Roman Grynberg de l’Institut d’analyse de la politique de développement du Botswana, dans un éditorial dans la presse sud-africaine, il est très peu probable que la SACU accepte de laisser les membres supplémentaires bénéficier du présent accord de partage des recettes.

Dans ce sens, la réussite de la réforme de la SACU serait une condition préalable pour l’ériger en une union douanière plus large de la SADC.

“La confrontation au sein de la SACU a tardé à venir”, selon Paul Kruger, chercheur au Centre de droit commercial pour l’Afrique australe (TRALAC), institution indépendante basée près du Cap, en Afrique du Sud. “L’intégration dans la région dépendra de l’issue de ce processus mais les décideurs sud-africains sont arrivés à considérer la SACU – avec ses mécanismes de négociation communs – comme une irritation”.

Cela a des conséquences pour le programme d’intégration régionale: “L’Afrique du Sud s’intéresse de moins en moins à une union douanière de la SADC. Les autres pays approuvent l’idée à cause des transferts qu’ils voient actuellement dans la SACU, mais l’Afrique du Sud sait que, dans une union douanière, c’est à court terme”.

L’Afrique du Sud lorgne plutôt du côté d’une Zone tripartite de libre échange (ZLE) entre la SADC, le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA) et la Communauté d’Afrique de l’est (CAE), soutient Kruger.

Cela offrirait à Pretoria les avantages de la libéralisation du commerce sans le casse-tête que présente l’administration d’une union douanière. Kruger affirme: “L’Afrique du Sud a découvert qu’une union douanière n’est pas nécessaire pour accéder aux avantages de la libéralisation et de la réduction des barrières tarifaires”.

En outre, le programme de la politique étrangère de l’Afrique du Sud a changé depuis la formation du regroupement tripartite de l’Inde, Brésil, Afrique du Sud (IBSA) et l’invitation de l’Afrique du Sud à rejoindre la formation du BRIC (Brésil, Russie, Inde, et Chine). Elle est désireuse de se projeter comme “la porte de l’Afrique” au sein de ces partenariats.

Il n’est pas sûr que la SACU puisse formuler une vision commune. “La Namibie et l’Afrique du Sud semblent être en train de jouer à un jeu subtile destiné à un changement structurel dans la SACU “, observe l’expert sud-africain du commerce Dot Keet. “Le Botswana est en train de restructurer son économie de manière tout a fait différente, pendant que le Swaziland et le Lesotho sont presque entièrement dépendants d’une combinaison de revenu de la SACU et de l’aide étrangère.

“Il est possible que la reforme dans le flux de recettes conduise à un fonds de développement, contrôlé par exemple par la Banque de développement d’Afrique australe (DBSA). Cependant, l’on devrait assurer aux pays une bonne représentation au sein du conseil d’administration d’un tel fonds pour que cela marche”, ajoute-t-elle.

Mais les problèmes au sein de la SACU pourraient aller trop loin.

Grynberg a indiqué que les autres pays de la SADC sont fatigués que l’Afrique du Sud contrôle presque tous les bénéfices de la production dans la SACU. A cause de l’union douanière, les membres de la SACU n’ont aucun moyen de protéger leurs industries de la concurrence avec les produits sud-africains.

C’est un point qui a été récemment formulé par le vice-ministre namibien des Finances, Calle Schlettwein, président du groupe de travail chargé de la réforme de la SACU, lorsqu’il a déclaré que la suprématie de l’Afrique du Sud empêche d’autres pays de se développer.

Par le passé, les recettes de la SACU compensaient cela. Abandonner cet accord causerait la polarisation qui, dit Schlettwein, pourrait culminer sous forme de barrières commerciales contre lesquelles Naidu met en garde.