MBALE, Ouganda, 3 fév (IPS) – La culture des graines de café pour le commerce équitable a donné un nouveau souffle à la production du café dans des régions rurales pauvres situées sur les pentes du Mont Elgon, dans l’est de l’Ouganda.
Le gouvernement de ce pays d’Afrique de l’est a libéralisé le marché du café dans les années 1990, attirant de nombreux acheteurs de café dans les districts de production du café arabica. L’augmentation de la concurrence est allée de pair avec des paiements comptants aux producteurs, à partir de la vente du café, contrairement à l’ancien système où ils devaient attendre que les coopératives les payent. Néanmoins, les prix demeuraient bas, soit 0,35 dollar pour un kilogramme de café, et les producteurs ne pouvaient pas rentrer dans leurs frais. Certains producteurs ont perdu l’intérêt à la culture du café alors que d’autres ont commencé à faire des économies à outrance. Le café n’était pas bien moulu; on le mélangeait aux coques et au sable pour augmenter le poids. Préoccupés par la baisse de la qualité et de la quantité de cette culture de rente historique, certains anciens personnels et membres de 'Bugisu Cooperative Union' (Union coopérative de Busigu) ont créé la 'Gumutindo Cooperative Trading' (Commerce coopératif de qualité) et ont adopté des règles de commerce équitable. Gumutindo signifie la qualité dans la langue maternelle de la tribu qui produit le café arabica et qui vit sur les pentes du Mont Elgon. Sam Magona, l’un des fondateurs de Gumutindo, a déclaré à IPS qu’en rejoignant le mouvement du commerce équitable, ils voulaient revendiquer la réputation du café arabica ougandais sur le marché mondial et s’assurer que les producteurs obtiennent des prix élevés pour leur produit. Gumutindo a, depuis, mis en place son propre entrepôt à Mbale, à quelque 300 kilomètres à l’est de Kampala, la capitale de l’Ouganda. Il est affilié à la Fondation Fairtrade basée en Grande-Bretagne et exporte le café naturel vers 'Café Direct Plc et Trade Aid', entre autres. Magona a indiqué à IPS que “les pratiques du commerce équitable sensibilisent les producteurs en leur rappelant les choses qu’ils savent sur le café. Tous ceux qui cultivent le café savent comment produire un café de bonne qualité, mais ils avaient négligé ces pratiques. Le commerce équitable a offert aux producteurs de meilleurs prix pour leur café. Ils sont ainsi en mesure de résoudre la plupart de leurs problèmes”. En dehors du paiement des prix plus élevés, Gumutindo offre une prime sociale sur chaque kilogramme de café produit. Cette prime arrive aux producteurs sous forme de bonus qu’ils peuvent utiliser pour mettre en place des projets d’appui dans les régions où le café est cultivé; ces projets visent aussi ces personnes qui ne s’adonnaient pas à la production de café. “Nos tarifs garantissent aux producteurs un second paiement à la fin de la saison au moment où le café sera vendu et il y a une prime sociale supplémentaire que les associations peuvent utiliser dans les projets communautaires de leur choix”, dit-il. Gumutindo est fier de posséder plus de 15 associations membres, chacune représentant 500 à 1.000 producteurs de café. Nimrod Wambete, le président nouvellement élu de Gumutindo, explique que davantage d’associations de village à travers les pentes du Mont Elgon étaient en train de se joindre à eux à cause du paiement de la prime sociale qui a permis aux associations de construire de meilleures installations d’entreposage. On aide également les producteurs à accéder à de jeunes plants de café gratuits et à des services de vulgarisation en faveur de la culture du café biologique. “Nos producteurs n’ont jamais obtenu autant de bénéfices de leur café qu’ils n’en reçoivent maintenant de Gumutindo”, insiste Wambete. “Le prix du commerce équitable entraîne une bonne vie pour les producteurs. Ils obtiennent de meilleurs prix afin de pouvoir investir dans leurs fermes, payer les frais de scolarité pour leurs enfants, construire de meilleures maisons et améliorer leur niveau de vie”. Un kilogramme de café pouvait atteindre deux dollars environ à la fin de 2010 alors que les acheteurs de café qui ne fonctionnaient pas selon les principes du commerce équitable payaient 1,60 dollar pour la même quantité. Dans certaines régions rurales, le prix offert par les intermédiaires aux producteurs peu soupçonneux était de loin inférieur à 1,60 dollar. Au moment où IPS visitait l’entrepôt en activité de Gumutindo, les travailleurs – tous des femmes – triaient le café sous des ombres d’arbres. Pour des raisons de qualité, elles retirent les mauvais grains de café. Chaque ouvrière est payée par kilo de mauvais grains de café triés pendant huit heures de travail et elle reçoit un dividende à la fin de l’année. Mary Namwano, l’une des ouvrières de la coopérative, a confié à IPS que les gains aident sa famille qui, autrement, serait totalement dépendante du maigre salaire de son époux. “Les enfants n’iraient pas à l’école si je ne travaillais pas ici”, a-t-elle déclaré. L’époux de Namwano est employé comme policier municipal et gagne environ 30 dollars par mois – ce qui n’est pas suffisant pour diriger une famille de cinq membres. Lydia Nabulumbi, la chargée d’assurance qualité de Gumutindo, a indiqué à IPS que le tri est fait à la fois par des machines et des hommes afin d’assurer la qualité. “Les critères pour l’achat du café sont rigoureux. “Lorsque le café franchit les portes, nos chargés d’assurance qualité vérifient les grains. La qualité porte sur l’apparence physique des grains de café et leur propreté. Ils vérifient ensuite la teneur en humidité et le nombre de grains défectueux. Lorsqu’ils décident que c’est de bonne qualité, ils autorisent l’achat et l’entreposage du café dans le magasin pour l’exportation”, ajoute-t-elle. Au fil des années, les grains de café que Gumutindo reçoit ont été plus propres, ce qui entraîne moins de tri qu’avant. “D’habitude, lorsqu’ils vendent à un prix bas, la priorité des commerçants est plutôt la quantité que la qualité, mais à Gumutindo, nous avons démontré que la qualité paie et cela a marché”, déclare Nabulumbi avec enthousiasme.

